Bernard Descôteaux

Bernard Descôteaux

Chroniqueur politique à InfoBref, ancien directeur du Devoir

Fin observateur des scènes politiques provinciale et fédérale, il a oeuvré au journal Le Devoir pendant 40 ans, notamment comme correspondant parlementaire à Québec et à Ottawa, avant de devenir rédacteur en chef puis directeur. Il préside le conseil d’administration du Centre d’études sur les médias. Chaque samedi, il signe un analyse politique dans InfoBref. Pour la recevoir par courriel, abonnez-vous gratuitement en cliquant sur le bouton bleu INFOLETTRES en haut à droite. (Les opinions de notre chroniqueur sont les siennes, pas celles d'InfoBref.)

Analyse POLITIQUE

Le calumet de paix de Justin Trudeau

Publié le 16 juil 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Le calumet de paix de Justin Trudeau

La nouvelle gouverneure générale du Canada Mary Simon (Source: YouTube)

  • La nouvelle gouverneure générale du Canada, Mary Simon, sera assermentée le 26 juillet. Sa nomination a généralement été bien accueillie, bien qu’avec réserves de la part des francophones.
  • Cette nomination, plus que d’autres, est éminemment politique. C’est un calumet de paix tendu aux Premières Nations.

Le choix d’un titulaire au poste de gouverneur général est la prérogative du premier ministre.

Certains, comme Pierre Elliot Trudeau, ont profité de l’occasion pour récompenser des amis, tels les anciens ministres Roméo Leblanc et Jeanne Sauvé.

D’autres ont plutôt cherché des candidats pouvant jouer le rôle de symbole qui conforterait l’image de leur gouvernement.

  • Michaëlle Jean, nommée par Paul Martin, venait confirmer la place des minorités visibles dans un pays devenu postnational par la diversité des origines ethniques de ses citoyens.
  • Julie Payette, une brillante scientifique devenue la première Canadienne astronaute, venait incarner l’image de modernité du jeune gouvernement de Justin Trudeau.

Mary Simon est pour sa part le symbole de la volonté d’un pays confronté à ses démons passés de se réconcilier avec les Premières Nations.

Depuis ces deux dernières décennies, l’histoire pas très glorieuse d’une ère coloniale vient hanter le Canada, comme ces tombes d’enfants non identifiées retrouvées près des anciens pensionnats autochtones qui font aujourd’hui les manchettes.

Personne, à commencer par Madame Simon, n’ignore le rôle qu’on veut lui faire jouer.

À travers elle, c’est un calumet de paix qu’on tend aux Premières Nations – qui auraient mal accepté que ce poste revienne à nouveau à un représentant de l’un des deux peuples fondateurs.


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Cette Inuite présentait le profil idéal.

  • Née à Kangiqsualujjuaq au Nunavik, elle a porté dans sa carrière de nombreux dossiers au nom de sa communauté et des Premières Nations.
  • Elle a été longtemps présidente de la Conférence circumpolaire inuite et ambassadrice du Canada au Danemark.

Ce profil idéal souffre toutefois d’une lacune importante: sa méconnaissance du français.

Il n’y a pas de loi qui impose au gouverneur général de connaître les deux langues officielles.

Depuis presque 50 ans, cela allait de soi que le chef d’un État qui se dit bilingue le soit lui-même.

Cette coutume ainsi brisée met le gouvernement Trudeau en contradiction avec ses propres politiques.

  • Deux semaines plus tôt, son gouvernement proposait une modernisation de la Loi sur les langues officielles pour renforcer justement le statut de la langue française.

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Le choix du gouvernement a soulevé des critiques de la part d’élus francophones et de porte-parole de communautés francophones minoritaires qui craignent qu’un précédent n’ait été posé.

Mais, sauf de la part de quelques commentateurs, elles ont été modérées.

Il n’y a pas eu cette levée de boucliers que d’autres nominations ont déjà provoquée.

Il en est ainsi de la réaction retenue du commissaire fédéral aux langues officielles, Raymond Théberge, devant les quelque 200 plaintes qu’il a reçues.

  • Tout en les accueillant, il appelait néanmoins à la compréhension en raison de la portée symbolique de cette nomination sur le plan de la réconciliation.

Justin Trudeau misait sur le malaise qu’auraient les défenseurs de la place du français dans les institutions fédérales.

Il savait bien que, dans la conjoncture actuelle des relations avec les Premières Nations, on ne pouvait rejeter son choix sans avoir mauvaise conscience.

À la veille du déclenchement des élections, il aura réussi à tirer les marrons du feu.

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Analyse POLITIQUE

Climat: le Canada va-t-il enfin tenir ses promesses?

Publié le 9 juil 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Climat: le Canada va-t-il enfin tenir ses promesses?

[Photo: 358611 | Pixabay]

  • L’été sera chaud, possiblement le plus chaud de l’histoire du Canada, ce qui propulsera sans doute au premier plan les enjeux climatiques. Le gouvernement Trudeau en profite pour annoncer de «bonnes nouvelles».
  • Le caractère électoraliste de ses annonces n’échappe à personne. Néanmoins, Justin Trudeau peut prétendre qu’il est de bonne foi, grâce à l’adoption de la loi C-12 qui engage le pays à devenir carboneutre d’ici 2050.

Ces derniers jours, le premier ministre et ses ministres entreprenaient, à la manière du Petit Poucet, d’égrener les mesures visant à réduire les émissions de carbone. Il a ainsi annoncé que:

Au moment où le mercure bat des records, ces annonces – et il y en aura bien d’autres – sont susceptibles de retenir l’attention des électeurs inquiets du réchauffement climatique, davantage qu’une loi sur la carboneutralité.

Adoptée en toute fin de session parlementaire, la loi C-12 n’a pas fait les manchettes.

  • La découverte de centaines de tombes d’enfants près des pensionnats pour Autochtones dans l’ouest du pays retenait bien davantage l’attention du public.

La Loi C-12 sur la carboneutralité est pourtant le geste le plus significatif posé par Ottawa pour combattre les changements climatiques.

La loi fixe un objectif à l’horizon 2050 et il contraint le gouvernement actuel, comme tous ceux à venir, à prendre des mesures pour l’atteindre.

Cette loi encadrera l’action des gouvernements en les obligeant :

  • à se fixer des cibles quinquennales;
  • à se doter de plans d’action dont l’efficacité sera évaluée par le commissaire au développement durable;
  • à rendre compte au parlement des progrès réalisés, et à corriger le tir le cas échéant;
  • à créer un comité consultatif.

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Les groupes environnementaux ont bien accueilli cette loi malgré ses imperfections. Elle était attendue depuis si longtemps.

D’autres pays ont agi bien avant.

  • Le Royaume-Uni a adopté dès 2008 sa Loi sur la responsabilité climatique qui lui a permis de réduire de 40% ses émissions de GES.

Le Canada s’était engagé sous le gouvernement Harper à une réduction de 30% de ses émissions, par rapport à leur niveau de 2005, d’ici 2030.

  • Pas plus que les autres fois, le Canada n’a tenu sa promesse.
  • Ces 10 dernières années, ses émissions ont en fait augmenté plutôt que de diminuer.
  • Il est le seul pays du G7 dans cette situation.

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Le gouvernement Trudeau vise maintenant une réduction d’au moins 40% des émissions à l’horizon 2030 pour les ramener à 438 mégatonnes par an.

Le rattrapage à faire est considérable. Pour aller plus loin, lisez la chronique Les ambitions climatiques du Canada sont-elles réalistes?

Le plan de transition vers les énergies renouvelables repose d’abord sur la taxe du carbone.

  • D’ici 2030, elle passera de 50 $ à 170 $ la tonne.

S’ajoute une enveloppe de 17 milliards $ pour promouvoir une reprise verte.

  • Le gouvernement Trudeau puise dans cette enveloppe pour financer des mesures ciblées comme celles annoncées ces derniers jours.

Atteindre la cible de 2030 exigera un effort constant, mais aussi un minimum de cohérence. Ottawa ne pourra continuer d’investir en parallèle dans les énergies fossiles.

La loi sur la carboneutralité permet d’espérer que prendra fin la série noire des promesses brisées. À la prochaine conférence sur les changements climatiques en novembre à Glasgow, le Canada pourrait ne plus être le cancre de la classe.

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi il y a urgence de réformer le système de santé

Publié le 2 juil 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi il y a urgence de réformer le système de santé

[image: Clker | Pixabay]

  • Le succès de la campagne de vaccination nous l’a fait oublier: le système de santé québécois, chargé de nous prodiguer des soins, a lui-même besoin de soins.
  • La fermeture de l’urgence de l’hôpital de Gatineau durant toute une semaine pour cause de pénurie de personnel illustre la fragilité de ce système, qui sort épuisé de la crise sanitaire créée par la Covid-19.

Le système public de santé québécois, tel qu’on le connaît, a été créé il y a un peu plus de 50 ans dans la foulée des recommandations de la commission Neveu-Castonguay.

  • Il a assuré la gratuité et l’accessibilité à des soins de qualité à tous.
  • Mais il n’a eu de cesse d’être critiqué pour sa lourdeur.

Attendre!

  • Les usagers du système connaissent bien ce mot.
  • Presque partout, il leur faut attendre.

Pour les interventions chirurgicales non urgentes, il faut attendre des semaines et des mois.

  • Avant la pandémie, la liste d’attente comptait 125 000 noms.
  • Les reports d’interventions l’ont fait exploser à près de 150 000.

Aux urgences, le temps d’attente était de 15,2 heures en 2020.

  • En 1995, il était déjà de 14,4 heures.

Ni les commissions d’enquête ni les escouades spéciales n’ont pu juguler les maux du système.

  • Il compte aujourd’hui quelque 300 000 employés.
  • Ses coûts croissants accaparent la part du lion du budget de l’État, soit plus de 46%.
  • En 1995, Ils n’en représentaient que 31%.

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Les problèmes sont multiples.

Les coûts explosent en raison du vieillissement de la population, des nouvelles technologies et des nouveaux médicaments.

Les gouvernements tentent de les contrôler.

  • C’est ce que visait la réforme de Gaétan Barrette: il espérait faire des économies de 200 millions $.

Les conditions de travail de certains groupes ont fait les frais des pressions budgétaires.

  • C’est le cas des infirmières.
  • Devant la surcharge de travail et les exigences de temps supplémentaire, plusieurs ont quitté le réseau public québécois pour le privé ou la province voisine.

Au plus fort de la première vague de la pandémie, il a fallu faire appel à l’armée.

La fermeture de l’urgence de l’hôpital de Gatineau n’a pas d’autres causes.

  • Difficile pour les infirmières de résister à l’attrait de salaires nettement plus élevés de l’autre côté de la rivière des Outaouais. 

Dans plusieurs régions, les services seront réduits ou fermés cet été pour cause de pénurie de personnel.

Les conditions de travail ont fait l’objet d’une entente début juin avec les syndicats.

  • De meilleures conditions salariales et la fin du temps supplémentaire obligatoire favoriseront la rétention du personnel en place et faciliteront le recrutement.

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D’autres chantiers appellent l’attention du gouvernement Legault. Il a identifié les priorités.

L’accès aux soins de première ligne et aux soins à domicile demeure un problème qui pèse sur l’accès aux autres services, dont les urgences.

  • Nombre de Québécois n’ont toujours pas de médecin de famille, ni droit à des soins à domicile.
  • Résultat, on se tourne vers les hôpitaux, dont la surcharge s’accroît.

Le contexte de la pandémie n’était pas propice à de grandes réformes du système de santé, puisqu’il était mobilisé tout entier à combattre la Covid-19.

Ce combat, il l’a mené avec succès.

  • En témoigne la réussite de la campagne de vaccination en dépit de toutes ses carences et des difficultés rencontrées.

Cette réussite crée un climat favorable pour maintenir la mobilisation des acteurs du réseau de la santé afin de le soulager de ses lourdeurs.

La fermeture de l’urgence de Gatineau nous rappelle que, justement, il y a urgence.

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Analyse POLITIQUE

Des élections à la rentrée? Trudeau voudra profiter du «retour à la normale»

Publié le 25 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Des élections à la rentrée? Trudeau voudra profiter du «retour à la normale»

[photo: Élections Canada]

  • La Chambre des communes est maintenant en vacances estivales, avec la perspective d’une nouvelle campagne électorale à son retour en septembre.
  • Le gouvernement Trudeau attend depuis des mois le moment propice pour faire appel aux électeurs. Il fait le pari qu’il pourra retrouver la majorité perdue en 2019.

Deux ans, c’est le temps que durent généralement les gouvernements minoritaires au Canada.

On y est presque.

Rien n’est officiellement annoncé, sauf que…

  • Le premier ministre Trudeau ne cesse de dire que l’obstruction de l’opposition a rendu le parlement «dysfonctionnel». C’est ce qu’il fera valoir au gouverneur général pour obtenir la dissolution du parlement à la fin du mois d’août.
  • Plusieurs députés ont profité des derniers jours de la session pour faire leurs discours d’adieu.

Ces deux signes ne trompent pas.

Justin Trudeau est pressé.

Les atouts dont il dispose aujourd’hui pourraient ne plus valoir dans un an.

Le «retour à la normale» qui s’annonce pour la fin de l’été grâce à la vaccination créera un climat favorable. Exit la morosité.

La levée des restrictions sanitaires redonnera aux Canadiens un espace de liberté.

  • La réouverture des frontières avec les États-Unis, attendue avec impatience, devrait survenir tout juste avant le déclenchement des élections.

Le souvenir des prestations de soutien comme la PCU sera encore présent cet automne dans l’esprit des millions de Canadiens qui en ont profité.

Dans un an ce pourrait être différent.

L’OCDE prévoit que le Canada aura l’une des reprises économiques les plus fortes parmi les pays développés, avec une croissance prévue de 6,1%.

  • Elle entraînera un petit boom qui permettra le retour au travail de milliers de sans-emploi.

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Le programme électoral des libéraux est tout tracé.

Ils miseront sur:

Les sondages pourraient laisser croire que les libéraux sont au seuil d’une majorité.

  • D’une semaine à l’autre, l’écart en faveur des libéraux se maintient par une marge de quatre à cinq points sur les conservateurs.
  • La concentration dans les Prairies du vote pour les conservateurs accentue l’avantage des libéraux.

Cette prochaine élection se jouera, comme souvent, dans les deux provinces centrales.

Au Québec, la popularité du Bloc se maintient avec 33% des intentions de vote, à égalité avec le Parti libéral.

En fait, le portrait n’a pas changé en deux ans, si bien que Justin Trudeau devra miser sur l’Ontario.

  • L’impopularité du gouvernement conservateur de Doug Ford le favorisera.

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Rien n’est toutefois acquis.

Le gouvernement Trudeau traîne derrière lui quelques casseroles que les partis d’opposition exploiteront.

  • Durant les dernières heures de la session, les partis d’opposition l’ont pris en train de piger dans des fonds publics pour financer des recherches sur les données électorales.
  • Des dossiers difficiles reviendront le hanter, comme sa gestion des dénonciations de plaintes de harcèlement sexuel dans les forces armées.

Une campagne électorale peut réserver des surprises.

Il pourrait arriver à Justin Trudeau ce qui était arrivé à Paul Martin en 2004: se précipitant en élection à la première embellie, il revint minoritaire au Parlement.

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Analyse POLITIQUE

L’utopie de l’égalité des langues officielles

Publié le 18 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
L’utopie de l’égalité des langues officielles

Le Premier ministre Justin Trudeau et la ministre du Développement économique et des Langues officielles Mélanie Joly [source: page Twitter de Mélanie Joly]

  • Le projet de loi modernisant la Loi sur les langues officielles déposé aux Communes cette semaine a été bien accueilli. Il marque un changement majeur de la part du gouvernement Trudeau.
  • La démarche libérale serait de nature électoraliste, selon les partis d’opposition. Ils n’ont pas entièrement tort. Le vote des francophones sera déterminant lors du prochain scrutin.

Le projet C-32 de la ministre Mélanie Joly est la dernière d’une longue série de mesures prises au fil du temps sous la pression des francophones pour accorder au français un statut officiel.

  • L’histoire retient l’adoption marquante de la Loi sur les langues officielles en 1969 par Trudeau père, comme aboutissement de longues luttes.
  • Auparavant, il y avait eu les timbres bilingues (1927), les billets de banque bilingues (1936), les chèques bilingues (1962).
  • Les emballages bilingues de produits de consommation, dont les boîtes de Corn Flakes qui ont tant fait réagir, viendront en 1974.

La loi de 1969 visait à donner un statut égal au français et à l’anglais dans tous les domaines de compétence du gouvernement fédéral.

  • Elle instituait de nouveaux droits, dont celui d’être servi dans sa langue partout au Canada et pour les fonctionnaires de travailler en français.

Progrès il y a eu, mais pas au point d’instituer l’égalité de statut des deux langues.

  • Le poids de l’anglais est tel qu’il a freiné les progrès.
  • Tous les commissaires aux langues officielles l’ont successivement constaté. Et tous ont déploré leur incapacité à imposer des correctifs.

Le gouvernement Trudeau, avec son nouveau projet de loi, ouvre les yeux sur une réalité qu’il ne voulait voir jusque-là.

Le coup de barre est remarquable.

Mélanie Joly s’inspire de la loi 101, tant honnie à Ottawa, pour accorder aux francophones le droit de travailler en français dans les entreprises de juridiction fédérale dans les territoires où ils sont majoritaires.

Et, virage majeur – tout symbolique s’il soit –, le projet de loi reconnaît que le français est la seule langue officielle du Québec.

Trudeau fils s’éloigne ainsi de Trudeau père, dont la doctrine sur l’égalité accordée aux deux langues était sacro-sainte.

  • Il introduit une asymétrie adaptée à la réalité différenciée des deux groupes linguistiques.

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Ce projet de loi n’est pour le moment qu’un projet.

Présenté à la veille du déclenchement probable d’élections à la fin de l’été, les partis d’opposition y voient un clientélisme électoraliste patent.

Des nuances s’imposent.

L’intention de modifier la Loi sur les langues officielles était connue depuis un an. Elle s’appuyait sur l’existence au Québec d’un fort consensus sur le déclin du français.

Ne pas réagir aurait été dangereux.

Justin Trudeau sait qu’il doit son statut de gouvernement minoritaire aux francophones du Québec qui, en octobre 2019, se sont tournés vers le Bloc québécois.


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Électoraliste ce virage libéral?

Sans doute, mais tout à fait normal pour un parti qui se doit d’être en phase avec l’électorat.

Suivre les électeurs, c’est aussi ce qu’ont fait cette semaine le Parti conservateur et le NPD en votant, avec les libéraux, la motion du Bloc qui reconnait au Québec le droit de modifier sa constitution pour y affirmer que le français est la langue officielle du Québec.

Cela témoigne que le Québec détient la clé de la prochaine élection.

Il restera, ensuite, à tenir parole.

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Analyse POLITIQUE

Combien de temps encore Legault peut-il surfer sur la vague de la Covid-19?

Publié le 11 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Combien de temps encore Legault peut-il surfer sur la vague de la Covid-19?

[photo: Kanenori | Pixabay]

  • La pandémie de la Covid-19 a été un malheur collectif qui, au plan politique, aura fait les belles heures du gouvernement Legault. Il en sort gagnant toutes catégories, aux dépens des partis d’opposition.
  • L’Assemblée nationale a mis fin à ses travaux hier pour une pause estivale, avec l’espoir de reprendre au retour sa place comme lieu normal des débats politiques.

Tous les indicateurs sont favorables à François Legault et à son gouvernement.

  • De tous les premiers ministres, il est celui qui au Canada reçoit la meilleure note pour sa gestion de la crise sanitaire.
  • La dernière mesure prise par la firme de sondage Léger début juin lui donne une note de 73%.

Les intentions de vote sont au beau fixe.

  • Début mai, la CAQ était près d’un balayage, avec 46% d’appui contre 20% pour son plus proche adversaire, le Parti libéral.

Tout au long de cette crise, le premier ministre a joui de la confiance des Québécois, cela même si sa gestion a par moments été défaillante.

  • Durant la première vague, il perdu le contrôle de la prévention et des soins dans les CHSLD.

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L’arrivée de Christian Dubé à la tête du ministère de la Santé en juin dernier aura permis une reprise en main.

  • Le premier ministre lui doit le succès de la campagne de vaccination qui permet aujourd’hui de juguler la troisième vague.

Le retour à la normale, s’il est attendu avec fébrilité par le gouvernement, l’est tout autant par les partis d’opposition: leur espoir est d’enfin ressortir de l’ombre pour jouer leur rôle de contrepoids.

Victimes collatérales de la pandémie, les parlementaires ont été soumis ces 15 derniers mois à un régime d’exception.

Les règles sanitaires ont ralenti le fonctionnement de l’Assemblée nationale et limité les débats.

De plus, à plusieurs reprises, le gouvernement s’est délibérément soustrait à l’habituelle reddition de comptes:

  • Il a pris des raccourcis pour déclarer l’État d’urgence sanitaire par décrets, outrepassant le parlement.
  • Il a retardé pendant des semaines le dépôt de projets de loi majeurs, tel le projet 96 sur la protection de la langue française.
  • Il a ignoré les demandes d’une enquête indépendante et publique sur sa gestion de la pandémie.
  • Fort de sa popularité, il s’est à l’occasion permis d’être arrogant, prédisant aux critiques de son projet de troisième lien leur défaite aux prochaines élections.

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L’opposition a une seule fois réussi à égratigner l’image du gouvernement.

  • La démission forcée du ministre Pierre Fitzgibbon pour son refus de se plier aux exigences du code d’éthique a terni son image.

À la rentrée de septembre, l’Assemblée nationale devrait se déconfiner, comme le reste de la société.

Les ministres ne pourront plus invoquer la pandémie pour échapper aux questions de l’opposition et des journalistes.

Bien des dossiers passés sous le radar de l’opinion publique referont surface.

En tout premier lieu, le gouvernement devra se plier à un réel bilan de sa gestion de la pandémie.

  • Déjà pointent à l’horizon les appels à une réforme du système de santé dont les faiblesses et lacunes ont été révélées par la crise sanitaire.

La vague de la pandémie se retirant, surfer sera dès lors plus difficile pour François Legault: il devra composer avec le ressac.

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Analyse POLITIQUE

Le charnier de Kamloops changera-t-il l’attitude envers les autochtones?

Publié le 4 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Le charnier de Kamloops changera-t-il l’attitude envers les autochtones?

Le pensionnat indien de Kamloops autour de 1930. [Photo: Archives Deschâtelets-NDC, Richelieu]

  • Le Canada est un pays de gens bien. C’est l’image que, de l’étranger, l’on a du Canada. Cette perception a volé en éclat avec la découverte à Kamloops d’un charnier contenant les corps de 215 enfants autochtones.
  • La vague d’indignation sera-t-elle suffisamment forte pour que les membres des Premières nations deviennent des citoyens à part entière aux yeux des gouvernements?

Des horreurs, le Canada en a pourtant commis au cours de son histoire.

Quelques jours à peine avant que ne soit rendue publique la découverte de ce charnier, rappelons-nous que le premier ministre Trudeau venait d’offrir aux Italo-canadiens des excuses pour l’internement de centaines d’entre eux pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais Kamloops dépasse toutes ces horreurs.

Pourtant on savait.

  • On savait que ces pensionnats avaient été créés pour rééduquer les autochtones et «tuer l’indien en eux».
  • On savait que les autorités enlevaient de force les enfants autochtones à leurs parents.
  • On savait que des milliers d’entre eux ne sont jamais revenus – plus de 4000 avaient disparu, selon les derniers décomptes.

On savait tout cela, sans pourtant vraiment le croire. Par indifférence.

Mais voilà que ces 215 disparus de Kamloops rendent bien réel le génocide culturel que fut la politique d’assimilation instituée par le gouvernement de John A. Macdonald au 19e siècle.

Les déclarations de repentance des élus ont été nombreuses.

Sont maintenant attendus des gestes de réconciliation et d’ouverture.


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La route à suivre est connue.

La Commission Vérité et Réconciliation, la Commission Viens, et celle sur les femmes autochtones disparues l’ont établie.

Mais, de toutes parts, on a tardé à agir: le sentiment de culpabilité n’a pas créé un sentiment d’urgence.

Il aura ainsi fallu attendre 15 ans pour que le Canada accepte de se soumettre à la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des autochtones.

  • La Chambre des communes a enfin adopté ces derniers jours le projet de loi C-15 la reconnaissant.
  • Il est l’un des derniers pays à le faire.

Autre exemple:

  • Il y a cinq ans, le Tribunal canadien des droits de la personne ordonnait à Ottawa de corriger la discrimination envers les enfants vivant dans les réserves.
  • Depuis, le gouvernement fédéral joue de délais judiciaires pour éviter la facture de 8 milliards $ que représenterait une prestation de services égale à celle offerte aux autres enfants.

Promis en 2017, l’accès à une eau potable de qualité sur les réserves est toujours une vaine promesse pour une cinquantaine de réserves.

La Commission Vérité et Réconciliation recommandait en 2015 que soient mises en place des mesures pour documenter, entretenir et protéger les cimetières des pensionnats autochtones. Dans la foulée de Kamloops, le gouvernement Trudeau a ouvert le robinet.

  • Six ans plus tard, 27 millions $ sont offerts aux communautés pour entamer des recherches sur l’existence d’autres charniers.
  • Il est certain qu’il s’en trouvera.

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Signe positif, Ottawa publiait jeudi un plan d’action pour éliminer les obstacles systémiques au progrès des autochtones et lutter contre le racisme.

Ce sont des gestes de cette nature qui sont attendus par les Premières nations.

Pour elles, la réconciliation ne sera réelle que lorsque se sera dissipé l’esprit des politiques passées qui, à bien des égards, continue de faire des autochtones des citoyens de seconde classe.

Y aura-t-il un avant et un après Kamloops?

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi Trudeau et Legault sont dans le même bateau constitutionnel

Publié le 28 mai 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi Trudeau et Legault sont dans le même bateau constitutionnel

[photo: Gerhard Bögner | Pixabay]

  • Les partis politiques fédéraux sont unanimes à reconnaître la légitimité des modifications que le Québec entend apporter à «sa» constitution pour affirmer le caractère distinct de la nation québécoise dont la langue officielle est le français.
  • Surprenante aux yeux de certains, cette ouverture serait inspirée par la perspective de l’élection à venir. Mais cet appui est plus profond. Il ne saurait être renié au lendemain de l’élection.

Les changements constitutionnels inscrits au projet de loi 96 de l’Assemblée nationale ont étonné. Et pour cause.

«Le fruit n’est pas mûr», répondaient Ottawa et les provinces chaque fois que le Québec frappait à la porte.

À ceux-là, le gouvernement Legault fait un pied de nez avec son projet de loi 96, les embarquant dans son bateau.

Si ce n’est dans la constitution canadienne, le caractère distinct du Québec sera affirmé dans celle du Québec.

L’astuce est imparable. L’article 45 de l’acte constitutionnel, que tous avaient oublié, reconnaît aux provinces la compétence exclusive de modifier leur constitution.

Justin Trudeau a reconnu la légitimité du geste au grand déplaisir de commentateurs du Canada anglais.

Pour eux, le caractère quasi sacré de la constitution exige que la démarche du Québec soit soumise au processus d’amendement constitutionnel reposant sur l’unanimité.

  • Ces voix opposées au projet du Québec sont peu nombreuses pour l’instant, et elles ne sont portées par aucun leader.
  • Même le père de la loi sur la clarté référendaire, Stéphane Dion, convient de la légitimité du geste posé par Québec.

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Difficile de prétendre le contraire, car cette démarche s’inscrit en continuité avec la motion adoptée en 2006 par la Chambre des communes et qui reconnaissait que les Québécois forment une nation.

Ce geste d’apaisement par lequel on reconnaissait le caractère distinct du Québec se voulait à portée symbolique.

Néanmoins, il validait au plan politique la légitimité des revendications du Québec.

Si les Québécois forment une nation, ils pouvaient donc se trouver justifiés de se comporter comme tels. C’est en quelque sorte ce que fait aujourd’hui le gouvernement Legault.

Le futur amendement à la constitution du Québec aura une valeur d’abord symbolique.

  • Ce n’est pas sans importance.
  • Les symboles, tel le drapeau, contribuent à créer une identité commune.

Il pourrait aussi avoir une portée juridique et servir d’argument pour justifier l’adoption par le Québec de mesures pour protéger le français.


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Il y a divergence de vues à cet égard entre Québec et Ottawa.

Comme il se doit, ce sont toutefois les tribunaux qui un jour trancheront, car la loi 96 sera certainement contestée.

Pour justifier ses mesures de protection du français, le Québec invoquera alors que, les Québécois formant une nation, il a l’obligation de protéger leur langue et leur culture.

Pour en juger, les tribunaux se référeront d’abord à la constitution, mais aussi au contexte politique.

Les déclarations solennelles faites, hier comme aujourd’hui, à l’appui de l’existence du Québec comme nation seront forcément prises en compte.

Cela, le Bloc québécois le sait bien.

Ce n’est pas sans raison qu’il veut ajouter aux déclarations d’appui des Justin Trudeau, Erin O’Toole et Jagmeet Singh, une motion de la Chambre des communes affirmant le droit du Québec à modifier sa constitution.

Peu importe qui sera le premier ministre au lendemain des prochaines élections, cet appui ne pourra être renié.

Ce qui a été dit est dit. François Legault peut être satisfait de son coup.

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Analyse POLITIQUE

Troisième lien: le pari de 10 milliards $ de François Legault

Publié le 21 mai 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Troisième lien: le pari de 10 milliards $ de François Legault
  • Québec aura son troisième lien. S’il n’en tient qu’à François Legault et aux électeurs de la CAQ, le tunnel devant relier Québec à Lévis sera le projet de la décennie pour la région de la Capitale nationale.
  • Ce troisième lien ne fait pas l’unanimité. Les milieux d’affaires approuvent. Les environnementalistes dénoncent une vision passéiste privilégiant l’automobile comme mode de transport, avec en corollaire l’étalement urbain.

Établir une troisième voie de communication entre les rives nord et sud du Saint-Laurent est l’objet de débat depuis des années. On doit aux radios de la capitale d’en avoir fait un enjeu politique.

  • Le premier ministre Couillard a, le premier, cédé à leur pression avec un projet de tunnel passant par l’île d’Orléans.
  • La Coalition Avenir Québec fit de sa réalisation la promesse phare de son programme électoral en 2018, s’engageant à ce que les travaux débutent au cours d’un premier mandat.
  • Le projet dévoilé lundi reliera Lévis au centre-ville de Québec. Il ne sera ouvert à la circulation qu’en 2031.

Aucune étude n’existait d’emblée pour justifier ce projet.

Encore aujourd’hui on les cherche.

Celles du gouvernement sur la fréquentation prévue (55 000 véhicules/jour) ne sont pas publiques.

Ce troisième lien prétend réduire la congestion automobile.

L’expérience montre plutôt qu’il n’y a pas de fin à ce phénomène.

  • À peine une nouvelle autoroute urbaine est-elle construite que les banlieues s’étendent et que les bouchons reviennent.

Les planificateurs du ministère des Transports devraient le savoir.

  • Ils ont construit à Québec autoroute sur autoroute.
  • Cette ville est au Canada la deuxième pour le nombre de kilomètres de voies rapides par habitant.

Le transport en commun comme solution de rechange n’y a, par contre, jamais eu la faveur.

Les premières voies réservées ont dû être retirées devant les levées de boucliers.


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Le temps a fait son œuvre.

À la force du poignet, le maire Régis Labeaume aura obtenu l’appui du gouvernement à son projet de tramway.

Quant au tunnel, deux de ses six voies seront réservées aux autobus.

Le gouvernement croit avoir trouvé là l’équilibre entre deux visions.

Certes, il y a progrès, mais l’auto garde la cote.


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Demeure la question de la nécessité d’un troisième lien situé à l’est, alors que le besoin se fait plutôt sentir à l’ouest.

10 milliards $, c’est beaucoup pour un projet dont la seule rentabilité assurée est électorale.

À ces milliards, s’ajouteront les coûts liés au développement urbain et à l’environnement.

En toute logique, ce nouveau lien, dont la tête sud se situera à la limite de la zone agricole à Lévis, engendrera de l’étalement urbain.

Du côté nord, ce sera plus de congestion pour le centre-ville de Québec.

La réalité est qu’aux questions soulevées par les opposants à ce projet, le gouvernement n’a pas de réponses aujourd’hui.

Non plus pour celles relatives au développement économique attendu. Elles viendront, là aussi, a posteriori.

Pour l’instant, c’est un vaste pari sur l’avenir.

François Legault ne s’en cache d’ailleurs pas, disant: «Pour moi, c’est comme une gageure qu’on fait sur la grande région de Québec».

On saura dans dix ou quinze ans, si ce pari aura été gagnant.

Entre-temps, il peut dire «promesse tenue» à ses électeurs, et leur donner rendez-vous à la prochaine élection pour mettre en chantier ce troisième lien.

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Analyse POLITIQUE

Réforme linguistique du gouvernement Legault: est-elle trop ambitieuse?

Publié le 14 mai 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Réforme linguistique du gouvernement Legault: est-elle trop ambitieuse?

Le Ministre responsable de la Langue française Simon Jolin-Barrette (Photo Twitter)

  • Le déclin constaté du statut du français au Québec a créé un large consensus autour du renforcement de la Charte de la langue française. Tous les partis politiques à l’Assemblée nationale en conviennent.
  • Le gouvernement de François Legault donne avec le projet de loi 96 le coup de barre attendu. Le statut du français comme «langue officielle et commune» des Québécois sera réaffirmé, mais il faudra des années avant que ce déclin ne soit stoppé.

Les groupes nationalistes avaient depuis longtemps soulevé un drapeau rouge quant à l’état du français au Québec.

Les gouvernements précédents, sauf celui – minoritaire – de Pauline Marois, ont tous tergiversé, craignant de s’engager sur un champ miné.

Résultat de ce retard à réagir:

  • Le poids du français comme langue maternelle diminue sans cesse. De 81,5% qu’il était en 1996, il est de 77,9 % vingt ans plus tard.
  • Dans la région métropolitaine de Montréal, il est passé de 68,1% à 64,1% pendant la même période.
  • Sur l’île de Montréal, le point de bascule a été franchi au cours de la dernière décennie. En 2016, le poids du français comme langue maternelle n’était plus que de 49,8%.

Le ministre responsable de la loi 101, Simon Jolin-Barette, avait promis une loi «costaude» pour restaurer la Charte de la langue française mise à mal par une série de décisions des tribunaux au fil des années.

Sa réforme est ambitieuse, voire audacieuse à certains égards.

Trois mesures phares retiennent l’attention.

  • Le recours à la clause nonobstant mettra la loi 96, une fois adoptée, à l’abri des contestations juridiques.
  • Le statut de la nation québécoise et celui du français comme seule langue officielle et commune seront inscrits dans la loi constitutionnelle de 1867.
  • La fin du bilinguisme institutionnel: le français redevient la seule langue de communication de l’État.

Ces mesures auront une portée symbolique forte sur le plan de l’affirmation du Québec comme seul État francophone en Amérique du Nord.


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Plus porteuses de réels changements sont toutefois les dispositions du projet de loi qui visent l’intégration des immigrants à la communauté francophone.

L’objectif est d’accroître les transferts linguistiques des immigrants vers le français, qui n’est que de 53% actuellement.

Au Canada anglais, les transferts vers l’anglais sont de l’ordre de 99%.

Le gouvernement Legault fait ce que plusieurs recommandaient, soit chercher à ce que le français soit perçu par les immigrants comme une langue utile, celle qui leur permet de gagner leur vie.

Il soumet ainsi les petites entreprises, qui ont entre 25 et 49 employés, à l’obligation de se doter de comités de francisation.

Ce sont dans ces petites entreprises que, le plus souvent, les nouveaux arrivants trouvent du travail.

Loi 101 n’obligeait que les entreprises de plus de 50 employés à se doter de plans de francisation. Les milieux de travail en ont été transformés.


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Avec l’obligation de scolarisation en français des enfants d’immigrants, la francisation des milieux de travail est ce qui a le plus contribué à accroître les transferts linguistiques vers le français.

  • Ils sont passés de 25% en 1977 à 53% aujourd’hui.

Mais même si, statistiquement, ces transferts ont doublé en 44 ans, cela n’a pas été pour autant suffisant pour stopper le déclin du français.

La cible qu’il faut viser est connue:

  • Les démographes estiment que les transferts vers le français devraient être de 90 %.

Le gouvernement Legault n’ose pas se donner d’échéancier.

Cela dit l’ampleur du défi. La route pour le relever sera donc longue.

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Analyse POLITIQUE

La politique d’immigration de la CAQ vise-t-elle la bonne cible?

Publié le 7 mai 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
La politique d’immigration de la CAQ vise-t-elle la bonne cible?

[Crédit photo: Warren Wong | Unsplash]

  • Changement de cap inattendu en immigration: François Legault veut qu’elle contribue à la hausse du salaire moyen au Québec. Priorité sera donnée désormais aux candidats aptes à occuper les emplois les mieux rémunérés.
  • Ce changement est mal accueilli. Les entreprises, les régions, les organismes humanitaires et les partis d’opposition espéraient une vision plus ouverte de la politique d’immigration.

Le premier ministre n’a jamais caché son «obsession» pour le salaire moyen. Il croit, grâce à elle, pouvoir créer de la richesse et assurer le rattrapage économique du Québec par rapport au reste du Canada.

Pour des «emplois bien payés», atteignant et dépassant 56 000 $ par année, il est prêt à mobiliser tout l’appareil  gouvernemental.

Cette fois, c’est l’immigration qu’il veut mettre à contribution.

Sa déclaration d’il y a une semaine a créé une onde de choc.

Les milieux économiques espéraient que l’immigration puisse participer, au lendemain de la pandémie, à combler les quelque 140 000 postes qui demeurent vacants.

  • Or, pour la majorité, ces postes ne sont pas dans la catégorie de ceux que vise le premier ministre.
  • Les milieux d’affaires lui reprochent de mal comprendre les besoins de main-d’œuvre des entreprises.

Dans les cercles politiques et les groupes sociaux, on voit dans les déclarations de François Legault une dérive qui oublie les fonctions sociales et culturelles de l’immigration.

  • Aux yeux du premier ministre, l’accueil des réfugiés a le défaut de freiner la hausse du salaire moyen au Québec au lieu d’y contribuer.

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Le Québec n’a jamais voulu de l’immigration massive que pratique le Canada.

S’il avait accepté comme les autres provinces les quotas fixés par Ottawa, il aurait eu à intégrer quelque 75 000 nouveaux arrivants cette année.

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la CAQ a rejeté une telle perspective.

  • Même la cible de 51 000 immigrants du gouvernement Couillard lui est apparue trop élevée.
  • Il l’a ramené à 40 000.

Ce pas de recul devait permettre de revoir l’ensemble des opérations d’accueil des immigrants pour assurer leur intégration à la société québécoise.

«En prendre moins, mais en prendre soin», disait alors le ministre Simon Jolin-Barette.

Graduellement, le Québec revient à la cible de 51 000 immigrants.

  • Pour l’année en cours, on prévoit en recevoir entre 44 500 et 47 500.
  • S’y ajouteront 7000 autres pour rattraper le retard pris l’an dernier en raison de la pandémie.

L’approche du gouvernement est celle du «juste milieu», selon l’ expression de l’économiste Pierre Fortin.


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Au-delà des objectifs économiques, l’immigration sert des fins socio-démographiques propres au Québec, telles que:

  • la francisation des nouveaux arrivants. L’immigration doit contribuer à maintenir le poids démographique des francophones. Seulement 59% des immigrants ont une connaissance du français; et
  • la régionalisation de l’immigration, pour atténuer les effets démographiques de la concentration des nouveaux arrivants à Montréal.

La volonté de faciliter le recrutement des «meilleurs talents» exigera certains compromis.

Ces «meilleurs talents» n’ont généralement pas la connaissance du français souhaitée.

On assouplira les exigences à cet égard en contrepartie d’un engagement à apprendre cette langue.

Dans les domaines où ces personnes pourraient exercer leurs talents, en technologie de l’information par exemple, la réalité est que le lieu de travail se trouvera dans un grand centre, et non en région, et que la langue de travail sera l’anglais.

L’obsession qu’entretient le premier ministre pourrait entraîner des glissements non souhaités par la population québécoise.

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Analyse POLITIQUE

Réforme du mode de scrutin: est-elle remise aux calendes grecques?

Publié le 30 avr. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Réforme du mode de scrutin: est-elle remise aux calendes grecques?

[photo: Wokandapix | Pixabay]

  • C’était un engagement solennel de François Legault. L’élection de 2022 allait être la dernière à se tenir sous le mode actuel de scrutin majoritaire à un tour.
  • Plus rien n’est sûr. L’adoption de la loi 39 réformant le mode de scrutin est remise à une date indéterminée. Par la force des choses, le référendum de ratification qui devait se tenir en parallèle à la prochaine l’élection n’aura pas lieu.

L’histoire de la réforme du mode de scrutin est une succession de rendez-vous manqués. Les circonstances, comme cette fois la pandémie, ou le manque de volonté politique ont fait avorter toutes les tentatives d’instaurer un mode proportionnel.

«C’est démocratiquement infect», disait René Lévesque à propos du système uninominal à un tour qui prévaut toujours actuellement. 

Ce mode de scrutin crée des distorsions majeures dans la représentativité. Une simple pluralité de voix donne au gagnant une majorité de sièges aux dépens des tiers partis.

Un mode de vote proportionnel vient corriger ou atténuer ce déficit démocratique en assurant une plus grande représentativité des divers courants d’opinions.

Ses opposants demandent pourquoi changer un système qui fonctionne bien. Il assure la stabilité gouvernementale en favorisant l’élection de gouvernements majoritaires… au profit toutefois des «vieux partis» qui en alternance s’échangent le pouvoir.

Les tentatives de réforme ont été nombreuses à travers tout le Canada.

  • Au Québec, René Lévesque se bute en 1983 au refus de ses propres députés. En 2002, le gouvernement Landry appuie une proposition des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, mais son gouvernement est défait.
  • En Colombie-Britannique, un projet de réforme obtient en 2004 l’appui de 58% des électeurs, mais il manque de deux points le seuil de 60% des voix exigé. Échec aussi en Ontario et à l’Île-du-Prince-Édouard.
  • À l’élection fédérale de 2015, Justin Trudeau promet à son tour une réforme. Cela contribue à sa victoire, mais il reniera son engagement.

Le premier ministre François Legault avait juré que justement il ne serait pas un Justin Trudeau. Il se fait fort de tenir tous ses engagements électoraux.

Un doute quant à cette volonté est maintenu permis.

Le gouvernement Legault savait que sa réforme du mode de scrutin devait être adoptée avant la fin juin pour donner le temps au directeur des élections de préparer le référendum devant se tenir en même temps que l’élection du 3 octobre 2022.

Il a procrastiné jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

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La pandémie justifie bien des retards, mais ici elle sert bien ceux qui, au sein de la députation de la CAQ, craignent cette réforme. Ceux-là viennent de gagner du temps.

Le projet de loi pourrait néanmoins, pour peu qu’on le veuille, être adopté au cours des prochains mois.

Le cas échéant, il faudrait l’amender pour fixer la tenue du référendum dès le lendemain de la prochaine élection, afin que l’élection suivante, celle de 2026, se tienne sous le mode de scrutin mixte avec compensation régionale qui est proposé.

La ministre marraine du projet, Sonia Lebel, assure que c’est la volonté du gouvernement.

On aimerait maintenant l’entendre dire par le premier ministre Legault.

C’est lui qui en 2018 avait pris l’engagement avec le Parti québécois et Québec solidaire de réussir là où les autres ont échoué.

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