Bernard Descôteaux

Bernard Descôteaux

Chroniqueur politique à InfoBref, ancien directeur du Devoir

Journaliste et fin observateur des scènes politiques provinciale et fédérale, il a oeuvré au journal Le Devoir pendant 40 ans, notamment comme correspondant parlementaire à Québec et à Ottawa, avant de devenir rédacteur en chef puis directeur. Ce poste stratégique, qu’il a occupé pendant 17 ans, lui a donné l’occasion d’écrire de nombreux éditoriaux. Il préside actuellement le conseil d’administration du Centre d’études sur les médias. Chaque samedi, il signe un analyse politique dans InfoBref.

Analyse POLITIQUE

Métro, tramway, REM: Legault veut satisfaire les banlieues

Publié le 19 fév 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Métro, tramway, REM: Legault veut satisfaire les banlieues

Maquette du tramway de Québec (image Ville de Québec)

  • Signe que les temps changent, les grands investissements publics en infrastructure des prochaines décennies favoriseront le transport en commun. Québec aura son tramway, tandis qu’à Montréal le REM étendra ses tentacules à l’Est, à Laval et sur la Rive-Sud.
  • Les premiers concernés par le développement de ces projets, les municipalités, doivent se plier aux volontés du gouvernement en place à Québec, au nom d’intérêts dits supérieurs et aux connotations électoralistes.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, l’avait peut-être oublié, mais le véritable patron des municipalités est le premier ministre du Québec. Comme le veut l’expression, elles ne sont que «les créatures des provinces». 

«Who pays the piper calls the tune», lui a rappelé François Legault qui entend modifier le tracé du projet de tramway conçu par la ville. Après tout, ce projet de près de 3,3 milliards $ est financé pour l’essentiel par le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral.

Le reproche fait au maire Labeaume est de ne pas avoir intégré à son projet certaines des banlieues de sa ville.

  • Des promesses électorales leur avaient été faites en 2018.
  • Le parti ministériel veut les tenir.

Cette rebuffade est offensante pour le maire Labeaume, comme pour tous les élus municipaux.

Qui mieux qu’eux connaissent les besoins de leurs concitoyens, et peuvent le mieux planifier l’aménagement de leur territoire? C’est ce que croyait avoir bien fait la ville de Québec qui planche sur ce projet depuis des années.

Le sort réservé au maire de Québec n’est pas différent de celui des maires de la région métropolitaine de Montréal à qui échappe le développement du Réseau express métropolitain.

La planification et le développement du REM appartiennent à la Caisse de dépôt et placement via sa filiale CPDQ Infra. Son seul interlocuteur est le gouvernement du Québec.

L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), récemment créée pour planifier et organiser le transport en commun de la grande région de Montréal, n’a rien à dire. Elle doit s’adapter aux décisions de CPDQ Infra.

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Le pouvoir donné à CPDQ Infra est considérable.

  • Le développement des grands axes de transport orientera pour des décennies le développement du territoire et son aménagement.
  • C’est ainsi que la construction des autoroutes desservant Montréal a favorisé par le passé le développement des banlieues.

Des projets de prolongement du REM à Laval et à Longueuil et sur la Rive-Sud dans un axe est-ouest sont à l’étude présentement à la demande à la demande du gouvernement Legault.

S’ils se réalisent, ils conforteront le développement des couronnes au détriment de la ville-centre. L’étalement urbain se poursuivra.

La logique qui sous-tend la volonté du gouvernement Legault de favoriser les banlieues répond à une double réalité, ce autant à Québec qu’à Montréal:

  • Leur densité de population justifie des investissements importants pour régler des problèmes sérieux de congestion des routes et des ponts.
  • Ses habitants sont aussi des électeurs sensibles à la capacité de leurs élus à tenir leurs promesses.

Or, il se trouve que ce sont ces banlieues qui ont permis à la CAQ de former un gouvernement majoritaire en 2018. Leurs citoyens ont alors cru à ses promesses et, lors de la prochaine élection, ils voudront voir que les choses progressent comme promis.

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Analyse POLITIQUE

Armes de poing: pourquoi Trudeau reste sourd aux demandes de contrôle

Publié le 12 fév 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Armes de poing: pourquoi Trudeau reste sourd aux demandes de contrôle

(Photo Unsplash)

  • Les armes de poing sont celles qui font le plus de victimes au Canada. Plus que les armes d’assaut. À Montréal, Toronto et Vancouver, elles sont un fléau.
  • Une loi assurant leur contrôle avait été promise en 2015. Elle tarde toujours à venir. Le gouvernement Trudeau reste sourd aux pressions des villes à qui il renvoie la balle.

La mort de la jeune Meriem Boundaoui dimanche dernier, victime innocente d’une énième fusillade survenue en pleine rue dans le nord-est de Montréal, a relancé les appels au gouvernement fédéral pour qu’il modifie le code criminel et instaure un contrôle des armes de poing.

La circulation de ces armes ne cesse de s’accroître.

  • Plus d’un million d’armes de poing étaient enregistrées au Canada en 2019, soit 60% de plus qu’en 2012.
  • Les homicides commis au Canada par balle, au nombre de 249 en 2018, l’ont été six fois sur dix par des armes de poing.
  • Le Service de police de Montréal a recensé en 2020 quelque 440 incidents impliquant des armes à feu, en augmentation de 15% par rapport à l’année précédente.
  • Le Journal de Montréal a recensé 33 fusillades dans des lieux publics de Montréal ces six derniers mois.

Le marché des armes de poing est florissant. Elles viennent souvent des États-Unis. Il est aussi facile d’en fabriquer illégalement.

Les experts constatent une forme de banalisation de la possession de ces armes, notamment chez les jeunes inspirés par ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux.

La lutte aux groupes criminalisés qui s’affrontent ouvertement dans certains quartiers de Montréal exige une concertation des différents intervenants:

  • sociaux et communautaires pour œuvrer en prévention;
  • policiers au plan de la répression. À Montréal, une Escouade dédiée à la lutte au trafic d’armes entrera en fonction ces prochains jours.

La capacité des grandes métropoles de reprendre le contrôle de la criminalité tient aux moyens dont elles disposent.

Outre les ressources financières, elles déplorent le manque de moyens légaux. Régulièrement, les élus municipaux réitèrent leur demande à Ottawa d’imposer des contrôles sur la possession des armes de poing.

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Le gouvernement Trudeau connaît très bien les enjeux de criminalité posés par la possession des armes à feu. Il a d’ailleurs tenu une partie de sa promesse de 2015 de mettre en place des contrôles. Toutefois, il ne l’a fait que pour les armes d’assaut, pour lesquelles il s’apprête à mettre en place un programme – contesté parce que volontaire – de rachat.

Pour les armes de poing, il tergiverse.

Il propose de donner aux villes qui le voudraient un pouvoir de réglementation. Une forme de libre-choix que la mairesse de Montréal trouve absurde, à raison. La prohibition de ces armes à Montréal n’aurait aucun sens si elle ne s’applique pas à la ville voisine. On n’imagine pas, à l’inverse, qu’on aurait pu laisser à chaque ville le choix de décriminaliser la possession de cannabis.

L’incohérence de cette position trouve explication dans des motifs électoraux.

  • L’Alberta et la Saskatchewan, s’opposent à l’adoption de mesures de contrôle des armes de poing.
  • L’Ontario a des réserves.

Justin Trudeau ne veut pas les affronter, du moins pas à quelques mois d’une élection. Cela ressemble beaucoup à une fuite en avant.

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Rénover ou acheter une maison neuve pourrait coûter plus cher en raison d’une pénurie de matériaux de construction

Publié le 11 fév 2021
Rénover ou acheter une maison neuve pourrait coûter plus cher en raison d’une pénurie de matériaux de construction

(Source: Unsplash)

  • Quatre entrepreneurs en construction ou en rénovation immobilières sur cinq ont des problèmes d’approvisionnement en matériaux de construction depuis mars 2020, selon un sondage de la firme Léger.
  • En raison de la Covid, mais aussi des querelles commerciales passées entre le Canada et les États-Unis, de nombreux matériaux faits de bois, d’aluminium, d’acier et d’asphalte se font plus rares dans les quincailleries. Cela risque de provoquer une hausse du coût des rénovations et de la construction de maisons neuves.
Rénover ou acheter une maison neuve pourrait coûter plus cher en raison d’une pénurie de matériaux de construction

(Source: Unsplash)

Analyse POLITIQUE

Vaccins: le Canada doit retrouver son autonomie

Publié le 5 fév 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Vaccins: le Canada doit retrouver son autonomie

Justin Trudeau (Source: YouTube)

  • Tout devait bien se passer, mais rien ne se passe comme prévu. Amorcée dès décembre, la campagne de vaccination contre la Covid-19 prévoyait de rejoindre tous les Canadiens d’ici le mois de septembre. Aujourd’hui, rien n’est moins sûr.
  • Les problèmes successifs d’approvisionnement de vaccins montrent la vulnérabilité du Canada en matière de production de médicaments stratégiques.

Un premier de classe. C’est ainsi que s’imaginait être le gouvernement Trudeau en préparant cette campagne de vaccination. Il avait de bons atouts dans son jeu:

  • Des ententes d’approvisionnement avec sept des pharmaceutiques qui développent des vaccins contre la Covid-19 assuraient au Canada l’accès à quelque 400 millions de doses.
  • Les premiers vaccins, ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna, furent approuvés rapidement par Santé Canada. Fin décembre, ne restait plus qu’à «mettre ces vaccins dans le bras des Canadiens».

Aujourd’hui le Canada n’est pas ce premier de classe. Il se trouve plutôt au 17e rang.


Le gouvernement Trudeau n’avait pas tout dit. Les ententes avec les pharmaceutiques, qui demeurent toujours secrètes, ne prévoyaient pas de garantie de livraison prioritaire – comme nous le montrent les retards et les reports d’expédition successifs des doses de vaccins –, contrairement à Israël, à la Grande-Bretagne ou aux États-Unis.

Contre les big pharma, le Canada n’a pas de réels recours. Ses protestations n’ont rien donné.

  • Il ne peut invoquer l’intérêt national puisque tous ces fournisseurs sont de puissantes multinationales dont les sièges sociaux et les usines de production sont situés à l’étranger.
  • Le Canada n’est pour elles qu’un client parmi d’autres.

En mode réaction, le gouvernement Trudeau a choisi cette semaine de piger dans les réserves du programme COVAX de l’OMS qui est destiné à fournir des vaccins aux pays en voie de développement.

Comme contributeur à la caisse de ce programme, le Canada s’était réservé ce droit. Mais ce geste de la part d’un pays du G7 a été mal perçu ici et à l’étranger. S’il est vrai que la campagne canadienne de vaccination prend du retard, cela n’est rien en comparaison des pays du Sud.

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La signature d’une entente avec Novavax pour la production à Montréal du vaccin de cette compagnie ne permettra pas au Canada de rattraper ses retards. Au mieux, l’usine actuellement en construction sera en production en novembre.

Néanmoins, le Canada sera mieux outillé pour faire face à l’évolution de la pandémie qui se poursuit avec les variants de la Covid-19.

Une première pierre est ainsi posée pour que le Canada retrouve son autonomie en matière de production de vaccins. À Novavax pourrait s’ajouter l’usine de Medicago actuellement en construction à Québec, où cette firme entend produire son propre vaccin.

La pandémie a démontré à quel point le Canada est devenu vulnérable au fil des années en laissant à d’autres la production de biens stratégiques en matière de santé.

  • Rappelons-nous: tout manquait en mars dernier pour réagir à cette pandémie, des écouvillons pour les test aux masques et équipements de protection, ou instruments de soins comme les respirateurs.

Colmater les brèches comme on le fait en urgence ne suffit pas.

Il faut, avec les provinces, doter le pays d’une stratégie qui assurera sa sécurité d’approvisionnement de matériel de santé et garantira son autonomie.

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Analyse POLITIQUE

Gouverneur général: en a-t-on vraiment besoin?

Publié le 29 janv. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Gouverneur général: en a-t-on vraiment besoin?

Julie Payette, ex-gouverneur général du Canada (photo gouvernement du Canada)

  • Le rapport de l’enquête sur les relations de travail à Rideau Hall rendu public mercredi confirme que le choix de Julie Payette comme gouverneur général était une erreur.
  • Sa démission laisse le Canada sans «chef d’État». Pourtant, le pays continue de fonctionner. Belle occasion de réfléchir à la pertinence de cette fonction protocolaire.

Ce mauvais casting est le fait du premier ministre Trudeau. Pour des considérations de marketing politique, il souhaitait remplacer l’éminent professeur de droit David Johnston par une personnalité apportant du glamour à la fonction.

Le parcours exceptionnel de Julie Payette en faisait la candidate idéale.

  • Mais rapidement, le corset protocolaire de la fonction se révéla source de malaises pour l’ancienne astronaute.
  • Sur le plan personnel, on peut imaginer qu’elle est aujourd’hui heureuse de laisser ce rôle de figurant.

Par essence, la fonction de gouverneur général se résume à des rôles de représentation. Comme ses prédécesseurs, Julie Payette personnifiait le chef d’État du Canada en lieu et place de la reine Élisabeth.

Aucun pouvoir décisionnel ne lui revient sauf, croient certains, lorsqu’il s’agit de déterminer qui formera le gouvernement.

On cite la crise parlementaire survenue en 2008 lorsque Michaëlle Jean fut appelée à trancher entre le premier ministre Harper et l’opposition qui voulait le défaire, et à mettre en place un gouvernement de coalition.

  • Pour éviter d’être renversé, le premier ministre demanda la prorogation des travaux parlementaires.
  • Mme Jean hésita longuement, mais convint que les conventions constitutionnelles la forçaient à se plier à la requête du premier ministre dont elle doit suivre les avis.

Agir autrement aurait ouvert une crise politique grave. La reine et son représentant n’ont pas la légitimité d’intervenir à la place des élus.

La démission de Julie Payette relance le débat sur l’abolition de la fonction de gouverneur général.

La situation actuelle constitue même une preuve par l’absurde qu’on n’a pas besoin d’un gouverneur général avec tous ses attributs. Le juge en chef de la Cour suprême, sobrement, remplit la fonction en s’en tenant à l’essentiel.

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Abolir le poste de gouverneur général voudrait dire en réalité couper les liens avec la monarchie britannique.

Il faudrait attribuer la fonction de chef d’État et accorder une réelle légitimité politique à son titulaire en le faisant élire selon des modalités à définir. Par exemple, par les parlementaires, comme cela se fait dans plusieurs pays.

De la coupe aux lèvres, il y a loin. Le contexte de la pandémie n’est pas propice à un tel débat qui serait, aux yeux de plusieurs, un crime de lèse-majesté envers la dame qui vit au palais de Buckingham à Londres et qui demeure populaire.

Mais son successeur ne le sera peut-être pas autant.

Justin Trudeau voudra agir promptement, ne serait-ce que pour des raisons électorales.

  • Le choix de Julie Payette est une erreur à faire oublier. Pour ne pas donner du grain à moudre à l’opposition, il lui faudra faire une nomination qui fasse consensus.
  • Le juge en chef doit être dégagé de la double responsabilité qui lui est imposée actuellement. Au nom de la séparation des pouvoirs, on ne peut lui imposer d’être celui qui, au lendemain du scrutin, invitera Justin Trudeau ou Erin O’Toole à former le prochain gouvernement. Ce serait pour le moins indélicat.

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Analyse POLITIQUE

La diplomatie canadienne sous l’ère Biden: quels défis pour Trudeau?

Publié le 22 janv. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
La diplomatie canadienne sous l’ère Biden: quels défis pour Trudeau?

Joe Biden et Justin Trudeau (photo Bureau du premier ministre)

  • La diplomatie Canada-États-Unis retrouve son cours normal depuis l’intronisation du président Joe Biden. Déjà s’estompe la pénible parenthèse de Donald Trump.
  • L’espoir d’un nouveau départ exprimé par Justin Trudeau a vite été tempéré par un rappel amical du nouveau président que Washington demeure celui qui donne la note.

La relation qu’entretiendront le Canada et les États-Unis sera bien différente désormais. Donald Trump n’avait cure de ce voisin et de son premier ministre envers qui il aimait être méprisant.

La conception de Joe Biden de cette relation est tout à l’opposé.

  • Les États-Unis sont un «grand-frère» pour le Canada.
  • Un grand-frère qui, dit-il, peut parfois être «insupportable et arrogant», façon de rappeler au petit-frère que celui-ci ne peut tout avoir.

Le décret présidentiel sur le projet Keystone XL, signé par le nouveau président tout juste après son assermentation, était justement une façon de rappeler que les impératifs américains prévaudraient toujours.

À son premier jour à la tête de son pays, il lui fallait rassurer les progressistes au sein de la coalition qui a assuré son élection, peu importe ce qui en coûterait au Canada.

Le «petit-frère» s’est rendu à la volonté du «grand-frère». Il a mis de côté toute idée de vouloir infléchir cette décision. Tout comme il avait plié lorsque Donald Trump avait décrété la renégociation de l’Aléna.

L’intérêt du Canada est de choisir ses batailles.

Choisir celles où il a beaucoup à gagner, comme l’assouplissement du Buy American Act: les entreprises d’ici ont les yeux rivés sur ce vaste programme de relance de près de 2000 milliards $ annoncé par le nouveau président, et elles veulent avoir le droit de participer aux appels d’offres publics.

L’administration Biden ne sera pas moins protectionniste que les précédentes.

Cette volonté s’est renforcée sous Donald Trump. La pensée du nouveau président se résume en quelques mots. «Made in America» signifie acheter américain et créer des emplois américains.

Signe de sa nouvelle diplomatie, Joe Biden a accordé au Canada son premier échange avec un chef de gouvernement étranger. Une façon de mettre un baume sur la blessure d’amour-propre infligé au Canada avec ce décret sur Keystone XL, et d’entreprendre sur un ton positif un dialogue pour réamorcer le partenariat de l’époque de l’administration Obama.

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Des intérêts convergents existent entre les deux pays. Encore faut-il vouloir les voir.

Les plus évidents sont au plan économique.

Les accords successifs de libre-échange ont intégré les deux économies. Elles ont tout sauf besoin de nouvelles barrières. Ce qui est «Made in Canada» est devenu nécessaire aux États-Unis pour maintenir la chaîne d’approvisionnement qui fonctionne de manière continentale.

Mais on le voit moins bien de Washington lorsque la crise menace, comme c’est le cas aujourd’hui.

La lutte aux changements climatiques doit, elle aussi, se mener sur une base continentale. C’est ce qu’a signalé le nouveau président américain avec la mise au rancart du projet Keystone XL. C’était une invitation au Canada à le suivre.

Comme toujours, il y aura un risque élevé de rencontrer des difficultés sur la route de la diplomatie entre ces deux pays. Pas encore le temps de sabler le champagne. La différence avec les années précédentes viendra de l’amitié retrouvée.

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Analyse POLITIQUE

L’extrémisme de droite est présent au Canada

Publié le 15 janv. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
L’extrémisme de droite est présent au Canada

L’incendie du parlement en 1849, tableau attribué à Joseph Légaré
(gracieuseté du Musée McCord)

  • Un assaut comme celui du 6 janvier contre le Capitole à Washington pourrait-il se produire au Canada? La réponse courte est non. Pas de la même manière.
  • Mais la montée de l’extrémisme de droite aux États-Unis est contagieuse. Il faut s’en préoccuper. Depuis déjà quelques années, ce virus se propage de ce côté-ci de la frontière.

Une foule déchaînée montant à l’assaut du Parlement canadien est difficilement imaginable.

Pourtant cela est déjà arrivé.

Certes, cela remonte à 1845. Une foule déchaînée a envahi le parlement du Haut et du Bas-Canada situé à Montréal. L’édifice de la Place d’Youville a été mis à feu et à sang.

Inimaginable aujourd’hui car le Canada, aime-t-on penser, est le pays de «la paix, de l’ordre et du bon gouvernement».

  • Un pays à l’inverse des États-Unis par ses valeurs et ses comportements.
  • Un pays où les tensions sociales sont apaisées par des politiques de redistribution.

Des assauts contre l’autorité de l’État canadien surviennent néanmoins de plus en plus souvent sous la forme de tentatives d’attentats à la vie de ses dirigeants.

Quelques événements récents:

  • Septembre 2012: Richard Henry Bain veut s’en prendre à la cheffe péquiste Pauline Marois tout juste élue premier ministre du Québec. Il rate son coup, mais tue une personne et en blesse une autre.
  • Octobre 2014: Michael Zehaf-Bibeau, un militant du groupe État islamique, abat un militaire devant le monument au soldat inconnu à Ottawa, puis pénètre au Parlement dans l’intention de faire un carnage.
  • Juin 2020: Corey Hurren, un réserviste de l’armée canadienne, se présente à Rideau Hall lourdement armé. Il est à la recherche du premier ministre Justin Trudeau. Il est arrêté. On trouve sur ses réseaux sociaux de nombreuses références au mouvement QAnon.

À ces actes violents, il faut ajouter les menaces de mort proférées sur les réseaux sociaux visant le plus souvent les premiers ministres. Menaces qui sont le fait d’individus qu’on dira à l’esprit dérangé, mais influencés par des idéologies et par les groupes les propageant.

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Les idéologies ne connaissent pas les frontières.

Les groupes qui menaient la charge contre le Capitole sont pour plusieurs présents au Canada.

  • Parmi eux, il y a les Proud Boys, et QAnon – dont les tenants francophones des théories conspirationnistes sur l’origine de la Covid-19 et du vaccin sont nombreux au Québec.

Des voix invitent les autorités canadiennes à inscrire certains de ces groupes sur la liste de groupes terroristes.

Soit, mais il y a plus important.

Il faut s’attacher à comprendre la nature des inquiétudes et du sentiment de révolte qui s’alimentent à la persistance d’inégalités sociales et économiques. Si celles-ci sont moins grandes au Canada qu’aux États-Unis, elles existent bel et bien.

Les politiciens de droite américains ont exacerbé les tensions sociales à des fins électorales.

La méthode Trump rebute les Canadiens. Un sondage Léger réalisé avant les élections américaines montre que seulement 16% d’entre eux souhaitaient la réélection de Donald Trump.

Rassurant, mais il faut voir que chez les électeurs conservateurs cette proportion passait à 41%.

Cela permet de mieux comprendre les clins d’œil que lance à l’occasion le chef conservateur Erin O’Toole aux partisans des groupes d’extrême-droite.

Cela est moins rassurant.

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Analyse POLITIQUE

Reconfinement et couvre-feu: est-ce vraiment, vraiment le dernier effort?

Publié le 8 janv. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Reconfinement et couvre-feu: est-ce vraiment, vraiment le dernier effort?

(Photo Chris Liverani/Unsplash)

  • L’imposition d’un couvre-feu pour limiter la propagation du virus de la Covid-19 est une première au Québec. Le signe d’une situation devenue hors de contrôle.
  • François Legault, jusqu’ici «bon père de famille», se fait «Père Fouettard» pour réinstaurer l’esprit de discipline de la première vague au printemps dernier.

Le juste équilibre a toujours caractérisé le plan de campagne du premier ministre pour freiner la propagation de la pandémie. Avant d’imposer un couvre-feu, à chacune de ses interventions, on pouvait constater son souci de:

  • mobiliser ses concitoyens sans outrepasser leur capacité à accepter les sacrifices exigés d’eux – trop demander pouvait créer l’effet inverse;
  • épargner les secteurs d’activités les plus vitaux au plan économique et au plan social – dans la mesure du possible, la vie devait continuer afin de préserver le moral de la population.

Tout au long du mois de décembre, on a vu Legault ses déchirements personnels.

  • Dans un premier temps, il a cherché à relâcher la pression pour le temps des fêtes. Lui-même disait avoir besoin de se retrouver avec les siens à Noël.
  • Mais il dut se plier aux demandes de la Santé publique et interdire les regroupements en cette fin d’année.

Ce fut un coup d’épée dans l’eau! Le virus l’emporta haut la main, sa course étant facilitée par la multiplication des rencontres en dépit des injonctions gouvernementales.

Un Québécois sur deux aurait effectué «une» visite à des parents et à des amis, selon un sondage de la maison Léger pour le compte de l’Association des études canadiennes. Une transgression que les sondeurs soupçonnent être plus élevée que ce que les personnes sondées ont reconnu.

Cela a sans doute un lien avec le sentiment d’impuissance que ces mêmes personnes entretiennent quant à la capacité d’endiguer la propagation du virus.

Seulement 33% des Québécois ont confiance qu’on pourra limiter la contagion dans les prochaines semaines.

Comme s’ils croyaient moins qu’avant que «ça va bien aller».

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Le bon père de famille s’est fait autoritaire cette semaine avec un nouveau confinement et ce couvre-feu imposés pour un mois. Désormais, les Québécois seront contraints à participer à l’effort collectif par les limites imposées à la libre-circulation des personnes.

Cet autre ultime effort, sera-t-il vraiment le dernier?

  • Certains le croient dans la sphère scientifique, comme Benoît Mâsse, chef de l’Unité de recherche appliquée au CHUM.
  • D’autres en doutent. Du moins, ils auraient souhaité que des secteurs comme la construction et le manufacturier voient aussi leurs activités réduites.

La campagne de vaccination sera déterminante pour la suite des choses.

Une fois les plus de 65 ans vaccinés, la pression sur le système de santé diminuera puisque c’est la partie de la population le plus gravement atteinte.

Mais le virus continuera de se répandre et ses «variants» pourraient causer des dommages aujourd’hui insoupçonnés. Les moins de 65 ans pourront se voir imposer, de nouveau, un ultime effort.

Avant d’être libéré de toutes contraintes, il faudra du temps.

François Legault lui-même disait ce jeudi espérer être «capable, d’ici la fin de l’année, de revoir ses proches et d’avoir une vie plus normale».

Comprenons que ce virus sera présent dans nos vies pendant encore bien des mois.

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi il y aura des élections fédérales cette année

Publié le 2 janv. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi il y aura des élections fédérales cette année
  • La pandémie de la Covid-19 a pesé lourd sur les dirigeants politiques. Pour Justin Trudeau, ce fut le moment d’une épiphanie où il s’est révélé un politicien transformé.
  • Le pire de la crise sanitaire étant passé, il a aujourd’hui les cartes en main pour espérer obtenir un mandat majoritaire lors d’élections qu’il souhaite tenir le plus tôt possible.

Justin Trudeau a changé.

Durant ces difficiles mois passés à gérer la crise de la pandémie, on a vu un personnage différent émerger.

Le jeune premier ministre qui depuis 2015 collectionnait erreurs et maladresses est apparu peu à peu transformé, plus sûr de lui, plus conscient de ses responsabilités. Plus stratège aussi.

Les Canadiens ont découvert ce nouveau personnage lors de ses points de presse quotidiens sur la pandémie.

  • Devant la gravité de la situation, il manifestait la compréhension attendue et posait les gestes de soutien souhaités.
  • Il incarnait l’État qui sous sa gouverne allait jouer son rôle de protecteur des victimes de la pandémie.

L’automne dernier, ses adversaires politiques ont eu la surprise de voir que le Justin Trudeau vulnérable et toujours sur la défensive depuis l’élection d’octobre 2019… n’existait plus.

Maintenant, c’est lui qui les défiait.

Minoritaire, son gouvernement allait désormais gouverner comme s’il était majoritaire. Finie, la recherche de compromis avec l’opposition: il la laissait sans autre choix que de le défaire.

Ce renversement des rôles créait une nouvelle dynamique.

L’opposition ne pouvant plus le menacer, son gouvernement put se consacrer à préparer la sortie de crise.

Aujourd’hui, il a en main les meilleures cartes du jeu électoral.

  • La campagne de vaccination contre la Covid-19 qui, selon l’opposition, allait être un échec, est en marche. Le Canada est en avance sur la plupart des pays.
  • Un programme de relance économique d’une ampleur inégalée est à venir. De 70 à 100 milliards $ viendront s’ajouter aux quelque 400 milliards qui ont été consacrés aux mesures de soutien financier depuis le début de la pandémie.
  • Un plan environnemental de réduction des GES annoncé début décembre lui permet de se prétendre le leader de la lutte aux changements climatiques.

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Les astres ne peuvent lui être plus favorables.

Les Canadiens ont très largement appuyé sa gestion de la crise.

Ses adversaires le reconnaissent d’ailleurs implicitement: ils sont incapables de dire ce qu’ils auraient fait différemment.

Partisans d’une fiscalité responsable, les conservateurs sont obligés d’avaler cette couleuvre que représente le déficit de près des 400 milliards $ pour l’année en cours. Leur nouveau chef, Erin O’Toole, est pour sa part toujours en manque de notoriété.

Un mandat majoritaire est aujourd’hui à portée de main pour le gouvernement de Justin Trudeau.

Le scénario qui le conduira à l’élection qu’il souhaite est le même que d’autres premiers ministres minoritaires ont suivi par le passé.

Le budget que présentera ce printemps la ministre des Finances, Chrystia Freeland, contiendra une pilule empoisonnée qui mettra les partis d’opposition devant un choix cornélien:

  • soit ils avalent cette pilule et se lient dès lors aux politiques libérales;
  • soit ils font tomber le gouvernement.

Celui-ci n’aura alors duré que 18 mois. Dix-huit mois, c’est le temps que durent les gouvernements minoritaires au Canada.

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Analyse POLITIQUE

Comment le REM 2.0 pourrait – enfin! – relancer l’est de Montréal

Publié le 18 déc 2020
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Comment le REM 2.0 pourrait – enfin! – relancer l’est de Montréal

(Image CDPQ Infra)

  • La construction du REM de l’Est, avec un budget initial de 10 milliards $, sera le plus grand investissement public en transport collectif jamais réalisé au Québec.
  • Vaste friche industrielle, l’est de Montréal pourra entreprendre avec ce projet le redéploiement de son économie et de son développement urbain.

Surprise agréable que ce projet de prolongation du REM annoncé ce mardi. En cette période de pandémie où les bonnes nouvelles sont si rares, il arrive comme un précieux cadeau de Noël.

Mais comme dans tout projet de cette envergure, il y aura loin de la coupe aux lèvres.

Déjà quelques voix inquiètes se font entendre quant à sa forme. Mais personne n’en conteste la nécessité.

L’est de Montréal n’a jamais su retrouver de vocation économique depuis qu’il a été abandonné par le secteur de la pétrochimie.

Ses six grandes raffineries traitaient, à la fin des années 1960, quelque 30% de tout le pétrole raffiné au Canada.

Il s’en trouve encore une, celle de Suncor. Mais il y a surtout quelque 40 millions de pieds carrés de terrains contaminés laissés en friche depuis des décennies. Un très lourd héritage.

Le premier obstacle au redéveloppement de l’Est était environnemental.

  • Un premier geste fut posé en décembre 2018, avec la signature entre le gouvernement Legault et l’administration Plante de l’entente «Revitaliser l’est de Montréal».
  • À la clé se trouvaient 100 millions $ pour décontaminer, réaménager et revaloriser les terrains des friches industrielles.

Le deuxième obstacle à lever consistait en l’absence d’un système de transport collectif efficace pour desservir ce secteur et le relier au centre-ville.

  • Tous les projets mis de l’avant ces dernières années dans l’axe de la rue Notre-Dame, qui attend pour sa part d’être reconstruite, ont tous été abandonnés au profit de projets dans l’Ouest.
  • La priorité est allée à l’échangeur Turcot et au REM 1.0, vers la Rive-Sud et l’ouest de l’île.

Aujourd’hui, nous assistons à un juste retour du balancier.

L’ampleur de l’investissement envisagé pour le REM de l’Est surprend, puisqu’il est supérieur de 50 % à celui du REM de l’Ouest, pour moitié moins de kilomètres, soit 32 km contre 67 km.

  • L’achalandage du REM de l’Est sera moindre, puisqu’on prévoit desservir que 133 000 passagers par jour à l’horizon 2044.
  • Et comme pour le REM de l’Ouest, on peut s’attendre à des surcoûts qui gonfleront la facture d’ici son ouverture en 2029.

Ce projet se justifie néanmoins par l’effet de levier qu’il jouera dans le redéploiement économique et urbain de la zone qu’il desservira.

Sans transport collectif, attirer industries, commerces et projets domiciliaires s’avère une mission quasi impossible.

Le Silicon Valley du Nord que le premier ministre François Legault rêve de voir s’y installer est pour l’instant davantage une vision qu’une réalité.

Néanmoins, l’innovation ne peut pas ne pas être au cœur de la stratégie pour attirer des entreprises créatrices d’emplois.

Le tissu social et urbain de l’Est sera aussi appelé à se transformer.

Il faudra apprendre des erreurs du REM de l’Ouest et s’appuyer sur un processus de consultation à l’écoute des citoyens des quartiers situés sur le passage du REM.

C’est essentiel à la réussite de ce projet, qui sera celui de toute une génération de Montréalais.

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Analyse POLITIQUE

Les transferts en santé aux provinces deviennent un enjeu électoral

Publié le 12 déc 2020
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Les transferts en santé aux provinces deviennent un enjeu électoral

(Image InfoBref/Unsplash)

  • Les coûts en santé croissent sans cesse en raison du vieillissement de la population.
  • Le gouvernement fédéral doit payer sa juste part, et laisser les provinces administrer leurs régimes de santé selon les besoins de leur population.

La pandémie illustre à quel point les soins de santé sont vitaux. En quelques semaines à peine, la Covid-19 a jeté à terre l’économie mondiale, et elle a mobilisé toutes les énergies pour dresser un mur de résistance sanitaire – qui s’est révélé défaillant à plusieurs égards.

L’actualité nous a rappelé ces derniers jours deux faiblesses parmi plusieurs:

1 – Dépendant des grandes pharmaceutiques dont les installations sont ailleurs dans le monde, le Canada n’a plus la capacité suffisante pour produire des vaccins.

Par chance et à un fort prix (qu’on ignore), le Canada a réussi à tirer son épingle du jeu. Heureusement!

2 – L’organisation des soins étant toujours plus coûteuse, les gouvernements font des choix pour limiter les dépenses à un niveau acceptable.

Au Québec, il en a résulté une centralisation excessive qui a rendu vulnérable le système de soins aux personnes âgées.

Les personnes vivant en CHLSD en ont payé le prix: elles ont été les principales victimes de la pandémie. Durant la première vague, tout près de 70% des victimes de la Covid-19 étaient des pensionnaires de CHSLD, rappelait jeudi la Protectrice du citoyen.

Le dilemme des premiers ministres est toujours financier lorsqu’il s’agit de planifier l’évolution des systèmes de santé.

Au Québec, la Santé accapare la moitié des dépenses de programmes, soit presque 43 milliards $. En moyenne, l’augmentation des dépenses en santé est de 5% par année.

Comme dans les autres provinces, le vieillissement de la population ajoute une pression sur le système de soins: besoin de davantage de personnel soignant, recours inévitable aux nouvelles technologies, nouveaux médicaments performants mais très dispendieux.

Les provinces ont lancé un appel à l’aide à Ottawa.

  • Elles estiment que, malgré l’énorme déficit engendré par la pandémie, le gouvernement fédéral dispose d’une plus grande marge de manœuvre financière.
  • Elles l’appellent aussi à respecter l’engagement historique pris au moment de créer l’actuel système de santé, universel et gratuit: il devait être financé à parts égales; or, aujourd’hui, Ottawa n’y contribue plus qu’à hauteur de 22%.

Sans surprise, les premiers ministres provinciaux ont reçu jeudi ce qui s’est révélé être une fin de non-recevoir à leur demande de porter la contribution fédérale à 35%.

Justin Trudeau s’est dit disposé à accorder une augmentation dans le sens souhaité.

Mais aussitôt ouverte, il a refermé la porte. Cette discussion aura lieu plus tard… quand la pandémie sera chose du passé.

Au surplus, il laisse entrevoir que, le cas échéant, toute contribution supplémentaire sera assortie de conditions.

Les provinces sont déçues de cette réponse.

Certaines, comme le Québec, y voient un rendez-vous manqué. Elles ont reconnu là le jeu habituel du gouvernement fédéral: se donner du temps pour diviser les provinces en négociant des ententes avec chacune d’entre elles.

Pour contrer Justin Trudeau, les premiers ministres des provinces n’ont maintenant qu’un seul moyen à leur disposition.

Alors que la perspective d’une élection ce printemps se précise, il leur faut, avec l’aide des partis d’opposition, convaincre les Canadiens de l’urgence de renforcer un système de santé devenu vulnérable.

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi Montréal ne redeviendra plus tout à fait comme avant

Publié le 5 déc 2020
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi Montréal ne redeviendra plus tout à fait comme avant

(Photo Unsplash)

  • Acteurs politiques et économiques se mobilisent pour relancer l’économie de la métropole de crainte que la crise conjoncturelle actuelle ne devienne structurelle.
  • La ville est toutefois plus qu’un lieu économique. Elle est un lieu de vie que la pandémie nous donne l’occasion d’adapter à de nouvelles réalités. Il faut élargir la réflexion.

Mise sur pause par la Covid-19, l’économie de Montréal ressent le ressac vivement avec des pertes de 8,2 milliards $. Son centre-ville est dévasté. Un drapeau rouge est levé.

  • Les trois quarts des employés de bureau et de commerce l’ont désertée.
  • Ses 125 000 étudiants collégiaux et universitaires suivent dans une proportion de 90% leurs cours à distance.
  • Les hôtels ont un taux d’occupation d’à peine de 20%.

Le retour à la normale devrait permettre à l’économie montréalaise de rebondir naturellement. Le Mouvement Desjardins prévoit qu’après un recul de 5,5% en 2020, Montréal connaîtra une croissance de 6,8% en 2021.

Cet optimisme ne doit pas faire oublier que dans plusieurs secteurs, dont certains stratégiques comme le transport aérien et les industries aérospatiales, le rattrapage sera graduel. D’où les appels à la mobilisation lancés par la Chambre de commerce pour s’assurer que la présente crise ne se prolonge pas.

Établir une feuille de route pour sa relance permettra à Montréal d’éviter les enjeux partisans. En 2021, des élections auront lieu à Montréal et presque certainement aussi au plan fédéral. Devant Ottawa, qui prépare un vaste programme de relance d’au moins 70 milliards $, la métropole doit parler d’une seule voix pour obtenir des investissements stratégiquement porteurs pour son développement.

Cet exercice de réflexion doit être élargi. La pandémie a transformé la vie des Montréalais et leur façon d’habiter leur ville. Le confinement et la distanciation physique ont fait comprendre l’importance vitale des espaces privés et publics.

Coincés à l’intérieur de logements devenus lieux de travail et de vie, les Montréalais ont comblé leur besoin d’espace et de socialisation en marchant leurs rues et en occupant leurs parcs alors que d’autres fuyaient vers la banlieue pour trouver leur bonheur.

Étudier et travailler à distance est un phénomène qui va perdurer.

Cela changera la vie urbaine, tant au centre-ville que dans les quartiers. Tant sur les espaces privés qui devront pouvoir s’adapter à la fonction travail, que sur les espaces publics qui devront pouvoir répondre aux besoins d’échanges et de socialisation.

Un regroupement de développeurs immobiliers a demandé cette semaine la création d’une table de concertation pour réunir les acteurs du développement du centre-ville. Oui… pour peu qu’elle réunisse tous les acteurs y compris les citoyens et que sa réflexion vise à définir une nouvelle vision du développement urbain.

La ville telle qu’on la connaît, en hauteur et en densité, a été faite par ces mêmes développeurs. Pensons à Griffintown ou encore au projet Royalmount.

Aujourd’hui, ils disent vouloir créer des milieux de vie offrant des logements sociaux et abordables, des parcs, des résidences pour personnes âgées et de nouvelles écoles. Toutes des choses auxquelles ils ont dit non par le passé.

Il faut se méfier, et surtout ne pas les laisser seuls autour de la table définir l’avenir de Montréal.

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