Bernard Descôteaux

Bernard Descôteaux

Chroniqueur politique à InfoBref, ancien directeur du Devoir

Fin observateur des scènes politiques provinciale et fédérale, il a oeuvré au journal Le Devoir pendant 40 ans, notamment comme correspondant parlementaire à Québec et à Ottawa, avant de devenir rédacteur en chef puis directeur. Il préside le conseil d’administration du Centre d’études sur les médias. Chaque samedi, il signe un analyse politique dans InfoBref. Pour la recevoir par courriel, abonnez-vous gratuitement en cliquant sur le bouton bleu INFOLETTRES en haut à droite. (Les opinions de notre chroniqueur sont les siennes, pas celles d'InfoBref.)

Analyse POLITIQUE

La politique d’immigration de la CAQ vise-t-elle la bonne cible?

Publié le 7 mai 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
La politique d’immigration de la CAQ vise-t-elle la bonne cible?

[Crédit photo: Warren Wong | Unsplash]

  • Changement de cap inattendu en immigration: François Legault veut qu’elle contribue à la hausse du salaire moyen au Québec. Priorité sera donnée désormais aux candidats aptes à occuper les emplois les mieux rémunérés.
  • Ce changement est mal accueilli. Les entreprises, les régions, les organismes humanitaires et les partis d’opposition espéraient une vision plus ouverte de la politique d’immigration.

Le premier ministre n’a jamais caché son «obsession» pour le salaire moyen. Il croit, grâce à elle, pouvoir créer de la richesse et assurer le rattrapage économique du Québec par rapport au reste du Canada.

Pour des «emplois bien payés», atteignant et dépassant 56 000 $ par année, il est prêt à mobiliser tout l’appareil  gouvernemental.

Cette fois, c’est l’immigration qu’il veut mettre à contribution.

Sa déclaration d’il y a une semaine a créé une onde de choc.

Les milieux économiques espéraient que l’immigration puisse participer, au lendemain de la pandémie, à combler les quelque 140 000 postes qui demeurent vacants.

  • Or, pour la majorité, ces postes ne sont pas dans la catégorie de ceux que vise le premier ministre.
  • Les milieux d’affaires lui reprochent de mal comprendre les besoins de main-d’œuvre des entreprises.

Dans les cercles politiques et les groupes sociaux, on voit dans les déclarations de François Legault une dérive qui oublie les fonctions sociales et culturelles de l’immigration.

  • Aux yeux du premier ministre, l’accueil des réfugiés a le défaut de freiner la hausse du salaire moyen au Québec au lieu d’y contribuer.

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Le Québec n’a jamais voulu de l’immigration massive que pratique le Canada.

S’il avait accepté comme les autres provinces les quotas fixés par Ottawa, il aurait eu à intégrer quelque 75 000 nouveaux arrivants cette année.

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la CAQ a rejeté une telle perspective.

  • Même la cible de 51 000 immigrants du gouvernement Couillard lui est apparue trop élevée.
  • Il l’a ramené à 40 000.

Ce pas de recul devait permettre de revoir l’ensemble des opérations d’accueil des immigrants pour assurer leur intégration à la société québécoise.

«En prendre moins, mais en prendre soin», disait alors le ministre Simon Jolin-Barette.

Graduellement, le Québec revient à la cible de 51 000 immigrants.

  • Pour l’année en cours, on prévoit en recevoir entre 44 500 et 47 500.
  • S’y ajouteront 7000 autres pour rattraper le retard pris l’an dernier en raison de la pandémie.

L’approche du gouvernement est celle du «juste milieu», selon l’ expression de l’économiste Pierre Fortin.


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Au-delà des objectifs économiques, l’immigration sert des fins socio-démographiques propres au Québec, telles que:

  • la francisation des nouveaux arrivants. L’immigration doit contribuer à maintenir le poids démographique des francophones. Seulement 59% des immigrants ont une connaissance du français; et
  • la régionalisation de l’immigration, pour atténuer les effets démographiques de la concentration des nouveaux arrivants à Montréal.

La volonté de faciliter le recrutement des «meilleurs talents» exigera certains compromis.

Ces «meilleurs talents» n’ont généralement pas la connaissance du français souhaitée.

On assouplira les exigences à cet égard en contrepartie d’un engagement à apprendre cette langue.

Dans les domaines où ces personnes pourraient exercer leurs talents, en technologie de l’information par exemple, la réalité est que le lieu de travail se trouvera dans un grand centre, et non en région, et que la langue de travail sera l’anglais.

L’obsession qu’entretient le premier ministre pourrait entraîner des glissements non souhaités par la population québécoise.

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Analyse POLITIQUE

Réforme du mode de scrutin: est-elle remise aux calendes grecques?

Publié le 30 avr. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Réforme du mode de scrutin: est-elle remise aux calendes grecques?

[photo: Wokandapix | Pixabay]

  • C’était un engagement solennel de François Legault. L’élection de 2022 allait être la dernière à se tenir sous le mode actuel de scrutin majoritaire à un tour.
  • Plus rien n’est sûr. L’adoption de la loi 39 réformant le mode de scrutin est remise à une date indéterminée. Par la force des choses, le référendum de ratification qui devait se tenir en parallèle à la prochaine l’élection n’aura pas lieu.

L’histoire de la réforme du mode de scrutin est une succession de rendez-vous manqués. Les circonstances, comme cette fois la pandémie, ou le manque de volonté politique ont fait avorter toutes les tentatives d’instaurer un mode proportionnel.

«C’est démocratiquement infect», disait René Lévesque à propos du système uninominal à un tour qui prévaut toujours actuellement. 

Ce mode de scrutin crée des distorsions majeures dans la représentativité. Une simple pluralité de voix donne au gagnant une majorité de sièges aux dépens des tiers partis.

Un mode de vote proportionnel vient corriger ou atténuer ce déficit démocratique en assurant une plus grande représentativité des divers courants d’opinions.

Ses opposants demandent pourquoi changer un système qui fonctionne bien. Il assure la stabilité gouvernementale en favorisant l’élection de gouvernements majoritaires… au profit toutefois des «vieux partis» qui en alternance s’échangent le pouvoir.

Les tentatives de réforme ont été nombreuses à travers tout le Canada.

  • Au Québec, René Lévesque se bute en 1983 au refus de ses propres députés. En 2002, le gouvernement Landry appuie une proposition des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, mais son gouvernement est défait.
  • En Colombie-Britannique, un projet de réforme obtient en 2004 l’appui de 58% des électeurs, mais il manque de deux points le seuil de 60% des voix exigé. Échec aussi en Ontario et à l’Île-du-Prince-Édouard.
  • À l’élection fédérale de 2015, Justin Trudeau promet à son tour une réforme. Cela contribue à sa victoire, mais il reniera son engagement.

Le premier ministre François Legault avait juré que justement il ne serait pas un Justin Trudeau. Il se fait fort de tenir tous ses engagements électoraux.

Un doute quant à cette volonté est maintenu permis.

Le gouvernement Legault savait que sa réforme du mode de scrutin devait être adoptée avant la fin juin pour donner le temps au directeur des élections de préparer le référendum devant se tenir en même temps que l’élection du 3 octobre 2022.

Il a procrastiné jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

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La pandémie justifie bien des retards, mais ici elle sert bien ceux qui, au sein de la députation de la CAQ, craignent cette réforme. Ceux-là viennent de gagner du temps.

Le projet de loi pourrait néanmoins, pour peu qu’on le veuille, être adopté au cours des prochains mois.

Le cas échéant, il faudrait l’amender pour fixer la tenue du référendum dès le lendemain de la prochaine élection, afin que l’élection suivante, celle de 2026, se tienne sous le mode de scrutin mixte avec compensation régionale qui est proposé.

La ministre marraine du projet, Sonia Lebel, assure que c’est la volonté du gouvernement.

On aimerait maintenant l’entendre dire par le premier ministre Legault.

C’est lui qui en 2018 avait pris l’engagement avec le Parti québécois et Québec solidaire de réussir là où les autres ont échoué.

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Analyse POLITIQUE

Les ambitions climatiques du Canada sont-elles réalistes?

Publié le 23 avr. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Les ambitions climatiques du Canada sont-elles réalistes?

[photo: bantersnaps | Unsplash]

  • Le Canada a adopté une nouvelle cible de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Devant la communauté internationale, Justin Trudeau s’est engagé jeudi à les réduire d’au moins 40% d’ici 2030.
  • L’objectif est ambitieux, en raison du retard pris ces dernières années et de la résistance de plusieurs provinces à accepter la politique climatique d’Ottawa.

La Journée de la Terre: c’est le jour symbolique que Joe Biden avait choisi pour réunir ce jeudi les dirigeants de 40 pays responsables ensemble de 80% des émissions de GES.

Le président américain voulait marquer par ce geste sa volonté d’assumer pleinement le leadership de son pays pour relancer la lutte aux changements climatiques.

Ces dernières années, l’absence des États-Unis sous la présidence de Donald Trump avait eu pour effet d’inciter les signataires de l’accord de Paris de 2015 à se traîner les pieds.

Dans ses plus récents bilans, l’ONU sonnait l’alarme, signalant que:

  • La hausse de la température de la planète observée jusqu’ici a été de 1°C. Si rien n’est fait, elle pourrait être de 6°C à la fin du siècle.
  • Limiter cette hausse à 1,5°C à l’horizon 2050 exige de réduire globalement les émissions de GES de 45% par rapport à leur niveau de 2010 d’ici la fin de la présente décennie.
  • La relance économique post-Covid-19 haussera la consommation d’énergie de près de 5% et les émissions de GES augmenteront d’autant.

Conscient du défi, Joe Biden a incité les participants de son sommet à s’engager à réduire leurs émissions d’au moins 40% d’ici 2030 et à viser la carboneutralité pour 2050.

Justin Trudeau a confirmé en ouverture du sommet que son gouvernement visera une réduction entre 40% et 45% pour la fin de la décennie.

  • La cible était de 36% depuis le budget présenté ces derniers jours, et de 30% auparavant.

L’objectif est ambitieux.

Très, car comme bien d’autres, le Canada a fait jusqu’ici du sur-place en dépit de toutes ses promesses:

  • Les émissions de GES n’ont diminué depuis 2005 que de 1,2%.
  • Pire, elles ont augmenté ces dernières années pour se situer à 730 millions de tonnes en 2019.

Le gouvernement Trudeau n’a pas toujours fait preuve de grande cohérence. Sa politique énergétique et son appui à la construction de pipelines ont contribué à cet échec. Il ne lui faudra pas retomber dans ce piège.

Justin Trudeau dispose néanmoins d’atouts.

  • La Cour suprême a élargi ses pouvoirs d’intervention pour assumer le leadership face à la crise climatique.
  • La taxe sur le carbone, qui a été jugée constitutionnelle, sera l’axe principal de réduction de la consommation du carbone.
  • Plusieurs provinces, le Québec et la Colombie-Britannique notamment, ont leur propre plan de lutte contre les changements climatiques.
  • Le virage vert pris par Joe Biden permettra au Canada et aux États-Unis de coordonner leurs efforts et leurs politiques.

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Un changement d’esprit est en cours face aux changements climatiques.

Le sentiment d’urgence contraint les sceptiques à modifier leurs positions.

Pas tous; mais, signe des temps, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a osé rompre avec le négationnisme de sa formation sur cette question.

La confiance qu’affiche Justin Trudeau d’atteindre sa nouvelle cible de réduction des GES n’est pas sans fondement. À charge pour lui de maintenant convaincre les Canadiens de le suivre.

Ce sera un des enjeux principaux de la prochaine élection.

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Analyse POLITIQUE

Peut-on imaginer une police sans arme?

Publié le 16 avr. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Peut-on imaginer une police sans arme?

(Photo Unsplash)

  • L’idée de désarmer la police pour certaines de ses fonctions suscite de vives réactions. Les policiers s’y opposent. Les groupes communautaires y sont favorables.
  • Ce que d’autres villes ont fait, Montréal peut le faire et amorcer à son tour un changement de la culture policière.

Intervenir en situation de crise n’est jamais simple pour des policiers.

Pour exemple, la décision qu’a dû prendre une policière de Longueuil, plus tôt cette semaine, de se servir de son arme pour maîtriser un forcené armé de couteaux.

Quatre coups de feu ont été tirés. Tous ont raté leur cible. Cet individu a finalement été maîtrisé par d’autres méthodes.

Le dénouement de cette intervention montre que le recours aux armes peut ne pas être un absolu.

Tout comme ne devrait pas l’être la nécessité d’être toujours armé, tel que le soutiennent les policiers pour qui leur arme est leur ultime protection. On le leur apprend à l’école de police.

L’usage de la force fait actuellement partie de l’arsenal ordinaire des policiers. Pourtant, il y a d’autres façons de faire.

Ces dernières années, les policiers du Québec ont appris de leurs erreurs. Ils se sont adaptés aux circonstances nouvelles.

Les «forcenés» auxquels ils sont confrontés sont rarement des criminels.

Ce sont des personnes en état de crise pour cause de maladie mentale ou aux prises avec des problèmes de drogue.

  • Ils ont besoin de soins.
  • À la place, ils risquent d’être victimes de tirs policiers.

L’adoption d’approches communautaires ou «préventionnistes» par plusieurs corps policiers montre qu’un changement est amorcé.

On voit de plus en plus fréquemment des équipes mixtes où des travailleurs sociaux interviennent avec les policiers.

La proposition adoptée par Projet Montréal à son récent congrès pour désarmer la police est plus nuancée que ce que la Fraternité des policiers en a retenu.

Il ne s’agit pas que tous les policiers laissent leurs armes aux vestiaires, mais plutôt de mettre en place un projet pilote suivant lequel le port d’armes serait ultimement réservé aux brigades spécialisées.

Cette pratique n’est certes pas répandue à travers le monde.

Mais, dans une vingtaine de pays, l’usage des armes est réservé à des circonstances exceptionnelles.

  • En Grande-Bretagne, exemple souvent cité, 95% des policiers ne sont équipés que d’une matraque.
  • La Norvège, l’Islande et la Nouvelle-Zélande ont des pratiques similaires.

L’absence de policiers armés dans ces pays ne les rend pas moins sécuritaires.

  • Le taux d’homicide dans chacun de ces pays est moins élevé qu’au Canada.
  • Le nombre de décès survenus par des tirs policiers y est aussi inférieur.

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Le débat amorcé sur le port d’armes peut être déstabilisant pour les policiers et pour une partie de la population, d’autant plus qu’il survient en parallèle à cet autre débat sur le «définancement» des corps policiers qui nous vient des États-Unis.

L’amalgame est vite fait. Tous les moyens seraient bons pour s’en prendre à l’institution.

Il y a là un piège où il est facile de tomber.

Au-delà du mot «armes», le débat porte en fait sur la culture policière. C’est ce à quoi il faut s’intéresser.

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Analyse POLITIQUE

Une crise du logement se prépare à Montréal

Publié le 9 avr. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Une crise du logement se prépare à Montréal

(Photo Unsplash)

  • Se loger à prix abordable est devenu une affaire complexe, peu importe que l’on cherche un logement ou une maison. Rien ne semble pouvoir contenir l’inflation galopante des prix.
  • Cette pression des prix se ressent partout au Québec, mais particulièrement à Montréal où une nouvelle crise du logement se prépare pour la période des déménagements du 1er juillet.

Un sondage Angus Reid faisait état cette semaine de l’exaspération des citoyens devant les prix «déraisonnablement élevés» du marché immobilier. La croissance des transactions donne le tournis:

  • Le prix médian d’une unifamiliale au Québec est maintenant de 460 000 $, soit 100 000 $ de plus qu’il y a un an.
  • 16 020 transactions ont eu lieu en février, soit 47% de plus qu’en février 2019.

D’une région à l’autre, le nombre des transactions a considérablement varié en un an:

  • Laurentides: +89%
  • Montérégie: +34%
  • Laval: +25%
  • Montréal: +7 %

Cette inflation du prix des maisons crée inévitablement une pression sur le prix des logements à louer.

Montréal connaît une situation paradoxale.

  • Son taux d’inoccupation, qui n’est que de 2,7%, est au seuil du taux d’équilibre du marché.
  • Au centre-ville, ce taux est même de 10,2 %.
  • Dans des quartiers comme Outremont–Mont-Royal et Côte-des-Neiges, il est de plus de 4%.

Les Montréalais devraient donc pouvoir se loger à un prix raisonnable. Du moins, en principe.

La réalité est toutefois plus complexe.

Lorsqu’il s’agit de logement à prix abordable, le taux d’inoccupation chute à 1,6%.

Sur le terrain on constate que l’offre se restreint alors qu’une vague de «rénovictions» chasse les locataires de logements abordables pour les rénover et faire augmenter les prix.

> Découvrez nos autres articles consacrés à l’immobilier, dans la section Affaires d’InfoBref

Le loyer moyen mensuel à Montréal est de 903 $ selon la SCHL. Cela représente une hausse de 4,2 % sur l’an dernier.

Mais ceux qui sont à la recherche d’un logement paieront plus.

Le Devoir a analysé les prix affichés sur 3000 annonces publiées sur Kijiji. Il établit la moyenne des loyers offerts à 1310 $ par mois. On est loin de l’abordabilité.

Une nouvelle «crise du logement» lors de la période des déménagements du 1er juillet apparaît inévitable. Plusieurs risquent de rester sur le carreau.

Survenant en plein cœur de la campagne à la mairie, elle incitera les candidats à jouer au à-qui-la-faute.

Les administrations municipales n’ont pas de réels pouvoirs sur le marché de l’habitation. Si elles ne peuvent jouer les arbitres, elles peuvent néanmoins agir.

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Valérie Plante avait ainsi pris des engagements forts en 2017:

  • construire 12 000 logements sociaux et abordables; et
  • forcer les promoteurs immobiliers à faire leur part pour la mixité sociale en habitation.

Le premier engagement n’a été que partiellement tenu.

Quant à son règlement surnommé le 20/20/20, il n’est en vigueur que depuis le 1er avril.

Projet Montréal maintiendra cette approche lors d’un deuxième mandat.

Ensemble Montréal, où Denis Coderre est de retour, aura une vision à l’opposé de tout interventionnisme. Il a d’ailleurs voté contre l’adoption du 20/20/20.

Les élections municipales auront lieu le 7 novembre.

L’accès au logement et à la propriété demeurera d’ici là un enjeu majeur pour les Montréalais. Denis Coderre et Valérie Plante ne pourront l’éviter.

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Analyse POLITIQUE

Valérie Plante saura-t-elle mettre Denis Coderre en échec?

Publié le 2 avr. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Valérie Plante saura-t-elle mettre Denis Coderre en échec?

[photos: YouTube et Twitter]

  • Denis Coderre a réussi son retour sur la scène politique montréalaise. Toute la semaine, il a fait les manchettes, amorçant ce qui sera une très longue campagne électorale.
  • Le match revanche tant désiré contre Valérie Plante est enclenché. Mais la mairesse sortante ne se donne pas battue pour autant, malgré son déficit de popularité.

L’ancien maire assure aujourd’hui que sa défaite crève-cœur de 2017 l’a profondément changé.

Il n’est pas le premier politicien à chercher ainsi renaître de ses cendres.

  • Jean Drapeau, Robert Bourassa, Jean Chrétien sont de ceux qui ont su surmonter d’éprouvants échecs et qui l’ont inspiré.

Le nouveau Denis Coderre apprécie la comparaison avec Jean Drapeau, mais son politicien modèle est, sans nul doute, Jean Chrétien. Il fut son mentor et il lui est redevable de beaucoup.

Cela se sent dans son livre Retrouver Montréal où Coderre rappelle l’importance qu’a eue pour lui Jean Chrétien en le nommant ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration en 2002.

Parions que, comme lui, il gardera, s’il retrouve la mairie, son caractère opiniâtre et déterminé. Il demeurera le fonceur que l’on a connu avant qu’il ne devienne autocrate en fin de mandat.

La transformation que prétend avoir subie Denis Coderre n’est donc pas une métamorphose totale.

Mais elle est réelle à certains égards:

  • il a pris soin de sa santé physique et mentale ;
  • la défaite l’a rendu plus humble – son ego en a pris un coup;
  • il sera plus à l’écoute des autres.

Durant cette campagne qu’il a voulu longue – on est à sept mois du scrutin –, nous aurons maintes occasions de juger de la profondeur de ce changement.

Denis Coderre n’échappera pas à un examen critique constant.

Son défi sera de maintenir la position de tête que lui attribuaient plusieurs sondages avant même l’annonce de son retour officiel.

  • Il y a deux semaines, Recherche Mainstreet lui accordait 40% des intentions de vote, avec 14 points d’avance sur Valérie Plante.

Cette avance tient pour beaucoup à l’impopularité des politiques de la mairesse actuelle.

Celle qui s’était fait élire comme «la mairesse de la mobilité» n’a pas réussi à libérer Montréal de ses cônes orange.

Le maire Coderre avait échoué à ce test avant elle.

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Valérie Plante est une battante. Elle ne concède rien d’avance.

Son bilan n’est pas que négatif et sa gestion, notamment de la pandémie, a permis à Montréal d’éviter le pire.

La vraie bataille se fera autour des programmes et des projets.

Pour le moment, Denis Coderre s’en tient à des perspectives générales de développement, qu’il expose dans son livre Retrouver Montréal.

Certaines de ses idées le rapprochent de Valérie Plante, entre autres sur le développement du transport en commun. Il a lui aussi sa «ligne rose».

Comme elle, il est préoccupé par les questions environnementales.

Ce glissement vers le centre correspond au même mouvement chez l’actuelle mairesse. Elle est d’ailleurs en froid avec des éléments plus radicaux de son parti.

Ses quatre ans à la tête de la ville l’ont, elle aussi, transformée.

Tous deux savent que la victoire se situe au centre – là où se trouvent les indécis, qui sont encore nombreux.

Avec un électeur sur quatre indécis, tout demeure possible.

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Analyse POLITIQUE

Budget du Québec: pourquoi Éric Girard a choisi le consensus

Publié le 26 mars 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Budget du Québec: pourquoi Éric Girard a choisi le consensus

(Photo Twitter)

  • Devant une pandémie encore virulente, le ministre des Finances a présenté jeudi un budget inspiré par la prudence en se donnant deux ans de plus pour assurer le retour à l’équilibre budgétaire.
  • Compressions et hausses d’impôt, ce sera pour plus tard… s’il y en a. Le gouvernement Legault garde espoir qu’Ottawa finira par accorder aux provinces une hausse des transferts en santé.

Éric Girard se devait de lever l’obligation inscrite à la Loi sur l’équilibre budgétaire d’éliminer en cinq ans les déficits budgétaires.

C’était le geste à poser. Se tenir à l’échéance de cinq ans l’aurait forcé dès cette année à entreprendre des compressions ou à augmenter les impôts.

La pandémie n’est pas terminée. Une troisième vague menace. Ce n’était pas le temps de revenir à l’austérité budgétaire pratiquée par les libéraux il n’y a pas si longtemps. Même ceux-ci l’ont prié de ne pas tomber dans ce piège.

Tous les gouvernements ont été forcés par la crise sanitaire à creuser leurs déficits. Le Québec n’est pas dans la pire situation:

  • L’Ontario, qui déposait mercredi un budget de 186 milliards $, prévoit pour l’exercice financier 2021-2022 un déficit de 33,1 milliards $. La province se donne 10 ans pour l’éliminer.
  • Le Québec, avec des dépenses de 131 milliards $, anticipe un déficit de 12,3 milliards $ pour la même période. Il se donne 7 ans pour l’effacer.

Pas plus le ministre des Finances de l’Ontario que celui du Québec ne savent toutefois comment ils arriveront à résorber leurs déficits.

«Chaque chose en son temps», de dire Éric Girard. L’urgence est dans la poursuite des efforts de lutte contre la pandémie, et dans la relance économique.

Cette approche fait consensus, y compris chez les partis d’opposition – si ce n’est qu’ils trouvent que Éric Girard aurait pu être plus généreux sur le plan des mesures sociales et plus audacieux dans le soutien de l’économie verte.

Bref, pourquoi pas un déficit de 13 ou 14 milliards, plutôt que de 12 milliards $?

La question à cet égard est de savoir où s’arrêter.

Lorsque viendra dans deux ans le temps d’entreprendre la marche vers le retour à l’équilibre budgétaire, cette marche sera exigeante.

Éric Girard le sait. Il fera face à un déficit structurel de revenus de l’ordre de 6,5 milliards $.

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Le pire à cet égard n’est toutefois pas certain. Compressions budgétaires ou nouveaux impôts pourraient être évités.

  • L’argent qu’attend le Québec d’Ottawa pour les transferts en santé pourrait venir. Sans doute pas à la hauteur des 6 milliards demandés, mais peut-être le quart ou le tiers de cette somme.
  • La relance économique pourrait aussi porter fruit et entraîner une hausse significative des revenus autonomes du gouvernement. Ce n’est pas impossible. Même pendant la pandémie, les recettes tirées des impôts des particuliers ont augmenté.

La prévision de croissance du PIB retenue par le ministre pour ce budget apparaît un brin timide. À 4,2% pour le prochain exercice financier, elle est inférieure d’un point de pourcentage à celles de la plupart des prévisionnistes.

Ce ministre espère sans doute en son for intérieur que la conjoncture économique lui réservera de bonnes surprises.

Peut-être s’inspire-t-il de Paul Martin qui, lorsqu’il était ministre des Finances de Jean Chrétien, noircissait le tableau en début d’année pour apparaître ensuite, en fin d’année, comme un magicien.

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Analyse POLITIQUE

C’est le moment de vérité pour Erin O’Toole

Publié le 19 mars 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
C’est le moment de vérité pour Erin O’Toole

Le chef du Parti conservateur Erin O’Toole (Source: Twitter)

  • Élu chef du Parti conservateur il y a quelques mois grâce à l’appui des conservateurs sociaux, Erin O’Toole a entrepris de se distancier de ses amis d’hier pour ramener son parti vers le centre.
  • Une victoire conservatrice à la prochaine élection ne sera possible que par des gains en Ontario et au Québec, où les électeurs veulent entendre parler d’emploi et d’environnement davantage que d’avortement.

Devant son parti réuni en congrès virtuel depuis jeudi, Erin O’Toole a cherché l’appui de ses militants à ce virage dont le caractère stratégique est évident.

La même recette donnant les mêmes résultats, la prochaine campagne électorale ne peut se modeler sur la précédente.

Lors de la dernière campagne, Andrew Scheer s’était fait le défenseur à la fois du mouvement pro-vie et de l’industrie pétrolière.

La stratégie de Scheer a freiné la percée du parti au Québec, et accentué la concentration de son vote dans les Prairies (Alberta, Saskatchewan et Manitoba).

Il en a résulté une distorsion coûteuse:

  • Le PC y a raflé la mise dans les Prairies. Ses deux millions de voix lui ont donné 54 des 62 sièges.
  • Le Parti libéral, avec 500 000 voix, n’y a fait élire que quatre députés.

Ce surplus de voix venu des Prairies explique:

  • que le Parti conservateur ait recueilli au plan national plus de suffrages que le Parti libéral, soit 34,3% contre 33,1%;
  • mais n’ait fait élire que121 députés, soit 36 de moins que le Parti libéral.

Erin O’Toole a besoin d’au moins 1 million de voix de plus qu’Andrew Scheer pour l’emporter sur Justin Trudeau. Encore là, rien ne lui assurerait un gouvernement majoritaire.

Il doit donc surperformer dans les autres régions du Canada.

Erin O’Toole doit pour cela tirer son parti vers le centre.

Sitôt élu chef, il s’est dit favorable au libre-choix en matière d’avortement et aux droits de la communauté LGBT, tout comme à ceux des Premières Nations.

«Le Parti conservateur est un parti conventionnel, modéré et pragmatique, au centre de la politique canadienne», écrivait-il en janvier avant de faire expulser du caucus un député trop à droite.

Plus récemment, il donnait des signes d’ouverture en matière de lutte aux changements climatiques. La vraie surprise serait qu’il ose appuyer la taxe sur le carbone.

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La fibre conservatrice qu’on trouve chez Erin O’Toole est proche du progressisme conservateur qui animait le Parti conservateur des Joe Clark et Brian Mulroney.

On peut y voir un retour du balancier, qui était allé plus à droite après la fusion avec l’Alliance canadienne.

Ce virage heurte plusieurs. Des militants de la droite religieuse se sont activés en congrès pour que soient débattues des questions comme l’avortement, et pour se faire élire à des sièges du conseil exécutif.

La prochaine élection est imminente. L’intérêt du parti serait de faire bloc.

Or, le nouveau chef a de la difficulté à asseoir son autorité.

Six mois après son arrivée, il n’apparaît pas comme un gagnant.

Les sondages le donnent derrière le premier ministre Trudeau avec un écart de cinq ou six points en moyenne. Il est peu connu du grand public.

On comprend pourquoi O’Toole ne veut pas d’élections ce printemps. Il a besoin de temps pour s’imposer.

Il sait qu’en cas d’échec, ce parti ne lui donnera pas de deuxième chance.

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Analyse POLITIQUE

Après la pandémie viendra le temps des réformes sociales

Publié le 12 mars 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
  • Un an déjà que l’on vit avec la Covid-19. La pandémie aura été un révélateur des failles de notre système de solidarité sociale, qu’il faut entreprendre de corriger sans attendre.
  • Tout sera urgent dans l’après-pandémie. À mettre en haut de la liste: les soins aux aînés, premières victimes de la pandémie, et les programmes assurant la sécurité économique et financière des individus.

Les cérémonies d’hommage rendues cette semaine aux Québécois morts de la pandémie auront été un juste rappel des obligations qu’a la société de veiller à ce que le pire ne se reproduise pas.

Les statistiques quotidiennes de la Covid-19 ont pris au fil du temps un caractère irréel. On oublie à quel point elles sont cruelles:

  • Le Québec représente tout près de la moitié des quelque 23 400 victimes canadiennes.
  • Des 10 500 victimes québécoises, neuf sur dix étaient des aînés, et la plupart vivaient en CHSLD ou en résidences de personnes âgées.

On ne peut tourner la page sur ce drame sans comprendre pourquoi.

  • Le gouvernement Legault a donné des mandats particuliers au coroner, à la Vérificatrice générale, au Protecteur du citoyen et à la Commissaire à la santé.
  • Mais il se refuse à créer une commission d’enquête publique, de peur d’ouvrir une chasse aux coupables.

Les coupables, découvririons-nous sans doute, sont multiples.

En fait, c’est par irresponsabilité collective que les soins aux aînés se sont dégradés. Un exercice public permettrait de prendre conscience collectivement de l’abandon de responsabilité envers cette catégorie de citoyens et des changements à mettre en place.

Au-delà des morts, la pandémie a fait d’innombrables victimes sociales et économiques. Elles ne retrouveront pas toutes le cours normal de leur vie dans l’après-pandémie.

Les gouvernements misent sur des programmes de relance économique pour assurer le retour à la normalité, à la manière de la Loi de soutien économique du président Biden qui est associée à un budget de 1900 milliards $US.

Au Canada, le gouvernement fédéral s’appuiera sur un budget spécial qui pourrait aller jusqu’à 100 milliards $.

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Relancer la croissance économique ne sera pas un remède universel et instantané effaçant les stigmates de la pandémie. Tous ne retrouveront pas leur emploi. Certains seront longtemps au chômage ou devront se recycler.

Le filet social dont le Canada est si fier a montré ses limites pendant la pandémie.

  • Le régime d’assurance-emploi s’est révélé incapable d’offrir un soutien économique aux centaines de milliers de nouveaux chômeurs.
  • Les programmes habituels de redistribution du revenu n’arrivaient pas à aider tous ceux laissés sans sources de revenus.

La Prestation canadienne d’urgence, la PCU, a permis de donner le soutien économique dont les Canadiens avaient besoin, sans égard à leur situation personnelle.

  • C’était, sans le nom un régime de revenu minimum garanti, auquel tous avaient droit.
  • Cette universalité est ce qu’il faut rechercher pour l’avenir.

La normalité ne sera pas la même au lendemain de cette pandémie.

  • Les inégalités sociales se seront aggravées, et le risque d’une récession restera présent, tout comme le risque de nouvelles pandémies.
  • Comme pour les services de santé, le filet social a besoin d’être plus résilient et efficace.

Le temps des réformes est devant nous. Les gouvernements ne peuvent s’y soustraire.

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi le passeport vaccinal est une fausse bonne idée

Publié le 5 mars 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi le passeport vaccinal est une fausse bonne idée

(Source: Unsplash)

  • La vaccination contre la Covid-19 laisse entrevoir la fin du confinement – qui n’ira pas sans le maintien de mesures sanitaires pendant encore des mois, sinon des années.
  • La création d’un passeport vaccinal est une voie séduisante. Il faciliterait la reprise des activités normales, mais au prix de contraintes sur les libertés individuelles.

Israël est le seul pays qui se soit aventuré sur ce terrain pour l’instant. Les personnes vaccinées y reçoivent un badge vert muni d’un code-barre qui leur permet d’accéder à des lieux publics, comme les salles de spectacles.

L’Union européenne prépare pour sa part un projet qui sera soumis le 25 mars prochain aux États membres. On veut permettre la libre-circulation des individus entre les pays membres.

Le Québec n’a pas de projet de passeport vaccinal sur la table, si ce n’est l’idée d’un document électronique attestant de la vaccination reçue.

L’idée est séduisante:

  • Au plan administratif, réunir dans un même document numérique les attestations de vaccination et de tests sur la Covid-19 simplifierait la vie aux autorités.
  • Au plan individuel, ce document faciliterait l’accès aux lieux publics, aux activités culturelles et sociales de toutes sortes, ainsi que les déplacements entre régions et pays.
  • Au plan économique, ce serait une bouée de sauvetage pour les secteurs du transport aérien et du tourisme.

Au sein de l’Union européenne, les pays réagissent diversement à cette idée. La Grèce, dont l’économie repose sur le tourisme, y est plus que favorable. Il y va de sa survie.

L’industrie aérienne regarde cela d’un œil intéressé.

  • La pandémie a hypothéqué son avenir plus gravement que toutes les autres crises depuis l’attentat du 11 septembre 2001 à New York.
  • En 2020, elle a transporté 66% moins de passagers qu’en 2019.

La question n’est pas de savoir si un tel passeport serait utile, mais s’il ne soulèverait pas davantage de problèmes qu’il n’en résoudrait.

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Implicitement, l’idée même du passeport vaccinal rendrait obligatoire dans les faits la vaccination contre la Covid-19.

Quel autre choix aurait le citoyen si, comme en Israël, il doit être vacciné pour accéder à des lieux publics ou voyager? Ce serait une atteinte à son intégrité physique et à son droit à la libre circulation qui sont garantis par les chartes des droits.

L’adoption d’un tel passeport par certains pays ne manquerait pas de créer des restrictions aux voyageurs de pays qui n’en émettent pas. Les Canadiens pourraient-ils être admis dans ces pays?

L’idée du passeport soulève donc de nombreux enjeux de droits.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé l’a vite compris. Aussitôt qu’il eut prononcé le mot plus tôt cette semaine, il a retraité pour évoquer un simple carnet de vaccination numérique. C’est plus sage.

Dans les situations de crise, les gouvernements ont tendance à imposer de nouvelles contraintes. Au nom de la sécurité, ils sont tentés de réduire les droits et libertés.

  • Ce fut le cas dans la foulée des attentats de 2001.

Imposer un passeport vaccinal, quelle que soit la forme, pourrait conduire à nouveau à de telles restrictions et à de nouvelles obligations.

Il y a lieu de se méfier. C’est bel et bien une fausse bonne idée.

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Analyse POLITIQUE

Face à la Chine, le Canada doit parler plus fort

Publié le 26 fév 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Face à la Chine, le Canada doit parler plus fort
  • Sous la direction de Xi Jinping, la Chine pratique une politique d’intimidation devant laquelle le Canada fait le dos rond. Il dénonce, mais n’ose pas poser des gestes.
  • La diplomatie douce que mène le Canada suscite de plus en plus de réserves – y compris au sein des rangs ministériels, où des voix réclament l’adoption de mesures de représailles.

Chien qui jappe ne mord pas, dit le dicton.

La Chine l’a bien compris. Elle a pu voir tous les ministres du gouvernement Trudeau s’abstenir lundi dernier lors de l’adoption par les Communes d’une résolution qui reconnaît l’existence d’un génocide en cours contre les Ouïghours et d’autres musulmans turciques.

Ce vote tenu aux Communes s’est révélé être un moment de vérité pour le gouvernement libéral:

  • l’occasion se présentant de dire haut et fort qu’il y a génocide, le voilà qui se tient coi – alors que, depuis des mois, il tente aux Nations-Unies de convaincre d’autres pays de se joindre à lui pour dénoncer ce génocide.

Comme s’il se pliait aux injonctions de l’ambassadeur chinois à Ottawa de ne pas intervenir dans les affaires domestiques chinoises!

Une autre fois, le gouvernement Trudeau a obtempéré.

La détention par Beijing depuis deux ans de deux otages canadiens en représailles à l’affaire Meng Wanzhou force Ottawa à la plus grande prudence tant que la libération des «deux Michael» n’est pas assurée.

Il en sera ainsi aussi longtemps que la vice-présidente de Huawei restera détenue par le Canada dans le cadre d’un processus d’extradition vers les États-Unis.

D’anciens ministres et diplomates, et même l’ancien premier ministre Jean Chrétien, avaient suggéré dès le départ de libérer Meng Wanzhou, quitte à déplaire à Washington.

  • Le Canada aurait pu ainsi préserver, voire consolider, sa relation avec son deuxième partenaire commercial.

Il est trop tard pour revenir en arrière. Le Canada s’est enfermé dans une stratégie qui consiste à obtenir des appuis de ses alliés, dont les États-Unis.

Le président Joe Biden s’est engagé cette semaine. Il est celui qui détient la clé.

  • Il pourrait retirer la demande d’extradition de Meng Wanzhou.
  • Mais il ne le fera que si cela sert sa propre relation avec Beijing.

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Continuer à plier l’échine est la pire des stratégies.

Les partis d’opposition, mais aussi des députés libéraux veulent que des gestes suivent les paroles. Ils demandent:

  • la création d’un programme spécial pour les réfugiés ouïghours;
  • l’interdiction de l’importation de biens fabriqués sous un régime de travail forcé;
  • l’adoption de sanctions contre les dirigeants chinois responsable de ce génocide.

Question de cohérence, le Canada pourrait aussi interdire à son Régime de pension d’investir ses fonds en Chine.

Il pourrait également se retirer de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, qui est dirigée depuis Beijing, et demander au Conseil national de recherches en sciences de cesser le financement de projets en partenariat avec la filiale canadienne de Huawei.

Les Canadiens sont peu nombreux à avoir une image positive de la Chine. Depuis deux ans, soit depuis l’affaire Wanzhou, leur perception s’est dégradée: la part de ceux qui voient la Chine d’un bon œil est passée de 23% à 15%, selon un récent sondage Nanos.

Si le gouvernement Trudeau choisit d’élever le ton, il aura l’appui des Canadiens.

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Analyse POLITIQUE

Métro, tramway, REM: Legault veut satisfaire les banlieues

Publié le 19 fév 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Métro, tramway, REM: Legault veut satisfaire les banlieues

Maquette du tramway de Québec (image Ville de Québec)

  • Signe que les temps changent, les grands investissements publics en infrastructure des prochaines décennies favoriseront le transport en commun. Québec aura son tramway, tandis qu’à Montréal le REM étendra ses tentacules à l’Est, à Laval et sur la Rive-Sud.
  • Les premiers concernés par le développement de ces projets, les municipalités, doivent se plier aux volontés du gouvernement en place à Québec, au nom d’intérêts dits supérieurs et aux connotations électoralistes.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, l’avait peut-être oublié, mais le véritable patron des municipalités est le premier ministre du Québec. Comme le veut l’expression, elles ne sont que «les créatures des provinces». 

«Who pays the piper calls the tune», lui a rappelé François Legault qui entend modifier le tracé du projet de tramway conçu par la ville. Après tout, ce projet de près de 3,3 milliards $ est financé pour l’essentiel par le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral.

Le reproche fait au maire Labeaume est de ne pas avoir intégré à son projet certaines des banlieues de sa ville.

  • Des promesses électorales leur avaient été faites en 2018.
  • Le parti ministériel veut les tenir.

Cette rebuffade est offensante pour le maire Labeaume, comme pour tous les élus municipaux.

Qui mieux qu’eux connaissent les besoins de leurs concitoyens, et peuvent le mieux planifier l’aménagement de leur territoire? C’est ce que croyait avoir bien fait la ville de Québec qui planche sur ce projet depuis des années.

Le sort réservé au maire de Québec n’est pas différent de celui des maires de la région métropolitaine de Montréal à qui échappe le développement du Réseau express métropolitain.

La planification et le développement du REM appartiennent à la Caisse de dépôt et placement via sa filiale CPDQ Infra. Son seul interlocuteur est le gouvernement du Québec.

L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), récemment créée pour planifier et organiser le transport en commun de la grande région de Montréal, n’a rien à dire. Elle doit s’adapter aux décisions de CPDQ Infra.

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Le pouvoir donné à CPDQ Infra est considérable.

  • Le développement des grands axes de transport orientera pour des décennies le développement du territoire et son aménagement.
  • C’est ainsi que la construction des autoroutes desservant Montréal a favorisé par le passé le développement des banlieues.

Des projets de prolongement du REM à Laval et à Longueuil et sur la Rive-Sud dans un axe est-ouest sont à l’étude présentement à la demande à la demande du gouvernement Legault.

S’ils se réalisent, ils conforteront le développement des couronnes au détriment de la ville-centre. L’étalement urbain se poursuivra.

La logique qui sous-tend la volonté du gouvernement Legault de favoriser les banlieues répond à une double réalité, ce autant à Québec qu’à Montréal:

  • Leur densité de population justifie des investissements importants pour régler des problèmes sérieux de congestion des routes et des ponts.
  • Ses habitants sont aussi des électeurs sensibles à la capacité de leurs élus à tenir leurs promesses.

Or, il se trouve que ce sont ces banlieues qui ont permis à la CAQ de former un gouvernement majoritaire en 2018. Leurs citoyens ont alors cru à ses promesses et, lors de la prochaine élection, ils voudront voir que les choses progressent comme promis.

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