Bernard Descôteaux

Bernard Descôteaux

Chroniqueur politique à InfoBref, ex-directeur du Devoir

Journaliste et fin observateur des scènes politiques provinciale et fédérale, il a oeuvré au journal Le Devoir pendant 40 ans, notamment comme correspondant parlementaire à Québec et à Ottawa, avant de devenir rédacteur en chef puis directeur. Ce poste stratégique, qu’il a occupé pendant 17 ans, lui a donné l’occasion d’écrire de nombreux éditoriaux. Il préside actuellement le conseil d’administration du Centre d’études sur les médias. Chaque samedi, il signe un analyse politique dans InfoBref.

Analyse POLITIQUE

Canada – États-Unis: Ottawa devra rester sur ses gardes, même avec Biden

Publié le 28 nov. 2020
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Canada – États-Unis: Ottawa devra rester sur ses gardes, même avec Biden

Joe Biden (photo Flickr)

  • La géographie et l’économie contraignent ces deux pays à être les meilleurs amis du monde – amitié mise à rude épreuve par Donald Trump ces quatre dernières années.
  • L’élection de Joe Biden laisse entrevoir le retour à une relation amicale et franche, mais qui demeurera à géométrie variable et où les intérêts des États-Unis prévaudront toujours.

Première puissance mondiale, les États-Unis se sont donné pour mission de gouverner le monde. Ils l’ont fait la plupart du temps en s’appuyant sur leurs amis.

Donald Trump a cru pouvoir le faire seul, reniant les alliances et confrontant amis et ennemis qu’il a entraînés dans des guerres commerciales coûteuses. Une seule politique lui importait: «Make America Great Again».

Aux yeux de ce président, le Canada n’aura été à bien des égards que quantité négligeable. Peu importe qu’il soit son premier allié militaire dans la défense du continent et son premier partenaire commercial avec des échanges quotidiens de 2 milliards $, il lui imposa ses dictats et sa mauvaise humeur, le soumettant comme d’autres à des tarifs douaniers et le forçant à renégocier l’Aléna.

Corvéable au bon vouloir du prince, le Canada fut entraîné dans la guerre économique menée contre la Chine.

Depuis deux ans, le Canada paie le prix fort pour l’arrestation de Meng Wanzhou, la vice-présidente du géant technologique Huawei, que Washington cherche à abattre.

Le gouvernement Trudeau se trouve depuis dans une situation impossible.

  • Pour sauver les «deux Michael» détenus par Beijing, il pourrait libérer Meng Wanzhou, ce qui serait par contre reçu comme un acte de déloyauté à Washington.
  • Le seul espoir du Canada est qu’avec l’arrivée de Joe Biden à la présidence des États-Unis, on assiste à une certaine détente des relations sino-américaines, et que Washington joue les entremetteurs en faveur du Canada.

Victime collatérale de cette guerre entre la Chine et les États-Unis, le Canada a déjà beaucoup perdu dans cette affaire.

L’idée qu’entretenait le premier ministre Justin Trudeau d’une entente de libre-échange avec la Chine est chose révolue. Il faudra plusieurs années pour rétablir des relations normales avec Beijing.

Le Canada attend beaucoup de l’élection de Joe Biden.

  • Sur bien des enjeux, les visions des deux gouvernements se rejoignent, notamment sur le multilatéralisme et les changements climatiques par exemple.
  • Il aimerait aussi stimuler les échanges économiques. Les relations seront plus faciles.

Mais il restera une réalité géopolitique. Les États-Unis sont un géant économique et politique qui fera toujours prévaloir ses intérêts sur ceux des autres pour assurer sa suprématie mondiale, aujourd’hui contestée par cet autre géant qu’est devenue la Chine.

Pierre-Elliot Trudeau avait autrefois tout résumé en disant au président Nixon:

«Vivre à vos côtés, c’est comme dormir avec un éléphant. Peu importe le tempérament et la gentillesse de la bête, on demeure affecté par tous ses tics et ses grognements.»

S’il y’a une leçon à tirer de l’affaire Meng Wanzhou, c’est bien que le Canada a tout intérêt à s’éloigner un peu de la bête.

  • Il a besoin de maintenir la relation privilégiée avec ce voisin que sa géographie et son économie lui imposent.
  • Mais il doit se donner la liberté d’agir selon ses propres intérêts.

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Analyse POLITIQUE

Langue française: un test de sincérité pour les libéraux de Justin Trudeau

Mis à jour il y a 2 h
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Langue française: un test de sincérité pour les libéraux de Justin Trudeau

(Photo Unsplash)

  • Le gouvernement Trudeau reconnaît que la langue française est menacée, aussi bien au Québec qu’ailleurs au Canada. La chose est en soi historique.
  • Rétablir l’équilibre entre le français et l’anglais exigera des mesures fortes telles que reconnaître la prépondérance de la loi 101 au Québec.

Le débat sur l’état de santé de la langue française s’est enflammé de façon inattendue au parlement fédéral cette semaine. Le brasier fut allumé par la députée libérale de Saint-Laurent, Emmanuella Lambropoulos, s’interrogeant à haute voix sur l’existence réelle d’un déclin du français au Québec.

Pourtant, au même moment, les médias de Montréal s’alarmaient à pleines pages de l’état du français dans leur ville. Sondages et enquêtes terrain à l’appui, ils montraient les difficultés d’être servi en français dans les commerces de la métropole.

Ce tir ami de la députée contre son propre camp a créé un vif malaise. Il laisse entrevoir l’absence de consensus au sein du Parti libéral à l’égard de l’engagement pris dans le discours du trône du 23 septembre de donner un statut particulier au français.

La loi sur les langues officielles (LLO) sera «renforcée», disait alors le gouvernement, «en tenant compte de la réalité particulière du français», tant à l’extérieur du Québec qu’au Québec.

Instaurer une asymétrie en faveur du français dans la LLO constituerait une rupture avec la politique de bilinguisme qui prévaut depuis l’adoption de cette loi en 1969 par le gouvernement de Trudeau père.  Ce serait aussi une reconnaissance de l’échec de cette politique: elle instituait une égalité de statut des deux langues officielles qui n’a jamais été atteinte.

Cela serait bien accueilli au Québec, où le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau espère marquer des points électoraux. Mais la réaction serait moins favorable ailleurs au Canada.

Au-delà des intentions et des mots de la ministre Mélanie Joly, laquelle est chargée de préparer les amendements à la LLO, on ne sait encore jusqu’où le gouvernement est disposé à aller.

La présente controverse affaiblit le gouvernement, mais elle pourrait par contre aider la ministre à convaincre ses collègues du cabinet d’oser remettre en question plusieurs pans de cette loi.

Des gestes forts, ce n’est rien de moins qu’attend d’Ottawa le gouvernement Legault. Il voudrait que les deux gouvernements puissent agir enfin de concert pour contrer ce déclin du français.

Dans cet esprit, le gouvernement québécois demande que les entreprises de compétence fédérale œuvrant en territoire québécois soient soumises à la loi 101 et que la connaissance du français soit exigée de la part des demandeurs de la citoyenneté canadienne s’établissant au Québec.

Ce serait, de la part d’Ottawa, une reconnaissance attendue depuis longtemps de la légitimité de la loi 101 qu’il n’a eu de cesse de chercher à affaiblir.

Celui qui détient la clé de ce débat est Justin Trudeau.

Ces dernières semaines, il a reconnu l’existence d’un déclin du français au Québec. Il n’est pas aveugle au point de ne pas le voir.

Mais n’attendons pas mer et monde. S’il lui est envisageable de changer la lettre de la Loi sur les langues officielles, c’est une tout autre chose pour lui, héritier du legs que lui a laissé son père, d’en renier l’esprit.

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Analyse POLITIQUE

Sortir ses finances du rouge d’ici cinq ans: un pari difficile pour le Québec

Publié le 14 nov. 2020
Sortir ses finances du rouge d’ici cinq ans: un pari difficile pour le Québec
  • Le déficit pour l’exercice financier en cours sera de 15 milliards $, confirmait jeudi le ministre des Finances en faisant le point sur l’état des finances publiques. Pandémie ou pas, la loi impose au gouvernement de le résorber en cinq ans. 
  • Le défi imposé au ministre Éric Girard est de réaliser la quadrature du cercle en ne comptant que sur la croissance naturelle des revenus de l’État grâce à une économie libérée du poids de la pandémie.

Le premier à savoir que ce retour à l’équilibre aussi rapide est difficile, voire impossible, est Éric Girard lui-même qui se garde de se projeter plus de trois ans en avant. Personne ne sait comment évoluera ces prochains mois la situation épidémiologique au Québec et quelles cicatrices elle laissera sur son chemin.

Malgré tous ses efforts, le gouvernement peine à endiguer la deuxième vague. L’inquiétude est palpable. Les prévisions de croissance économique du ministre, 6% et 5% pour l’année en cours et l’an prochain, pourraient ne pas tenir. Les derniers chiffres sur l’emploi le laissent croire. Les revenus autonomes du gouvernement seront alors inférieurs à ceux projetés.

Puisque que le gouvernement dont il fait partie jure, croix de bois, croix de fer, qu’il n’augmentera ni les impôts ni les taxes et qu’il ne comprimera pas non plus les dépenses, le ministre n’aura guère d’autre avenue que de remettre en question cette obligation de revenir à l’équilibre budgétaire en cinq ans.

Il a d’ailleurs appelé à une réflexion à cet égard voilà quelques mois. Il se garde pour l’instant de conclure, sachant qu’il s’agit de ne surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

La loi sur l’équilibre budgétaire et celle sur la réduction de la dette imposent une rigueur budgétaire qui a permis d’assainir les finances publiques et de donner au gouvernement actuel une marge de manœuvre qu’il n’aurait pas eue autrement pour aborder la présente crise. Sauf que lorsque ces lois ont été adoptées, on n’imaginait pas que puisse survenir une récession aussi sévère que celle provoquée par la pandémie.

Les partis d’opposition invitent le gouvernement Legault à se libérer de ce carcan. Celui-ci y gagnerait en marge de manœuvre et pourrait investir davantage qu’il ne le fait dans le soutien des entreprises actuellement en difficultés.

Dans sa mise à jour financière, le ministre Girard a annoncé de nouvelles mesures dont une somme de 1,5 milliard $ pour relancer l’économie qui sera dépensée sur trois ans. Pour l’essentiel, cet argent sera consacré à la formation de la main-d’œuvre dans une perspective de réintégration au marché du travail et dans des mesures de stimulation de l’économie.

Ces mesures feront consensus, si ce n’est qu’il faudrait faire plus. Les entreprises sont presque toutes fragilisées et ont besoin de se restructurer et d’améliorer leur productivité.

Dans quelques mois, le ministre Girard présentera un budget dans lequel il déterminera la route vers l’équilibre budgétaire qu’il entend suivre.

Dans les circonstances actuelles, le choix qui s’impose est de stimuler l’économie dans l’espoir de créer de la croissance. Il devrait alors lever le pied du frein que constitue l’atteinte rapide de l’équilibre budgétaire.

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