Bernard Descôteaux

Bernard Descôteaux

Chroniqueur politique à InfoBref, ancien directeur du Devoir

Fin observateur des scènes politiques provinciale et fédérale, il a oeuvré au journal Le Devoir pendant 40 ans, notamment comme correspondant parlementaire à Québec et à Ottawa, avant de devenir rédacteur en chef puis directeur. Il préside le conseil d’administration du Centre d’études sur les médias. Chaque samedi, il signe un analyse politique dans InfoBref. Pour la recevoir par courriel, abonnez-vous gratuitement en cliquant sur le bouton bleu INFOLETTRES en haut à droite. (Les opinions de notre chroniqueur sont les siennes, pas celles d'InfoBref.)

Analyse POLITIQUE

Montréal doit choisir son futur visage, et pas seulement à la mairie

Publié le 8 oct. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Montréal doit choisir son futur visage, et pas seulement à la mairie

[crédit photo: Boyan Lepoev | Unsplash]

  • Les élections municipales à Montréal prennent la forme d’un match revanche entre la mairesse Valérie Plante et le précédent maire Denis Coderre.
  • Au-delà des personnalités, l’enjeu principal de cette élection porte sur les milieux de vie urbaine que les Montréalais veulent se donner pour les prochaines décennies.

Le duel que se livrent Valérie Plante et Denis Coderre ne peut que retenir l’attention.

  • On l’attendait depuis l’élection de 2017.

La nouvelle mairesse, élue en prétendant «être l’homme de la situation», l’avait emporté par défaut.

  • Les Montréalais avaient d’abord voulu écarter un maire devenu trop autocratique.

L’ombre de Denis Coderre n’a depuis cessé de planer sur Valérie Plante.

En prévision de ce match revanche, l’ancien maire a entretenu l’idée d’un nouveau départ pour une métropole.

  • «Retrouver Montréal», écrivait-il en début d’année.
  • Sous-entendu: l’administration Plante était un échec que lui seul saurait corriger.

Les Montréalais l’ont d’abord cru.

Ce printemps, ils étaient prêts à lui redonner les clés de l’hôtel de ville.

Mais ses 10 points d’avance ont vite fondu.


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Aujourd’hui, les deux candidats sont au coude à coude.

Les Montréalais ne sont donc pas à ce point déçus des 4 ans de l’administration de Projet Montréal.

Valérie Plante n’a pas été cette mairesse déconnectée des électeurs, comme l’a voulu la légende.

La moitié des Montréalais semblent partager sa vision de développement de Montréal qui met l’accent sur la qualité de la vie en milieu urbain.

Un point tournant a été le débat lancé par Denis Coderre sur la densité des constructions, la protection du Mont-Royal et la hauteur des tours au centre-ville.

Il a ainsi ramené l’attention sur la façon dont les Montréalais veulent habiter leur ville et y vivre.

La question de la densité n’est pas sans importance.

  • On prévoit 182 000 ménages de plus à l’horizon 2050.
  • Déjà, Montréal est deuxième au Canada après Vancouver avec 4916 habitants au kilomètre carré.

Qu’on le veuille ou pas, il faudra construire. Où? Comment?

  • Construire en hauteur est la solution, prétend Denis Coderre qui voit un «centre-ville de classe mondiale» se densifier avec des tours en hauteur.
  • Valérie Plante privilégie une approche plus douce, misant davantage sur les différents quartiers de la ville.

La densification, qu’importe l’approche choisie, aura un impact sur les milieux de vie et le tissu social des quartiers.

La préoccupation première des Montréalais à cet égard est la crise du logement.


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Montréal est une ville de locataires: 63% le sont.

  • Le taux d’inoccupation à 1,6% fait monter le prix des loyers ;
  • tandis que la surchauffe de l’immobilier rend l’accès à la propriété difficile pour les jeunes générations.

Valérie Plante l’a compris.

Plutôt que des tours, elle mise sur plus de logements, et sur des quartiers qui sont des milieux de vie écologiques.

Sa promesse phare de 60 000 logements à prix abordables rejoint la réalité quotidienne d’une large partie des électeurs.

La perception est que

  • Denis Coderre est avec les promoteurs de tours; et
  • la mairesse est avec les citoyens qui, eux, se méfient des promoteurs de tours.

L’an prochain, Montréal amorcera l’adoption d’un nouveau plan d’urbanisme et de mobilité.

L’orientation que lui donnera le maire, selon qu’il s’appelle Denis Coderre ou Valérie Plante, sera bien différente.

Le visage que prendra Montréal dépendra de ce choix.

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Analyse POLITIQUE

Sortir du pétrole: la Caisse de dépôt a choisi son camp

Publié le 1er oct. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Sortir du pétrole: la Caisse de dépôt a choisi son camp

[crédit photo: Jeremy Bezanger | Unsplash]

  • L’épargne des Québécois ne servira plus à soutenir la production pétrolière, au Canada ni ailleurs. D’ici la fin de 2022, la Caisse de dépôt et placement du Québec aura retiré tous ses investissements de ce secteur.
  • La stratégie climatique adoptée par cette institution vient renforcer le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles initié par les groupes environnementalistes.

On pouvait s’y attendre, cette décision de la Caisse [détails sur la stratégie qu’elle a annoncée] a été bien reçue… sauf par l’industrie pétrolière.

Le gouvernement albertain l’a immédiatement qualifiée de «vision à courte-vue, déconnectée de la réalité».

  • C’est, presque mot pour mot, la réaction qu’il avait eu l’an dernier devant la décision du Fonds souverain de la Norvège de bannir quatre pétrolières canadiennes.

Le signal donné par la Caisse à la communauté financière avec sa stratégie climatique est de nature à inquiéter le secteur pétrolier de cette province.

  • L’actif de 390 milliards $ de la Caisse pèse lourd.
  • Sa décision aura un effet d’entraînement.

Les pressions pour le désinvestissement ne sont pas nouvelles.

Ces dernières décennies, plusieurs fonds se sont retirés de la production des énergies fossiles.

  • Au Canada, des communautés religieuses et des universités, notamment Laval et Concordia, ont participé à ce mouvement de désinvestissement.
  • Des fonds de travailleurs, comme le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction, s’y sont joints plus récemment.

Confortés par l’exemple donné, d’autres voudront s’ajouter à la liste.


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Il ne faut pas s’étonner de la décision de la Caisse.

Elle ne vit pas en vase clos de sa société.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, lui rappelait il y a peu qu’elle se devait d’apporter sa contribution à la lutte aux changements climatiques.

La Caisse ne peut ignorer que:

  • le parlement canadien a adopté il y a quelques mois une loi dont l’objectif est d’atteindre la carboneutralité au Canada à l’horizon 2050; ni que
  • le gouvernement Legault se prépare à interdire toute exploration et toute exploitation pétrolière et gazière sur le territoire québécois [détails].

Elle se distingue en cela de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada qui agit à contre-courant des politiques climatiques du gouvernement canadien.

  • Fort d’un actif de 520 milliards $, il continue à soutenir les entreprises qui extraient du pétrole.

Les fonds qui persistent à investir dans les énergies fossiles prétendent pouvoir, par leur présence dans des compagnies, soutenir l’adoption de stratégies de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Ils font le pari que le pétrole a toujours un avenir.


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L’avenir du pétrole est pourtant limité.

En mai dernier, l’Agence internationale de l’Énergie appelait, pour contenir la croissance des émissions de GES produites par l’homme, à cesser tout investissement dans de nouveaux projets d’exploitation d’énergies fossiles.

Ce secteur de l’énergie produit trois quarts du total des GES.

La Caisse de dépôt avance prudemment, malgré le caractère spectaculaire de son retrait de la production pétrolière.

  • Elle ne sort que 1% de son actif du secteur des énergies fossiles.
  • Le risque de perte n’est pas grand.
  • Elle maintient par ailleurs ses investissements dans le gaz naturel – toujours nécessaire comme énergie de transition –, tout comme dans les oléoducs.

L’obligation de donner à ses épargnants de bons rendements la conduit à rechercher un juste milieu entre le profit et son engagement envers le climat.

Néanmoins, elle a su, avec cette stratégie, choisir son camp.

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Analyse POLITIQUE

Hydro-Québec: le rêve américain devient réalité

Publié le 24 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Hydro-Québec: le rêve américain devient réalité

[crédit photo: Mathilde Paret | Unsplash]

  • Hydro-Québec vient de réaliser un de ses grands rêves avec la signature attendue d’un contrat majeur d’exportation d’électricité pour alimenter la ville de New York. À la clé, 20 milliards $ de revenus en 25 ans.
  • Avec les immenses réservoirs de ses barrages hydroélectriques, le Québec devient à la faveur de la crise climatique un partenaire stratégique majeur pour les États de l’est des États-Unis qui veulent réduire leurs émissions de GES.

Il y a longtemps que le Québec ambitionne de conclure de grands contrats d’exportation d’électricité, tel celui qu’on se prépare à signer avec New York. [détails sur l’annonce faite ces derniers jours]

Le premier ministre Robert Bourassa publiait en 1985 son ouvrage L’Énergie du Nord destiné autant à un public américain que québécois. [livre disponible sur Amazon]

Il rêvait d’une deuxième Baie-James.

  • Mais le projet Grande Baleine n’a pu voir le jour, victime du contexte économique et de la vive opposition des environnementalistes et des Cris.

François Legault revenait à la charge en 2016.

  • Alors chef de l’opposition, il voyait le Québec comme «la batterie verte de l’est de l’Amérique du Nord».
  • Son idée fut reçue avec scepticisme.

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Hydro-Québec dispose de surplus importants pour lesquels les États-Unis représentent un débouché naturel.

Devant l’opposition des producteurs américains d’énergie, elle a dû se limiter essentiellement à des ventes d’énergie pendant les périodes de pointe de consommation, sur ce qu’on appelle «le marché spot» qui fonctionne selon un mécanisme d’enchère.

  • L’an dernier, elle a exporté 32 TW d’énergie à un prix moyen de 4,2 cents le kilowattheure.
  • Ces ventes ont été de 537 millions $ et ont contribué pour 2,3 milliards $ à son bénéfice net. Ce n’est pas rien.

L’intérêt d’un contrat d’exportation ferme est de pouvoir monnayer sur une longue durée ses surplus, à un prix stable et plus élevé, pour une énergie reconnue comme propre et renouvelable.

Les producteurs américains ont bataillé fort pour fermer la porte à Hydro-Québec.

  • Ils ont contesté la valeur environnementale de l’hydro-électricité produite au Québec.
  • Ils ont instrumentalisé l’opposition des groupes autochtones et des citoyens.

Le contrat de 20 ans signé avec le Massachusetts de 9,45 TW est ainsi toujours menacé par l’opposition de groupes du Maine qui tentent de bloquer la ligne qui traversera leur État.

Mais la crise climatique fait tourner le vent en faveur du Québec.

L’État de New York veut réduire ses émissions de GES.

Il entend réduire le recours aux énergies fossiles dans la production d’électricité de 85% à 70% d’ici 2030, grâce notamment à la fourniture par Hydro-Québec de 1250 MW d’électricité à la ville de New York.


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Le président Biden est favorable à ce projet.

Il a accordé un permis présidentiel à la ligne de transport de cette électricité, permis qui avait été refusé au pipeline Keystone XL pour l’exportation du pétrole albertain.

Cette ligne sera souterraine et sous-marine ira jusqu’à New York.

La partie québécoise de 60 km sera réalisée en partenariat avec la communauté autochtone de Kahnawake qui en sera copropriétaire dans une proportion qui pourrait être de 10 à 20%.

Tout cela devrait faciliter la conduite à terme du projet.

Ce deuxième contrat d’envergure a valeur de symbole.

  • Après celui avec le Massachusetts, il ouvre des perspectives de développement pour Hydro-Québec.
  • Ses surplus demeurent importants et elle peut dégager d’importantes marges additionnelles par d’éventuels programmes d’efficacité énergétique.

Visionnaire, Robert Bourassa l’était sans doute lorsqu’il parlait d’électricité.

Mais il n’imaginait pas qu’il faudrait autant de temps pour réaliser cette percée qui va placer le Québec au cœur de la métropole américaine.

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Analyse POLITIQUE

Les électeurs ne craignent plus les gouvernements minoritaires

Publié le 17 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Les électeurs ne craignent plus les gouvernements minoritaires

[Photo de Florian Schmetz | Unsplash]

  • Le résultat attendu de l’élection de lundi est un gouvernement minoritaire. À nouveau! Ce serait la cinquième fois en moins de 20 ans que les électeurs feraient un tel choix.
  • Une tendance semble se dégager. Loin d’être un accident de parcours, l’élection de gouvernements minoritaires devient la norme plutôt que l’exception.

Tous les résultats de sondages font la même constatation.

En raison de la division du vote, il est improbable qu’un gouvernement majoritaire puisse sortir des urnes lundi.

  • Libéraux et conservateurs sont au coude à coude, avec des intentions de vote de l’ordre de 32 ou 33% environ pour chacun.
  • Les élections passées montrent qu’un parti doit s’approcher ou franchir la barre des 40% d’appui pour obtenir les 170 sièges qui assurent une majorité.

À deux jours du scrutin, rien n’annonce cela.

  • Le Parti libéral est celui qui a le plus de chances de former le prochain gouvernement grâce à ses appuis au Québec et en Ontario. À la dissolution, il détenait 155 sièges.
  • Le Parti conservateur est pour sa part handicapé par la trop grande concentration de ses appuis dans l’Ouest. À la dissolution, il détenait 119 sièges.

Qu’un autre gouvernement minoritaire soit élu n’aura rien d’étonnant.


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Le paysage politique s’est peu à peu transformé ces dernières décennies à la faveur du fractionnement des courants idéologiques.

À cette élection-ci comme à la précédente, 6 partis s’affrontent alors que notre système électoral, uninominal à un tour, est conçu pour le bipartisme.

La même recette risque de produire le même résultat.

Depuis l’élection de 2004, ce fut le cas 4 fois sur 6:

  • 4 gouvernements minoritaires et seulement 2 majoritaires ont été élus.

Les tiers partis font obstacle à la progression des deux grands partis historiques qui se partagent en alternance le pouvoir.

  • Le NPD et le Bloc québécois sont les empêcheurs de danser en rond du Parti libéral.
  • Le Parti conservateur doit aussi se méfier du Bloc et du Parti populaire de Maxime Bernier, qui est en montée.

L’équilibre des forces politiques qui s’est instauré ces dernières années devrait se maintenir, sauf revirements toujours possibles.

  • Ainsi, en 1993, l’effondrement du Parti conservateur, qui ne garda que 2 députés, changea la donne.
  • Il s’en est suivi 3 gouvernements libéraux majoritaires successifs.

L’élection à répétition de gouvernements minoritaires est indicatrice de l’évolution du comportement des électeurs:

  • Ils ne craignent pas l’instabilité politique inhérente aux gouvernements minoritaires.

Les partis sont obligés en situation minoritaire de pratiquer une forme de cohabitation qui favorise les compromis.

Il y a là une police d’assurance contre les excès auxquels peuvent conduire les gouvernements majoritaires.

  • Par exemple, en 2008, tout juste élu à la tête d’un gouvernement minoritaire, Stephen Harper avait dû plier devant l’opposition qui exigeait l’adoption de mesures de relance à l’aube d’une profonde récession économique.

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En pleine crise sanitaire de la Covid-19, Justin Trudeau a su éviter de confronter les partis d’opposition.

Avec leur concours, il a mis en place des mesures de soutien qui ont fait consensus.

Pas étonnant que l’opinion publique ait mal réagi lorsqu’il a prétendu le 16 août dernier devoir aller en élection pour mettre au pas une opposition qui l’empêchait de gouverner.

Les électeurs avaient plutôt apprécié voir, pour une fois, les élus faire de la politique autrement.

L’élection prévisible lundi d’un autre gouvernement minoritaire sera un signe que les élus devront savoir décoder.

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Analyse POLITIQUE

Comment le 11 septembre 2001 a changé le Canada

Publié le 10 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Comment le 11 septembre 2001 a changé le Canada

Les tours jumelles du World Trade Center à New York après l’attentat du 11 septembre 2001 [crédit photo: Michael Foran]

  • Il y a 20 ans aujourd’hui tombaient les tours jumelles du World Trade Center à New York. L’attentat terroriste a changé nos vies et entraîné le Canada dans l’aventure afghane d’où il se retire sans gloire.
  • Cet anniversaire, qui survient en pleine campagne électorale, permet de réfléchir aux grands enjeux internationaux. Les chefs de partis préfèrent cependant éviter le sujet. Ils ont l’esprit ailleurs.

Le 11 septembre 2001 fait partie désormais des marqueurs de l’histoire contemporaine. Ce jour-là, le monde a changé.

Après la fin de la guerre froide et de la polarisation entre blocs communiste et capitaliste, le monde occidental se trouvait face à un nouvel ennemi dont l’arme était le terrorisme.

  • Les mesures de sécurité adoptées après l’attentat ont changé irrémédiablement nos façons de voyager et limité la libre-circulation des personnes.
  • De nouveaux pouvoirs octroyés aux services de sécurité ont restreint certains droits individuels.

Ces contraintes ont été acceptées non sans réticences, tout comme celles qu’entraîne 20 ans plus tard la pandémie de la Covid-19.

Pour se prémunir contre de nouvelles attaques et dans un esprit de vengeance, l’Occident se rallia autour des États-Unis.

Ce fut le début de la chasse contre Al-Qaïda en Afghanistan.

Le Canada sera de cette aventure.

  • Quelque 40 000 militaires canadiens seront déployés en Afghanistan entre 2001 et 2014.
  • 158 d’entre eux y laisseront leur vie.
  • De nombreux autres en reviendront blessés physiquement ou moralement.

Le retrait des États-Unis d’Afghanistan le 30 août, suivi de la prise du pouvoir par les talibans, a marqué l’échec de cette opération.

Cet événement était de nature à perturber la campagne électorale fédérale.

  • Le Canada était mis devant ses engagements à l’endroit des interprètes, et de leurs familles, qui avaient servi les troupes canadiennes.
  • Leur rapatriement a été bâclé.

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Mais le sujet est vite passé au second plan.

Mercredi, lors du débat des chefs, la question du rapatriement des interprètes afghans a été soulevée.

Volontiers empathiques envers ces personnes laissées à la vindicte des talibans, les chefs de parti se sont pourtant bien gardés de faire un bilan de cette intervention en Afghanistan.

Libéraux et conservateurs, tout particulièrement, préfèrent éviter le sujet.

  • Ils partagent la responsabilité d’avoir engagé le Canada dans l’opération afghane.
  • Ce sont eux qui ont entraîné le Canada dans le sillage américain.

La pandémie leur offre l’excuse d’avoir plus urgent à faire que discuter de politique étrangère.

Leurs plateformes électorales ne prévoient d’ailleurs aucune remise en question des axes de la politique étrangère canadienne, le principal étant sa relation privilégiée avec les États-Unis.


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La proximité avec les États-Unis est inévitable.

  • Le dicton veut que l’on ait la diplomatie de sa géographie.
  • Mais cette proximité devient gênante lorsque le Canada en devient prisonnier comme dans l’affaire Meng Wanzhou.
  • La relation du Canada avec la Chine s’en trouve profondément perturbée.

Le Canada avait su, à une autre époque, garder une saine distance de son voisin et allié.

Cela lui permettait d’exercer une influence sur la scène mondiale.

Cette influence, le Canada l’a aujourd’hui perdue.

Ce n’est pas sans raison qu’à deux reprises au cours de la dernière décennie, il n’a pu trouver les appuis pour siéger au Conseil de sécurité de l’ONU.

D’une certaine manière, l’ombre du 11 septembre plane toujours sur le Canada.

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Analyse POLITIQUE

Erin O’Toole va-t-il gagner par défaut?

Publié le 3 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Erin O’Toole va-t-il gagner par défaut?

Erin O’Toole [source photo: site du Parti conservateur]

  • Erin O’Toole, un politicien élu par défaut à la tête du Parti conservateur, est la surprise de cette élection. En à peine trois semaines, il a déjoué tous les pronostics.
  • La personnalité du chef conservateur est tout à l’opposé de celle du chef libéral. Ce politicien qui se veut un «gars bien ordinaire» pourrait-il être le tombeur de Justin Trudeau?

L’histoire électorale nous rappelle que tout peut arriver.

Trudeau père a ainsi été défait en 1979 par un parfait inconnu – Joe Who ?, comme on avait surnommé par dérision Joe Clark.

  • À 39 ans, celui-ci ne faisait pas le poids face à Pierre Elliot Trudeau.
  • Mais les électeurs étaient prêts à rejeter un gouvernement miné par 11 ans de pouvoir.
  • Il avait été élu par défaut en quelque sorte.

Erin O’Toole espère profiter de circonstances semblables.

Les faits semblent lui donner raison. Pour l’instant.

Trudeau fils souhaitait en déclenchant cette élection réaliser l’exploit de 1974 de son père.

  • Au terme d’un mandat minoritaire, celui-ci avait décroché un mandat majoritaire fort.

Cet espoir s’est atténué dès les premiers jours de la campagne.

  • L’appel aux urnes en pleine crise sanitaire a été perçu comme servant les intérêts du parti avant ceux du pays.
  • Le regard porté sur le gouvernement Trudeau s’est fait dès lors plus critique.
  • En trois semaines, la confortable avance des libéraux s’est effondrée sous les ressentiments, des uns et des autres, accumulés au fil de la pandémie.

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Les sondages réalisés chaque semaine constatent tous la dégringolade libérale.

  • Certains mettent libéraux et conservateurs au coude à coude.
  • D’autres donnent une avance aux conservateurs, de 4 points de pourcentage dans le dernier sondage de Léger et de 5 points dans le dernier de Nanos.

Rien n’est gagné, mais l’élection d’un gouvernement O’Toole, tout au moins minoritaire, apparaît possible.

La personnalité d’Erin O’Toole s’est révélée jusqu’ici être un facteur positif.

Ce politicien plutôt terne a la qualité d’être le représentant type de cette classe moyenne que tous les partis courtisent et où se trouve la clé de la victoire.

Son image de bon père de famille contraste avec celle de jeune politicien moderne que cultivent Justin Trudeau et Jagmeet Singh. Elle est rassurante.

Rassurer est d’autant plus important que le parti qu’il dirige fait peur à plusieurs.

C’est son talon d’Achille.

Pour adoucir les angles,

  • il se distancie des politiques passées du gouvernement de Stephen Harper et même de celles votées au dernier congrès, comme sur les changements climatiques; et
  • il multiplie les garanties, comme sur l’avortement, pour assurer que l’aile droite de son parti est sous contrôle.

Les points marqués pendant cette première moitié de la campagne ont été obtenus relativement facilement.

Un peu comme Joe Clark en 1979, il lui a suffi de se montrer accueillant envers les électeurs désenchantés par Justin Trudeau.


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Le plus difficile reste à venir.

Désormais, tous les coups seront dirigés vers lui.

Dans le «Face à face» de TVA jeudi soir, ses adversaires se sont ligués pour démontrer que son discours progressiste n’est que poudre aux yeux.

Ce sera ainsi ces trois prochaines semaines.

Erin O’Toole ne se fait pas d’illusions.

Il sait qu’il lui faudra démontrer maintenant qu’il mérite la confiance des électeurs pour ses propres qualités et non pour les défauts de Justin Trudeau.

Trudeau ne le laissera pas être son tombeur aussi facilement.

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi les grèves sont de retour

Publié le 27 août 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi les grèves sont de retour

[crédit photo: Sol | Unsplash]

  • Le calme qu’a connu le monde des relations de travail en début de pandémie est déjà du passé. Arrêts de travail et grèves sont à nouveau en hausse.
  • Le marché de l’emploi est en train de se transformer. Les travailleurs ont de nouvelles attentes qu’ils expriment avec force.

Signe que les temps changent, les conflits de travail font à nouveau les manchettes.

On assiste à un retour du balancier.

Les syndiqués sont davantage revendicateurs, comme l’illustrent les quatre mois de grève à l’usine Olymel de Vallée-Jonction.

À sa première année, la pandémie avait eu un effet modérateur sur les conflits de travail.

  • Quatre fois moins de grèves et lock-out étaient observés au Québec en 2020 comparativement à 2018, soit 26 au lieu de 109.
  • Deux fois moins de jours de travail étaient perdus cette même année 2020, soit 146 000 au lieu des 362 000 perdus deux ans plus tôt.

La pause apparaît toutefois révolue.

Au cours des 6 premiers mois de la présente année, on relève déjà 54 conflits et la perte de 437 000 jours de travail.

Cette augmentation traduit la volonté des travailleurs d’améliorer leurs conditions de travail.

La transformation du marché du travail et la pénurie de la main-d’œuvre leur donnent un net avantage face aux employeurs.

  • Les grévistes de l’usine Exceldor ont ainsi obtenu des gains significatifs en juin après un mois de débrayage.

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Les travailleurs ont le «gros bout du bâton» reconnaissait, voici peu, le premier ministre François Legault.

«Pay them more» disait dans le même esprit le président Biden aux patrons américains.

Payer plus est d’ailleurs ce qu’a fait le gouvernement québécois, forcé dans un contexte de crise de corriger à la hausse les salaires de catégories sous-payées, comme les préposé(e)s des CHSLD.

Enseignants et infirmières ont obtenu des gains significatifs lors des négociations avec les employés du secteur public.

Le secteur privé n’échappe pas à ce mouvement.

Le salaire minimum de 13,50 $ l’heure est la norme dans de nombreuses entreprises.

Les grandes centrales syndicales réclament qu’il passe à 18,00 $.

Certains employeurs, notamment en restauration, reconnaissent que 13,50 $ ne suffit plus.

  • Ils prennent l’initiative de payer plus, seule façon de pouvoir rester en affaires.

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Tous ne sont pas prêts à céder à ce mouvement, voyant dans les revendications syndicales une menace à l’équilibre financier de leurs entreprises.

Leurs résistances conduisent à des grèves comme celles d’Exceldor et d’Olymel où, pour équilibrer les rapports de force, les employeurs mettent dans la balance le maintien des emplois.

Aux yeux du Conseil du patronat du Québec, le rapport de force changera en faveur des employés lorsque prendra fin la Prestation canadienne pour la relance économique.

Ce jour-là, les 128 000 personnes qui touchent cette prestation de soutien seront à nouveau disponibles sur le marché de l’emploi.

Il suffirait donc de patienter? Rien n’est moins certain.

Les attentes des travailleurs face à l’emploi ne sont plus les mêmes.

  • Les prestations gouvernementales de la pandémie leur ont donné un sentiment d’indépendance face aux employeurs.
  • Outre un salaire décent, ils recherchent un travail qui leur apportera une qualité de vie.

Un nouvel équilibre est à établir entre employeurs et employés.

Et, dans un certain nombre de cas, cela passera inévitablement par un conflit de travail. Il faut s’y attendre.

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Analyse POLITIQUE

Faut-il croire les politiciens en temps d’élection?

Publié le 20 août 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Faut-il croire les politiciens en temps d’élection?

[crédit photo: Tumisu | Pixabay]

  • En campagne électorale depuis à peine quelques jours, les partis politiques font surenchère de promesses. À les croire, des lendemains qui chantent nous attendent.
  • Le chef conservateur Erin O’Toole est celui qui est le plus prodigue de promesses. Il lui faut rattraper Justin Trudeau qui, depuis des mois, fait campagne depuis sa tribune gouvernementale.

Le premier ministre libéral a voulu cette élection à ce moment-ci, parce qu’il entrevoit sa réélection avec une solide majorité.

Une avance de quelque cinq points des intentions de vote le favorise.

Néanmoins, les électeurs veulent voir avant de s’engager.

  • Un Canadien sur deux est ouvert à l’idée d’un changement de gouvernement selon un sondage Léger.
  • Les Canadiens sont aussi divisés quant à savoir qui est le plus apte à mener le Canada vers un rétablissement économique.

Erin O’Toole a voulu d’entrée de jeu profiter de ce doute dans l’esprit des électeurs en présentant sa plateforme électorale dès le deuxième jour de la campagne.

Promesse phare, un million d’emplois pour récupérer en un an les emplois perdus dans la pandémie.

Tout y est dans les 180 pages de son «Plan de rétablissement du Canada»: environnement, financement de la santé, déclaration unique d’impôts pour les Québécois, même un rabais Covid-19 dans les restaurants.

Erin O’Toole s’inspire du «Petit livre rouge» de Jean Chrétien de 1993.

  • Après huit ans de gouvernement Mulroney marqué d’épisodes de corruption, il proposait aux électeurs un contrat moral en dévoilant ses intentions en début de campagne.

Ce plan conservateur porte l’empreinte d’Erin O’Toole.

  • Sa photo, sur une pleine page en couverture, nous dit que ce programme est le sien et qu’il n’est pas soumis à l’influence des factions climato-sceptiques et pro-vie de son parti.

Avec cette feuille de route claire, le chef conservateur espère éviter les pièges tendus à son prédécesseur, Andrew Scheer, en 2019.


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Les libéraux, pour leur part, publieront plus tard leur programme complet.

  • Leur stratégie est de continuer à dévoiler au jour le jour des promesses et des engagements.

Riches d’une cagnotte de 101 milliards $ pour la relance économique tirée du budget du printemps dernier, ils ont le luxe de promettre beaucoup.

Leur promesse phare est le financement de places de garderies à 10 $ par jour. Coût: 30 milliards $ en 5 ans.

Les conservateurs proposent plutôt un crédit d’impôt remboursable aux familles et ils annuleraient les ententes déjà signées avec certaines provinces.

On ne saurait trouver meilleure illustration des visions contrastées qui différencient ces deux partis.

  • L’un promet des services et l’autre, un chèque.

Ces engagements des conservateurs et des libéraux doivent être pris avec un grain de sel.

  • Reste à savoir en effet combien leur mise en œuvre coûtera.
  • Cette partie de l’exercice, encore à venir, peut faire toute la différence quant à la confiance que les électeurs accordent aux politiciens.

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Les électeurs ne sont pas dupes.

Ils savent bien qu’une campagne électorale est une opération de séduction où les policiers ne leur disent pas tout.

Ils savent qu’au lendemain des élections surviennent des reniements.

Au cours de ses six années au gouvernement, Justin Trudeau nous en a offert quelques-uns:

  • abandon de la réforme du mode de scrutin;
  • réduction des subventions aux pétrolières devenue augmentation;
  • contrôle limité des armes à feu.

La sagesse populaire, un brin cynique, ne dit-elle pas que les promesses électorales sont comme la météo? On ne peut pas toujours s’y fier.

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Analyse POLITIQUE

Le calumet de paix de Justin Trudeau

Publié le 16 juil 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
  • La nouvelle gouverneure générale du Canada, Mary Simon, sera assermentée le 26 juillet. Sa nomination a généralement été bien accueillie, bien qu’avec réserves de la part des francophones.
  • Cette nomination, plus que d’autres, est éminemment politique. C’est un calumet de paix tendu aux Premières Nations.

Le choix d’un titulaire au poste de gouverneur général est la prérogative du premier ministre.

Certains, comme Pierre Elliot Trudeau, ont profité de l’occasion pour récompenser des amis, tels les anciens ministres Roméo Leblanc et Jeanne Sauvé.

D’autres ont plutôt cherché des candidats pouvant jouer le rôle de symbole qui conforterait l’image de leur gouvernement.

  • Michaëlle Jean, nommée par Paul Martin, venait confirmer la place des minorités visibles dans un pays devenu postnational par la diversité des origines ethniques de ses citoyens.
  • Julie Payette, une brillante scientifique devenue la première Canadienne astronaute, venait incarner l’image de modernité du jeune gouvernement de Justin Trudeau.

Mary Simon est pour sa part le symbole de la volonté d’un pays confronté à ses démons passés de se réconcilier avec les Premières Nations.

Depuis ces deux dernières décennies, l’histoire pas très glorieuse d’une ère coloniale vient hanter le Canada, comme ces tombes d’enfants non identifiées retrouvées près des anciens pensionnats autochtones qui font aujourd’hui les manchettes.

Personne, à commencer par Madame Simon, n’ignore le rôle qu’on veut lui faire jouer.

À travers elle, c’est un calumet de paix qu’on tend aux Premières Nations – qui auraient mal accepté que ce poste revienne à nouveau à un représentant de l’un des deux peuples fondateurs.


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Cette Inuite présentait le profil idéal.

  • Née à Kangiqsualujjuaq au Nunavik, elle a porté dans sa carrière de nombreux dossiers au nom de sa communauté et des Premières Nations.
  • Elle a été longtemps présidente de la Conférence circumpolaire inuite et ambassadrice du Canada au Danemark.

Ce profil idéal souffre toutefois d’une lacune importante: sa méconnaissance du français.

Il n’y a pas de loi qui impose au gouverneur général de connaître les deux langues officielles.

Depuis presque 50 ans, cela allait de soi que le chef d’un État qui se dit bilingue le soit lui-même.

Cette coutume ainsi brisée met le gouvernement Trudeau en contradiction avec ses propres politiques.

  • Deux semaines plus tôt, son gouvernement proposait une modernisation de la Loi sur les langues officielles pour renforcer justement le statut de la langue française.

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Le choix du gouvernement a soulevé des critiques de la part d’élus francophones et de porte-parole de communautés francophones minoritaires qui craignent qu’un précédent n’ait été posé.

Mais, sauf de la part de quelques commentateurs, elles ont été modérées.

Il n’y a pas eu cette levée de boucliers que d’autres nominations ont déjà provoquée.

Il en est ainsi de la réaction retenue du commissaire fédéral aux langues officielles, Raymond Théberge, devant les quelque 200 plaintes qu’il a reçues.

  • Tout en les accueillant, il appelait néanmoins à la compréhension en raison de la portée symbolique de cette nomination sur le plan de la réconciliation.

Justin Trudeau misait sur le malaise qu’auraient les défenseurs de la place du français dans les institutions fédérales.

Il savait bien que, dans la conjoncture actuelle des relations avec les Premières Nations, on ne pouvait rejeter son choix sans avoir mauvaise conscience.

À la veille du déclenchement des élections, il aura réussi à tirer les marrons du feu.

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Analyse POLITIQUE

Climat: le Canada va-t-il enfin tenir ses promesses?

Publié le 9 juil 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Climat: le Canada va-t-il enfin tenir ses promesses?

[Photo: 358611 | Pixabay]

  • L’été sera chaud, possiblement le plus chaud de l’histoire du Canada, ce qui propulsera sans doute au premier plan les enjeux climatiques. Le gouvernement Trudeau en profite pour annoncer de «bonnes nouvelles».
  • Le caractère électoraliste de ses annonces n’échappe à personne. Néanmoins, Justin Trudeau peut prétendre qu’il est de bonne foi, grâce à l’adoption de la loi C-12 qui engage le pays à devenir carboneutre d’ici 2050.

Ces derniers jours, le premier ministre et ses ministres entreprenaient, à la manière du Petit Poucet, d’égrener les mesures visant à réduire les émissions de carbone. Il a ainsi annoncé que:

Au moment où le mercure bat des records, ces annonces – et il y en aura bien d’autres – sont susceptibles de retenir l’attention des électeurs inquiets du réchauffement climatique, davantage qu’une loi sur la carboneutralité.

Adoptée en toute fin de session parlementaire, la loi C-12 n’a pas fait les manchettes.

  • La découverte de centaines de tombes d’enfants près des pensionnats pour Autochtones dans l’ouest du pays retenait bien davantage l’attention du public.

La Loi C-12 sur la carboneutralité est pourtant le geste le plus significatif posé par Ottawa pour combattre les changements climatiques.

La loi fixe un objectif à l’horizon 2050 et il contraint le gouvernement actuel, comme tous ceux à venir, à prendre des mesures pour l’atteindre.

Cette loi encadrera l’action des gouvernements en les obligeant :

  • à se fixer des cibles quinquennales;
  • à se doter de plans d’action dont l’efficacité sera évaluée par le commissaire au développement durable;
  • à rendre compte au parlement des progrès réalisés, et à corriger le tir le cas échéant;
  • à créer un comité consultatif.

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Les groupes environnementaux ont bien accueilli cette loi malgré ses imperfections. Elle était attendue depuis si longtemps.

D’autres pays ont agi bien avant.

  • Le Royaume-Uni a adopté dès 2008 sa Loi sur la responsabilité climatique qui lui a permis de réduire de 40% ses émissions de GES.

Le Canada s’était engagé sous le gouvernement Harper à une réduction de 30% de ses émissions, par rapport à leur niveau de 2005, d’ici 2030.

  • Pas plus que les autres fois, le Canada n’a tenu sa promesse.
  • Ces 10 dernières années, ses émissions ont en fait augmenté plutôt que de diminuer.
  • Il est le seul pays du G7 dans cette situation.

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Le gouvernement Trudeau vise maintenant une réduction d’au moins 40% des émissions à l’horizon 2030 pour les ramener à 438 mégatonnes par an.

Le rattrapage à faire est considérable. Pour aller plus loin, lisez la chronique Les ambitions climatiques du Canada sont-elles réalistes?

Le plan de transition vers les énergies renouvelables repose d’abord sur la taxe du carbone.

  • D’ici 2030, elle passera de 50 $ à 170 $ la tonne.

S’ajoute une enveloppe de 17 milliards $ pour promouvoir une reprise verte.

  • Le gouvernement Trudeau puise dans cette enveloppe pour financer des mesures ciblées comme celles annoncées ces derniers jours.

Atteindre la cible de 2030 exigera un effort constant, mais aussi un minimum de cohérence. Ottawa ne pourra continuer d’investir en parallèle dans les énergies fossiles.

La loi sur la carboneutralité permet d’espérer que prendra fin la série noire des promesses brisées. À la prochaine conférence sur les changements climatiques en novembre à Glasgow, le Canada pourrait ne plus être le cancre de la classe.

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi il y a urgence de réformer le système de santé

Publié le 2 juil 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi il y a urgence de réformer le système de santé

[image: Clker | Pixabay]

  • Le succès de la campagne de vaccination nous l’a fait oublier: le système de santé québécois, chargé de nous prodiguer des soins, a lui-même besoin de soins.
  • La fermeture de l’urgence de l’hôpital de Gatineau durant toute une semaine pour cause de pénurie de personnel illustre la fragilité de ce système, qui sort épuisé de la crise sanitaire créée par la Covid-19.

Le système public de santé québécois, tel qu’on le connaît, a été créé il y a un peu plus de 50 ans dans la foulée des recommandations de la commission Neveu-Castonguay.

  • Il a assuré la gratuité et l’accessibilité à des soins de qualité à tous.
  • Mais il n’a eu de cesse d’être critiqué pour sa lourdeur.

Attendre!

  • Les usagers du système connaissent bien ce mot.
  • Presque partout, il leur faut attendre.

Pour les interventions chirurgicales non urgentes, il faut attendre des semaines et des mois.

  • Avant la pandémie, la liste d’attente comptait 125 000 noms.
  • Les reports d’interventions l’ont fait exploser à près de 150 000.

Aux urgences, le temps d’attente était de 15,2 heures en 2020.

  • En 1995, il était déjà de 14,4 heures.

Ni les commissions d’enquête ni les escouades spéciales n’ont pu juguler les maux du système.

  • Il compte aujourd’hui quelque 300 000 employés.
  • Ses coûts croissants accaparent la part du lion du budget de l’État, soit plus de 46%.
  • En 1995, Ils n’en représentaient que 31%.

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Les problèmes sont multiples.

Les coûts explosent en raison du vieillissement de la population, des nouvelles technologies et des nouveaux médicaments.

Les gouvernements tentent de les contrôler.

  • C’est ce que visait la réforme de Gaétan Barrette: il espérait faire des économies de 200 millions $.

Les conditions de travail de certains groupes ont fait les frais des pressions budgétaires.

  • C’est le cas des infirmières.
  • Devant la surcharge de travail et les exigences de temps supplémentaire, plusieurs ont quitté le réseau public québécois pour le privé ou la province voisine.

Au plus fort de la première vague de la pandémie, il a fallu faire appel à l’armée.

La fermeture de l’urgence de l’hôpital de Gatineau n’a pas d’autres causes.

  • Difficile pour les infirmières de résister à l’attrait de salaires nettement plus élevés de l’autre côté de la rivière des Outaouais. 

Dans plusieurs régions, les services seront réduits ou fermés cet été pour cause de pénurie de personnel.

Les conditions de travail ont fait l’objet d’une entente début juin avec les syndicats.

  • De meilleures conditions salariales et la fin du temps supplémentaire obligatoire favoriseront la rétention du personnel en place et faciliteront le recrutement.

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D’autres chantiers appellent l’attention du gouvernement Legault. Il a identifié les priorités.

L’accès aux soins de première ligne et aux soins à domicile demeure un problème qui pèse sur l’accès aux autres services, dont les urgences.

  • Nombre de Québécois n’ont toujours pas de médecin de famille, ni droit à des soins à domicile.
  • Résultat, on se tourne vers les hôpitaux, dont la surcharge s’accroît.

Le contexte de la pandémie n’était pas propice à de grandes réformes du système de santé, puisqu’il était mobilisé tout entier à combattre la Covid-19.

Ce combat, il l’a mené avec succès.

  • En témoigne la réussite de la campagne de vaccination en dépit de toutes ses carences et des difficultés rencontrées.

Cette réussite crée un climat favorable pour maintenir la mobilisation des acteurs du réseau de la santé afin de le soulager de ses lourdeurs.

La fermeture de l’urgence de Gatineau nous rappelle que, justement, il y a urgence.

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Analyse POLITIQUE

Des élections à la rentrée? Trudeau voudra profiter du «retour à la normale»

Publié le 25 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Des élections à la rentrée? Trudeau voudra profiter du «retour à la normale»

[photo: Élections Canada]

  • La Chambre des communes est maintenant en vacances estivales, avec la perspective d’une nouvelle campagne électorale à son retour en septembre.
  • Le gouvernement Trudeau attend depuis des mois le moment propice pour faire appel aux électeurs. Il fait le pari qu’il pourra retrouver la majorité perdue en 2019.

Deux ans, c’est le temps que durent généralement les gouvernements minoritaires au Canada.

On y est presque.

Rien n’est officiellement annoncé, sauf que…

  • Le premier ministre Trudeau ne cesse de dire que l’obstruction de l’opposition a rendu le parlement «dysfonctionnel». C’est ce qu’il fera valoir au gouverneur général pour obtenir la dissolution du parlement à la fin du mois d’août.
  • Plusieurs députés ont profité des derniers jours de la session pour faire leurs discours d’adieu.

Ces deux signes ne trompent pas.

Justin Trudeau est pressé.

Les atouts dont il dispose aujourd’hui pourraient ne plus valoir dans un an.

Le «retour à la normale» qui s’annonce pour la fin de l’été grâce à la vaccination créera un climat favorable. Exit la morosité.

La levée des restrictions sanitaires redonnera aux Canadiens un espace de liberté.

  • La réouverture des frontières avec les États-Unis, attendue avec impatience, devrait survenir tout juste avant le déclenchement des élections.

Le souvenir des prestations de soutien comme la PCU sera encore présent cet automne dans l’esprit des millions de Canadiens qui en ont profité.

Dans un an ce pourrait être différent.

L’OCDE prévoit que le Canada aura l’une des reprises économiques les plus fortes parmi les pays développés, avec une croissance prévue de 6,1%.

  • Elle entraînera un petit boom qui permettra le retour au travail de milliers de sans-emploi.

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Le programme électoral des libéraux est tout tracé.

Ils miseront sur:

Les sondages pourraient laisser croire que les libéraux sont au seuil d’une majorité.

  • D’une semaine à l’autre, l’écart en faveur des libéraux se maintient par une marge de quatre à cinq points sur les conservateurs.
  • La concentration dans les Prairies du vote pour les conservateurs accentue l’avantage des libéraux.

Cette prochaine élection se jouera, comme souvent, dans les deux provinces centrales.

Au Québec, la popularité du Bloc se maintient avec 33% des intentions de vote, à égalité avec le Parti libéral.

En fait, le portrait n’a pas changé en deux ans, si bien que Justin Trudeau devra miser sur l’Ontario.

  • L’impopularité du gouvernement conservateur de Doug Ford le favorisera.

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Rien n’est toutefois acquis.

Le gouvernement Trudeau traîne derrière lui quelques casseroles que les partis d’opposition exploiteront.

  • Durant les dernières heures de la session, les partis d’opposition l’ont pris en train de piger dans des fonds publics pour financer des recherches sur les données électorales.
  • Des dossiers difficiles reviendront le hanter, comme sa gestion des dénonciations de plaintes de harcèlement sexuel dans les forces armées.

Une campagne électorale peut réserver des surprises.

Il pourrait arriver à Justin Trudeau ce qui était arrivé à Paul Martin en 2004: se précipitant en élection à la première embellie, il revint minoritaire au Parlement.

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