Bernard Descôteaux

Bernard Descôteaux

Chroniqueur politique à InfoBref, ancien directeur du Devoir

Fin observateur des scènes politiques provinciale et fédérale, il a oeuvré au journal Le Devoir pendant 40 ans, notamment comme correspondant parlementaire à Québec et à Ottawa, avant de devenir rédacteur en chef puis directeur. Il préside le conseil d’administration du Centre d’études sur les médias. Chaque samedi, il signe un analyse politique dans InfoBref. Pour la recevoir par courriel, abonnez-vous gratuitement en cliquant sur le bouton bleu INFOLETTRES en haut à droite. (Les opinions de notre chroniqueur sont les siennes, pas celles d'InfoBref.)

Analyse POLITIQUE

Le couvre-feu est-il nécessaire?

Publié le 7 janv. 2022
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Le couvre-feu est-il nécessaire?

[crédit photo: Jonathan Rautenberg | Unsplash]

  • De tous les gestes posés par le gouvernement québécois dans la lutte contre la Covid-19, le couvre-feu est celui qui fait le moins consensus.
  • Les critiques pointent du doigt l’aspect radical d’une mesure qui limite la libre circulation des personnes et dont l’effet demeure par ailleurs aléatoire.

Les États du monde entier suivent le même livre de recettes pour contrer la propagation de la Covid-19.

En tête de liste se trouve la vaccination.

  • Près de 85% des Québécois ont reçu au moins une première dose de vaccin et 77%, deux doses.

Suivent d’autres mesures volontaires comme la distanciation, le port du masque et le lavage des mains.

Il y a par ailleurs les mesures imposées pour réduire les contacts sociaux.

Adoptées par décret, elles limitent les droits des individus, dont celui de circuler librement.

  • Dans le domaine privé, les rencontres sont limitées à la bulle familiale.
  • Dans le domaine public, bars, restaurants, salles de gym et salles de spectacle sont fermés.
  • L’accès aux commerces est réduit à 50% de leur capacité.

Là où il est toujours possible de fréquenter des lieux publics, tels musées, bibliothèques et stations de ski, le passeport vaccinal restreint l’accès aux personnes pleinement vaccinées.

Bon gré mal gré, le public se plie à cette médecine, sachant que les sacrifices exigés portent fruit.

Cela est moins vrai pour le couvre-feu, car il est difficile, voire impossible, d’en mesurer l’impact.

La décision du gouvernement d’y avoir recours relève de l’intuition.

Elle ne s’appuie pas sur une donnée scientifique probante démontrant son efficacité.

L’intuition vient de la conviction que le couvre-feu de 2020 a contribué à réduire la contagion.

Mais aucune étude ne le démontre.

On constate que l’Ontario a atteint les mêmes résultats que le Québec sans couvre-feu.


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Les partis d’opposition, qui appuient globalement les décisions du gouvernement, ont critiqué cette décision.

  • Qu’apporte-t-elle de plus, demande-t-on, alors que les occasions de se trouver dans les rues le soir après 22h sont presque nulles?

Le premier ministre François Legault savait que cette décision serait mal reçue, d’autant plus que son gouvernement se trouve à faire cavalier seul.

Les États qui y ont eu recours en 2019 et 2020 se sont abstenus cette fois.

Au-delà des questions d’efficacité, on juge que le couvre-feu est une mesure extrême, de dernier recours, dont la portée symbolique quant aux libertés individuelles ne peut être ignorée.

La décision de Québec d’y avoir recours n’a pas été prise sans qu’il y ait de vives discussions.

On a vu tout le soin mis par François Legault à justifier cette décision.


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Au-delà des enjeux sanitaires, le choix qu’a fait le gouvernement a une portée politique.

Déjà critiqué pour l’adoption de lois qui mettent en cause certains droits individuels, comme dans le cas de la loi 21, cette mesure, imposée par simple décret, donne du grain à moudre à ses opposants.

Souvent, François Legault justifie ses décisions en faisant référence à «la balance des avantages et inconvénients».

Ici, les inconvénients pourraient bien l’emporter.

Le premier ministre s’est avancé sur un terrain glissant.

Pas au point de tomber. Il jouit toujours d’un fort capital de sympathie.

Mais, intuitivement, il sait que le mieux pourrait se révéler être l’ennemi du bien.

D’où sa promesse solennelle de mettre fin à cette mesure à la première occasion.

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Analyse POLITIQUE

2021: une année marquée par la bienveillance

Publié le 17 déc 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
2021: une année marquée par la bienveillance

[crédit photo: Leo Rivas | Unsplash]

  • L’année 2021 se termine comme elle a commencé. La pandémie de la Covid-19 et ses variants ont une autre fois dominé l’actualité et accaparé l’essentiel de nos préoccupations personnelles.
  • L’ombre projetée par la pandémie ne doit cependant pas faire oublier d’autres moments marquants de ces 12 derniers mois, dont certains porteurs de changements attendus depuis longtemps.

Les progrès sociaux ne viennent jamais spontanément.

  • À l’origine, il y a souvent des drames qui ouvrent les yeux de la société… et des gouvernements.

La pandémie aura ainsi été l’amorce de nombreux changements.

  • Certains, comme le télétravail, sont déjà bien installés dans notre quotidien.

Elle n’a toutefois pas été seule à ouvrir la voie à des transformations sociales.

Pensionnats autochtones

Impossible ainsi d’ignorer cette découverte le 27 mai à Kamloops d’un cimetière abandonné où reposaient 215 enfants d’un pensionnat autochtone.

L’événement a été un puissant détonateur.

La disparition de tant d’enfants, pourtant mise en évidence par la Commission de vérité et réconciliation, a trouvé là la dimension dramatique qui lui manquait.

Les Canadiens, à commencer par leur gouvernement, ne pouvaient dès lors plus ignorer les effets de la politique assimilatrice envers les Premières nations qui a prévalu pendant plus d’un siècle.

Après des mois de tergiversations, le gouvernement fédéral a enfin ouvert ces derniers jours la porte au règlement d’une réclamation vieille de 30 ans pour les services à l’enfance dans les communautés autochtones.

De meilleurs lendemains sont possibles pour ces enfants autochtones.


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Enfants de la DPJ

Pour les enfants de la DPJ du Québec aussi il y a désormais un espoir, celui d’«avoir une famille pour la vie».

Épilogue du drame de «la petite fille de Granby» morte à sept ans des mauvais traitements infligés par sa belle-mère, le rapport de la commission spéciale sur les droits des enfants présidée par Régine Laurent remet à l’endroit un système qui était sens dessus dessous.

Chose rare, c’est un rapport qui ne dormira pas sur les tablettes.

  • Les enfants auront leur protecteur, et leurs droits auront préséance sur ceux de la famille biologique.
  • Le projet de loi 15 déposé il y a quelques jours consacrera ce principe.

Garderies

Dans la même veine, l’adoption par le gouvernement d’un programme créant 37 000 places en garderie viendra renforcer la perspective pour les enfants de grandir dans des conditions propices à leur épanouissement.


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Tribunal pour crimes sexuels et conjugaux

La multiplication des féminicides, des agressions sexuelles et des cas de violence entre conjoints a aussi été un événement déclencheur de changement.

L’Assemblée nationale ne pouvait rester insensible à ces drames.

Unanime, elle a créé un tribunal spécialisé pour traiter les crimes de nature sexuelle et de violence conjugale.

  • Les victimes peuvent espérer y être entendues plus équitablement.

Aide médicale à mourir

Unanime, l’Assemblée nationale l’a aussi été pour recommander d’élargir la loi sur l’aide médicale à mourir, afin de permettre de dicter à l’avance son souhait d’obtenir l’aide médicale à mourir dans le cas d’une maladie grave menant à l’inaptitude.

Les députés se sont ici préoccupés d’abord de l’humain, celui qui se trouve seul devant la mort.

Ce souci de bienveillance et de sensibilité aux autres se retrouve présent également dans tous ces événements évoqués plus haut.

Les difficultés de vivre en période de pandémie nous ont, en 2021, portés collectivement à vouloir transformer notre monde, ne serait-ce qu’un peu.

C’est peut-être le signe que nous apprenons à vivre avec cette pandémie. [La chronique Politique de Bernard Descôteaux sera de retour dans InfoBref Matin le samedi 8 janvier 2022.]

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Analyse POLITIQUE

Les partis d’opposition à la course… pour la deuxième place

Publié le 3 déc 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Les partis d’opposition à la course… pour la deuxième place

[crédit photo: Jonathan Chng | Unsplash]

  • Les prochaines élections au Québec n’auront lieu que dans 10 mois, mais la barrière est déjà en mouvement. Tenue au silence par la pandémie pendant plus d’un an, l’opposition cherche à reprendre le temps perdu.
  • Sur la ligne de départ, le déséquilibre des forces est tel que l’enjeu, pour les partis d’opposition, est de perdre le moins de voix possible à cette élection-ci dans l’espoir de l’emporter au rendez-vous électoral suivant, en 2026.

Signe que l’on est déjà en mode électoral, tous les partis ont tenu ces dernières semaines leur congrès d’orientation.

Ils ont adopté les plateformes et stratégies électorales qu’ils déploieront d’ici le 3 octobre prochain.

  • La Coalition Avenir Québec a ouvert le bal, suivie de Québec solidaire, du Parti libéral et du Parti conservateur.
  • Cette fin de semaine ci, c’est au tour du Parti québécois.

La stratégie de la CAQ est limpide.

Dominant outrageusement ses adversaires avec l’appui de près d’un électeur sur deux, elle veut préserver son avance.

Ce parti n’existait pas il y a 10 ans.

Il s’est constitué une large base en vampirisant ses adversaires.

  • Il a séduit les électeurs nationalistes et les défenseurs de la langue française du Parti québécois.
  • Son parti pris pour les régions et l’économie lui a permis de ravir les châteaux forts péquistes et libéraux hors de l’île de Montréal.

Il n’a guère à craindre de la fidélité de son électorat, parce qu’il peut prétendre avoir livré la marchandise promise.


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Il a néanmoins un talon d’Achille: sa gestion d’une pandémie qui n’en finit plus de finir.

Des doutes ont été soulevés par la protectrice du citoyen et la coroner Kamel.

L’opposition a trouvé là un rare os à mordre face à un gouvernement qui leur laisse peu de prises.

  • Pas de scandales à dénoncer, sinon ce «Troisième lien» entre Québec et Lévis.

Vue d’un autre angle, la pandémie aura bien servi le gouvernement Legault dans la mesure ou depuis des mois l’opposition a été tenue dans l’ombre.

Aucun des 4 partis d’opposition n’est véritablement en position de le menacer sérieusement.

Le Parti libéral et le Parti québécois sont en reconstruction.

Leur chef, respectivement Dominique Anglade et Paul Saint-Pierre-Plamondon, est en recherche de notoriété.

Ceci vaut aussi pour les leaders de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, et du Parti conservateur, Éric Duhaime.


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La recherche d’une nouvelle voie leur fait prendre de curieux virages.

  • À gauche pour les libéraux, pour séduire les électeurs progressistes.
  • Au centre pour Québec solidaire, pour se donner une image rassurante.
  • Plus à droite pour le Parti conservateur, qui s’affirme climatosceptique.
  • Le Parti québécois est celui qui reste fidèle à lui-même, centré sur la souveraineté du Québec.

Le sujet du jour étant les changements climatiques, ils se sont tous lancés dans une surenchère des mesures de réduction des GES pour atteindre la carboneutralité.

Cette surenchère entre partis d’opposition n’est pas étonnante: ils se battent tous pour la première place.

Première place qui sera en réalité… une deuxième place.

À moins d’un effondrement improbable de la popularité de la CAQ, le mieux qu’ils peuvent espérer est d’obtenir le statut d’opposition officielle.

Ce statut vaut beaucoup.

Il donne au parti qui l’obtient de la visibilité et des moyens qui lui permettront de se préparer pour l’élection suivante.

C’est, en effet, sur l’élection de 2026 que misent tous les partis d’opposition. La course à étapes sera de longue durée.

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Analyse POLITIQUE

Pourquoi il faut lever l’état d’urgence sanitaire

Publié le 19 nov. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Pourquoi il faut lever l’état d’urgence sanitaire

[crédit photo: Niu Niu | Unsplash]

  • Vingt mois déjà que le gouvernement Legault a proclamé l’état d’urgence sanitaire pour faire face à la pandémie de la Covid-19. Les appels se font nombreux pour lever cette mesure de moins en moins justifiée.
  • Au moment de sortir de cette crise, le gouvernement ne peut échapper à son obligation de rendre des comptes. Faute d’une enquête publique, l’Assemblée nationale doit pouvoir jouer son rôle de contrepoids.

Le Québec n’est pas la seule province à avoir eu recours à la proclamation d’un état d’urgence sanitaire.

  • Presque toutes ont utilisé cet outil qui porte bien son nom.
  • Prises au dépourvu, il leur fallait agir rapidement.

Ce que le gouvernement Legault a fait a été de se prévaloir d’une disposition qui permet au conseil des ministres, lorsque l’Assemblée nationale ne siège pas, de décréter un état d’urgence pour une période de 10 jours.

  • Il l’a ensuite continuellement renouvelé tous les 10 jours depuis le 13 mars 2020.

Par décret, le gouvernement a adopté un ensemble de décisions de nature préventive comme la vaccination ou le couvre-feu, et d’autres visant à assurer la continuité des soins à la population.

Sous l’empire de cette loi, il pouvait par ailleurs conclure des ententes de gré à gré sans appel d’offres.

La situation sanitaire est aujourd’hui suffisamment sous contrôle pour revenir à un fonctionnement normal.

L’Ontario et la Colombie-Britannique l’ont fait.

Le gouvernement Legault entend les imiter, mais uniquement quand la vaccination des enfants de 5 à 11 ans sera chose faite.

  • Or, vraisemblablement, ce ne sera pas avant plusieurs mois.

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Pourquoi attendre?

La pandémie n’est pas entièrement sous contrôle.

  • Une nouvelle vague est toujours possible.

Prudence, plaident certains, citant la présente recrudescence des cas en Europe.

  • Et on rappelle que ce sont des vies qui sont en jeu.

L’argument ne tient qu’à moitié.

  • Si besoin était, le gouvernement pourrait demander à l’Assemblée nationale de décréter un état d’urgence pour une durée de 30 jours, comme le prévoit la loi.
  • Nul doute qu’elle le ferait, justement parce que ce sont des vies qui sont en jeu.

L’explication des hésitations du gouvernement se trouve ailleurs.

Avec le temps, il a développé une dépendance aux décrets. C’est tellement plus simple.

Et plus il repousse la levée de l’état d’urgence, plus il repousse le moment où il devra rendre des comptes.

Comme prévu à la loi, il devra le moment venu déposer à l’Assemblée nationale un rapport sur l’ensemble de ses décisions.

Inévitablement, des questions surgiront alors.

Non pas qu’il y aurait eu malversations, mais parce que, dans l’urgence, des erreurs auront été commises ou des choix contestables auront été faits.

L’enquête de la coroner Géhane Kamel sur la gestion de la pandémie dans les CHSLD a relevé quelques-unes de ces erreurs.

La tenue d’une enquête publique demandée par les partis d’opposition et d’autres voix a été écartée par le gouvernement.

De telles enquêtes ont pourtant eu lieu sur des catastrophes de toutes nature.

  • Ce fut par exemple le cas pour l’effondrement du viaduc de La Concorde à Laval en 2006 qui avait fait 5 morts.
  • Ici, on compte plus de 11 500 morts.

L’appui populaire que reçoit le gouvernement Legault pour sa gestion de la pandémie est exceptionnel.

Le premier ministre François Legault se démarque de tous les autres premiers ministres.

Pour autant, cela ne le dispense pas de devoir se plier aux exigences d’une saine reddition de compte, surtout à la veille d’une élection.

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Analyse POLITIQUE

Climat: le modèle canadien doit encore faire ses preuves

Publié le 5 nov. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Climat: le modèle canadien doit encore faire ses preuves

[crédit photo: JF Brou / Unsplash]

  • L’appel de Justin Trudeau à «faire plus, plus vite» pour le climat, à l’ouverture de la Cop26 à Glasgow, a été bien reçu. Sa politique sur la taxation du carbone a fait oublier les hésitations passées du Canada.
  • Mais la crédibilité du Canada demeure fragile. Les politiques climatiques d’Ottawa en sont encore à l’étape de la mise en place. La réduction des émissions de CO2 au Canada tarde toujours.

La conférence de la Cop26 s’est ouverte par un cri du cœur du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guteres.

  • «Nous creusons notre tombe», a-t-il dit en faisant référence à l’exploration et à l’exploitation des ressources fossiles de la planète.

Les 195 pays signataires de l’accord de Paris de 2015, qui visait à limiter à un maximum de 2°C le réchauffement du climat à l’horizon 2050, ont procrastiné.

  • Certains parmi les principaux pays émetteurs de carbone, dont la Chine et la Russie, reportent maintenant à 2060 l’atteinte de cet objectif.
  • Les États-Unis, incapables de créer de forts consensus politiques, tardent à déployer de réels efforts.

Redorer son image verte

Le Canada ne veut plus être du camp des retardataires.

Glasgow était l’occasion pour le pays de se donner l’image d’un leader de la lutte au changement climatique.

Le Canada n’est pas le pays qui fera la différence pour contrer le réchauffement climatique.

  • Il n’est responsable que de 1,5% des émissions de CO2, comparativement à 26% pour la Chine et 12% pour les États-Unis.

Face à ces grands joueurs, le Canada n’a, pour jouer d’influence, d’autre recours que d’être exemplaire.


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Glasgow donnait l’occasion à Justin Trudeau de faire reconnaître les efforts faits avec:

  • l’adoption de la loi C-12 sur la carboneutralité;
  • la mise en place d’un régime de taxation du carbone;
  • la nomination du militant Steven Guilbeault au ministère de l’Environnement.

Il faut «faire plus, plus vite» a plaidé Trudeau en proposant comme recette le modèle canadien et sa taxe sur le carbone.

Une soixantaine de pays et entités dites sous-nationales ont déjà adopté l’une ou l’autre des formes possibles de taxation du carbone.

Mais ensemble, ils ne représentent que 20% des émissions de GES.

Justin Trudeau a plaidé qu’il faut multiplier cet effort par 3 d’ici 2030.

Taxer 60% des émissions de GES ne sera toutefois possible à terme que si de grands pays émetteurs, comme les États-Unis, se joignent à leur tour à ce mouvement.

  • Or, pour l’instant, ce pays privilégie d’autres moyens.

L’intervention du premier ministre ne tombe pas à plat pour autant.

  • Surmonter la résistance à la taxe sur le carbone est un long processus.
  • Il a fallu 10 ans au Canada pour y arriver.  

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Des preuves à faire

Le modèle canadien défendu par Justin Trudeau n’est toutefois pas sans failles. Il est même porteur de contradictions majeures.

La plus évidente est le refus du gouvernement canadien d’imposer un plafond à la production de gaz et de pétrole, dont la croissance continue s’appuie sur des subventions de l’État.

Mesurer l’efficacité du modèle canadien n’est pas possible. Du moins pas avant quelques années.

Les participants à la Cop26 à qui Trudeau vantait les mérites du modèle canadien seront sans doute curieux, lors des prochaines conférences, de voir si le Canada a réussi à stopper la hausse de ses émissions de carbone.

Cela dira si le modèle est à suivre.

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Analyse POLITIQUE

Commission Charbonneau: encore des fils à attacher

Publié le 22 oct. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Commission Charbonneau: encore des fils à attacher

[photo: John Kakuk / Unsplash]

  • C’était il y a dix ans: le 19 octobre 2011, le gouvernement Charest créait la commission Charbonneau. Ce fut l’occasion d’un grand ménage de nos institutions publiques.
  • Or, dix ans plus tard, jour pour jour, un juge libérait pour vice de forme quatre accusés d’actes de corruption dans leurs fonctions à la ville de Terrebonne. Juste rappel que des fils restent encore à attacher.

L’origine de la commission était la mise en cause des processus d’octroi des contrats gouvernementaux, notamment au ministère des Transports, comme moyen de financement des partis politiques.

La surprise a été de voir que la corruption était aussi installée dans plusieurs municipalités.

  • À un niveau endémique pour certaines: à Montréal, à Laval, et dans des villes de banlieue dont Boisbriand, Mascouche, Terrebonne.

Les municipalités ont été les grandes vedettes de cette commission.

Plusieurs témoins ont fait état de systèmes de ristournes qui profitaient aux partis du maire Vaillancourt à Laval et du maire Tremblay à Montréal.

  • Qui ne se souvient de Monsieur 3% au parti Union Montréal?

Un système de prête-nom répandu permettait aux entreprises de construction et d’ingénierie de renvoyer l’ascenseur aux partis politiques par des contributions illégales.


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En parallèle aux travaux de la commission, l’Upac menait ses enquêtes.

  • À Laval, Gilles Vaillancourt fut condamné à 6 ans de prison et dut restituer 8,5 millions $.

Les poursuites entreprises ne conduisirent pas toutes à des condamnations.

Plusieurs se sont faufilés à travers les mailles du filet – dont Frank Zampino, ex-président du comité exécutif de la ville de Montréal, accusé à la suite du scandale des compteurs d’eau.

La preuve amassée ne fut pas toujours jugée concluante.

Cette semaine, l’ex-maire de Terrebonne et ses trois coaccusés ont ainsi été libérés d’accusation d’avoir mis sur pied un système de partage de contrats.

Le juge au procès a fait valoir que la poursuite avait failli à son obligation de divulguer des éléments de preuve à la défense.

Survenant le jour même de l’anniversaire de la création de la commission Charbonneau, cet échec jette de l’ombre sur le grand coup de balai donné à la corruption

Le bilan demeure malgré tout nettement positif.

Le mode de financement des partis politiques provinciaux et municipaux a été revu.

  • À 100 $, les seuils de contribution sont symboliques.

L’Autorité des marchés publics surveille désormais les processus d’octroi des contrats.

  • Les entreprises doivent se soumettre à une vérification de leurs antécédents

Les sommes détournées ont pu être récupérées.

  • À Laval, près de 150 millions $ ont été remis au trésor municipal.

La démocratie a repris ses droits dans les municipalités.

  • L’intérêt des citoyens pour la gestion de leur ville est manifeste dans le cours des présentes élections municipales.

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Les recommandations de la commission Charbonneau, au nombre de 60, n’ont cependant pas toutes été implantées.

Pour contribuer à renouveler la confiance du public envers les élus, la commission voulait que la surveillance de la déontologie et du lobbyisme soit confiée à une seule institution.

  • Avoir une vue d’ensemble sur l’éthique au sein des institutions municipales et gouvernementales assurerait un meilleur contrôle.
  • Ce serait de nature à mieux protéger les élus contre eux-mêmes.

Le temps passant, la pression pour terminer le travail se fait moins forte. Dommage, car le risque d’un retour aux ornières d’hier demeurera toujours présent.

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Analyse POLITIQUE

Vaccination obligatoire: droits individuels contre droits collectifs

Publié le 15 oct. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Vaccination obligatoire: droits individuels contre droits collectifs

[crédit photo: CDC / Unsplash]

  • Québec a perdu son bras de fer contre les anti-vaccins. Au dernier moment, le ministre de la Santé a renoncé cette semaine à mettre à pied les travailleurs de la santé non vaccinés contre la Covid-19.
  • Cet échec survient à contretemps pour le gouvernement Legault, tout juste à la veille de l’ouverture d’une nouvelle session de l’Assemblée nationale. Il compte sur cette session pour se donner une nouvelle impulsion.

Les prochaines élections au Québec auront lieu dans moins d’un an, le 3 octobre prochain.

En vue de ce rendez-vous, le premier ministre François Legault présentera mardi à l’Assemblée nationale un discours inaugural dressant les priorités de son gouvernement pour les prochains mois.

Personne n’est dupe.

La Coalition Avenir Québec se met ainsi en mode électoral avec l’intention d’obtenir un deuxième mandat.

Sa réélection apparaît probable.

  • La CAQ caracole aujourd’hui en tête des sondages.
  • Les analystes électoraux prévoient même qu’elle pourrait obtenir une majorité sans précédent depuis 50 ans.

Perdre un bras de fer avec les opposants aux vaccins à la toute veille de ce nouveau départ est anti climax.

  • Cet échec ne met pas en péril sa réélection.
  • Mais il ternit son image.

En trois ans, le gouvernement caquiste n’avait pas connu beaucoup d’échecs.

Les partis d’opposition trouveront dans son recul matière à le critiquer.


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Le gouvernement avait pourtant sorti l’artillerie lourde pour cette opération que, à l’entendre, il allait réussir sans coup férir.

Les attentes élevées qu’il avait suscitées rendent l’échec d’autant plus décevant pour les 90% de Québécois en âge d’être vaccinés qui ont choisi de l’être dans l’espoir de créer une immunité collective.

Le résultat de cette opération soulève un doute quant à la capacité du ministre de la Santé, Christian Dubé, de remporter la deuxième prise de son bras de fer, qu’il a fixée au 15 novembre.

Les raisons objectives qui l’ont forcé à retraiter cette semaine seront sensiblement les mêmes dans un mois.

  • La pénurie de personnel et l’incapacité à réaliser un recrutement accéléré rendent indispensable la présence de ces employés non vaccinés.
  • Le gouvernement est ainsi confiné à l’impuissance. Il le sera tant que persistera cette pénurie de personnel.

Entre deux maux, le ministre se devait de choisir le moindre.

  • Sa première responsabilité comme ministre de la Santé est et sera toujours d’assurer la continuité des soins à la population.
  • Il ne peut se permettre de jouer à la roulette avec un système de santé fragilisé que la pandémie a poussé au-delà de ses capacités.

Cet échec montre que la bataille entreprise par le gouvernement pour soigner le système de santé sera plus longue et plus complexe qu’il l’imaginait.

Des résistances de toutes sortes persistent dans le système, où s’affrontent intérêts individuels et intérêts collectifs.


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Le débat se transportera devant les tribunaux dans les prochains jours.

  • Ils seront appelés à trancher entre libertés des uns et les droits des autres.
  • Rien pour accélérer les choses.

Le ministre de la Santé ne saurait être blâmé pour cet échec.

  • Tout au plus peut-on lui reprocher d’avoir présumé de ses forces.
  • Pour la suite des choses, il a besoin de l’appui de son gouvernement.

Le premier ministre François Legault le lui accordera dans le discours inaugural de mardi.

La santé s’y retrouvera tout en haut de sa liste des priorités gouvernementales.

À la veille d’une élection qui se tiendra en fin de pandémie, faire autrement serait courir à sa perte.

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Analyse POLITIQUE

Montréal doit choisir son futur visage, et pas seulement à la mairie

Publié le 8 oct. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Montréal doit choisir son futur visage, et pas seulement à la mairie

[crédit photo: Boyan Lepoev | Unsplash]

  • Les élections municipales à Montréal prennent la forme d’un match revanche entre la mairesse Valérie Plante et le précédent maire Denis Coderre.
  • Au-delà des personnalités, l’enjeu principal de cette élection porte sur les milieux de vie urbaine que les Montréalais veulent se donner pour les prochaines décennies.

Le duel que se livrent Valérie Plante et Denis Coderre ne peut que retenir l’attention.

  • On l’attendait depuis l’élection de 2017.

La nouvelle mairesse, élue en prétendant «être l’homme de la situation», l’avait emporté par défaut.

  • Les Montréalais avaient d’abord voulu écarter un maire devenu trop autocratique.

L’ombre de Denis Coderre n’a depuis cessé de planer sur Valérie Plante.

En prévision de ce match revanche, l’ancien maire a entretenu l’idée d’un nouveau départ pour une métropole.

  • «Retrouver Montréal», écrivait-il en début d’année.
  • Sous-entendu: l’administration Plante était un échec que lui seul saurait corriger.

Les Montréalais l’ont d’abord cru.

Ce printemps, ils étaient prêts à lui redonner les clés de l’hôtel de ville.

Mais ses 10 points d’avance ont vite fondu.


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Aujourd’hui, les deux candidats sont au coude à coude.

Les Montréalais ne sont donc pas à ce point déçus des 4 ans de l’administration de Projet Montréal.

Valérie Plante n’a pas été cette mairesse déconnectée des électeurs, comme l’a voulu la légende.

La moitié des Montréalais semblent partager sa vision de développement de Montréal qui met l’accent sur la qualité de la vie en milieu urbain.

Un point tournant a été le débat lancé par Denis Coderre sur la densité des constructions, la protection du Mont-Royal et la hauteur des tours au centre-ville.

Il a ainsi ramené l’attention sur la façon dont les Montréalais veulent habiter leur ville et y vivre.

La question de la densité n’est pas sans importance.

  • On prévoit 182 000 ménages de plus à l’horizon 2050.
  • Déjà, Montréal est deuxième au Canada après Vancouver avec 4916 habitants au kilomètre carré.

Qu’on le veuille ou pas, il faudra construire. Où? Comment?

  • Construire en hauteur est la solution, prétend Denis Coderre qui voit un «centre-ville de classe mondiale» se densifier avec des tours en hauteur.
  • Valérie Plante privilégie une approche plus douce, misant davantage sur les différents quartiers de la ville.

La densification, qu’importe l’approche choisie, aura un impact sur les milieux de vie et le tissu social des quartiers.

La préoccupation première des Montréalais à cet égard est la crise du logement.


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Montréal est une ville de locataires: 63% le sont.

  • Le taux d’inoccupation à 1,6% fait monter le prix des loyers ;
  • tandis que la surchauffe de l’immobilier rend l’accès à la propriété difficile pour les jeunes générations.

Valérie Plante l’a compris.

Plutôt que des tours, elle mise sur plus de logements, et sur des quartiers qui sont des milieux de vie écologiques.

Sa promesse phare de 60 000 logements à prix abordables rejoint la réalité quotidienne d’une large partie des électeurs.

La perception est que

  • Denis Coderre est avec les promoteurs de tours; et
  • la mairesse est avec les citoyens qui, eux, se méfient des promoteurs de tours.

L’an prochain, Montréal amorcera l’adoption d’un nouveau plan d’urbanisme et de mobilité.

L’orientation que lui donnera le maire, selon qu’il s’appelle Denis Coderre ou Valérie Plante, sera bien différente.

Le visage que prendra Montréal dépendra de ce choix.

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Analyse POLITIQUE

Sortir du pétrole: la Caisse de dépôt a choisi son camp

Publié le 1er oct. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Sortir du pétrole: la Caisse de dépôt a choisi son camp

[crédit photo: Jeremy Bezanger | Unsplash]

  • L’épargne des Québécois ne servira plus à soutenir la production pétrolière, au Canada ni ailleurs. D’ici la fin de 2022, la Caisse de dépôt et placement du Québec aura retiré tous ses investissements de ce secteur.
  • La stratégie climatique adoptée par cette institution vient renforcer le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles initié par les groupes environnementalistes.

On pouvait s’y attendre, cette décision de la Caisse [détails sur la stratégie qu’elle a annoncée] a été bien reçue… sauf par l’industrie pétrolière.

Le gouvernement albertain l’a immédiatement qualifiée de «vision à courte-vue, déconnectée de la réalité».

  • C’est, presque mot pour mot, la réaction qu’il avait eu l’an dernier devant la décision du Fonds souverain de la Norvège de bannir quatre pétrolières canadiennes.

Le signal donné par la Caisse à la communauté financière avec sa stratégie climatique est de nature à inquiéter le secteur pétrolier de cette province.

  • L’actif de 390 milliards $ de la Caisse pèse lourd.
  • Sa décision aura un effet d’entraînement.

Les pressions pour le désinvestissement ne sont pas nouvelles.

Ces dernières décennies, plusieurs fonds se sont retirés de la production des énergies fossiles.

  • Au Canada, des communautés religieuses et des universités, notamment Laval et Concordia, ont participé à ce mouvement de désinvestissement.
  • Des fonds de travailleurs, comme le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction, s’y sont joints plus récemment.

Confortés par l’exemple donné, d’autres voudront s’ajouter à la liste.


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Il ne faut pas s’étonner de la décision de la Caisse.

Elle ne vit pas en vase clos de sa société.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, lui rappelait il y a peu qu’elle se devait d’apporter sa contribution à la lutte aux changements climatiques.

La Caisse ne peut ignorer que:

  • le parlement canadien a adopté il y a quelques mois une loi dont l’objectif est d’atteindre la carboneutralité au Canada à l’horizon 2050; ni que
  • le gouvernement Legault se prépare à interdire toute exploration et toute exploitation pétrolière et gazière sur le territoire québécois [détails].

Elle se distingue en cela de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada qui agit à contre-courant des politiques climatiques du gouvernement canadien.

  • Fort d’un actif de 520 milliards $, il continue à soutenir les entreprises qui extraient du pétrole.

Les fonds qui persistent à investir dans les énergies fossiles prétendent pouvoir, par leur présence dans des compagnies, soutenir l’adoption de stratégies de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Ils font le pari que le pétrole a toujours un avenir.


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L’avenir du pétrole est pourtant limité.

En mai dernier, l’Agence internationale de l’Énergie appelait, pour contenir la croissance des émissions de GES produites par l’homme, à cesser tout investissement dans de nouveaux projets d’exploitation d’énergies fossiles.

Ce secteur de l’énergie produit trois quarts du total des GES.

La Caisse de dépôt avance prudemment, malgré le caractère spectaculaire de son retrait de la production pétrolière.

  • Elle ne sort que 1% de son actif du secteur des énergies fossiles.
  • Le risque de perte n’est pas grand.
  • Elle maintient par ailleurs ses investissements dans le gaz naturel – toujours nécessaire comme énergie de transition –, tout comme dans les oléoducs.

L’obligation de donner à ses épargnants de bons rendements la conduit à rechercher un juste milieu entre le profit et son engagement envers le climat.

Néanmoins, elle a su, avec cette stratégie, choisir son camp.

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Analyse POLITIQUE

Hydro-Québec: le rêve américain devient réalité

Publié le 24 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Hydro-Québec: le rêve américain devient réalité

[crédit photo: Mathilde Paret | Unsplash]

  • Hydro-Québec vient de réaliser un de ses grands rêves avec la signature attendue d’un contrat majeur d’exportation d’électricité pour alimenter la ville de New York. À la clé, 20 milliards $ de revenus en 25 ans.
  • Avec les immenses réservoirs de ses barrages hydroélectriques, le Québec devient à la faveur de la crise climatique un partenaire stratégique majeur pour les États de l’est des États-Unis qui veulent réduire leurs émissions de GES.

Il y a longtemps que le Québec ambitionne de conclure de grands contrats d’exportation d’électricité, tel celui qu’on se prépare à signer avec New York. [détails sur l’annonce faite ces derniers jours]

Le premier ministre Robert Bourassa publiait en 1985 son ouvrage L’Énergie du Nord destiné autant à un public américain que québécois. [livre disponible sur Amazon]

Il rêvait d’une deuxième Baie-James.

  • Mais le projet Grande Baleine n’a pu voir le jour, victime du contexte économique et de la vive opposition des environnementalistes et des Cris.

François Legault revenait à la charge en 2016.

  • Alors chef de l’opposition, il voyait le Québec comme «la batterie verte de l’est de l’Amérique du Nord».
  • Son idée fut reçue avec scepticisme.

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Hydro-Québec dispose de surplus importants pour lesquels les États-Unis représentent un débouché naturel.

Devant l’opposition des producteurs américains d’énergie, elle a dû se limiter essentiellement à des ventes d’énergie pendant les périodes de pointe de consommation, sur ce qu’on appelle «le marché spot» qui fonctionne selon un mécanisme d’enchère.

  • L’an dernier, elle a exporté 32 TW d’énergie à un prix moyen de 4,2 cents le kilowattheure.
  • Ces ventes ont été de 537 millions $ et ont contribué pour 2,3 milliards $ à son bénéfice net. Ce n’est pas rien.

L’intérêt d’un contrat d’exportation ferme est de pouvoir monnayer sur une longue durée ses surplus, à un prix stable et plus élevé, pour une énergie reconnue comme propre et renouvelable.

Les producteurs américains ont bataillé fort pour fermer la porte à Hydro-Québec.

  • Ils ont contesté la valeur environnementale de l’hydro-électricité produite au Québec.
  • Ils ont instrumentalisé l’opposition des groupes autochtones et des citoyens.

Le contrat de 20 ans signé avec le Massachusetts de 9,45 TW est ainsi toujours menacé par l’opposition de groupes du Maine qui tentent de bloquer la ligne qui traversera leur État.

Mais la crise climatique fait tourner le vent en faveur du Québec.

L’État de New York veut réduire ses émissions de GES.

Il entend réduire le recours aux énergies fossiles dans la production d’électricité de 85% à 70% d’ici 2030, grâce notamment à la fourniture par Hydro-Québec de 1250 MW d’électricité à la ville de New York.


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Le président Biden est favorable à ce projet.

Il a accordé un permis présidentiel à la ligne de transport de cette électricité, permis qui avait été refusé au pipeline Keystone XL pour l’exportation du pétrole albertain.

Cette ligne sera souterraine et sous-marine ira jusqu’à New York.

La partie québécoise de 60 km sera réalisée en partenariat avec la communauté autochtone de Kahnawake qui en sera copropriétaire dans une proportion qui pourrait être de 10 à 20%.

Tout cela devrait faciliter la conduite à terme du projet.

Ce deuxième contrat d’envergure a valeur de symbole.

  • Après celui avec le Massachusetts, il ouvre des perspectives de développement pour Hydro-Québec.
  • Ses surplus demeurent importants et elle peut dégager d’importantes marges additionnelles par d’éventuels programmes d’efficacité énergétique.

Visionnaire, Robert Bourassa l’était sans doute lorsqu’il parlait d’électricité.

Mais il n’imaginait pas qu’il faudrait autant de temps pour réaliser cette percée qui va placer le Québec au cœur de la métropole américaine.

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Analyse POLITIQUE

Les électeurs ne craignent plus les gouvernements minoritaires

Publié le 17 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Les électeurs ne craignent plus les gouvernements minoritaires

[Photo de Florian Schmetz | Unsplash]

  • Le résultat attendu de l’élection de lundi est un gouvernement minoritaire. À nouveau! Ce serait la cinquième fois en moins de 20 ans que les électeurs feraient un tel choix.
  • Une tendance semble se dégager. Loin d’être un accident de parcours, l’élection de gouvernements minoritaires devient la norme plutôt que l’exception.

Tous les résultats de sondages font la même constatation.

En raison de la division du vote, il est improbable qu’un gouvernement majoritaire puisse sortir des urnes lundi.

  • Libéraux et conservateurs sont au coude à coude, avec des intentions de vote de l’ordre de 32 ou 33% environ pour chacun.
  • Les élections passées montrent qu’un parti doit s’approcher ou franchir la barre des 40% d’appui pour obtenir les 170 sièges qui assurent une majorité.

À deux jours du scrutin, rien n’annonce cela.

  • Le Parti libéral est celui qui a le plus de chances de former le prochain gouvernement grâce à ses appuis au Québec et en Ontario. À la dissolution, il détenait 155 sièges.
  • Le Parti conservateur est pour sa part handicapé par la trop grande concentration de ses appuis dans l’Ouest. À la dissolution, il détenait 119 sièges.

Qu’un autre gouvernement minoritaire soit élu n’aura rien d’étonnant.


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Le paysage politique s’est peu à peu transformé ces dernières décennies à la faveur du fractionnement des courants idéologiques.

À cette élection-ci comme à la précédente, 6 partis s’affrontent alors que notre système électoral, uninominal à un tour, est conçu pour le bipartisme.

La même recette risque de produire le même résultat.

Depuis l’élection de 2004, ce fut le cas 4 fois sur 6:

  • 4 gouvernements minoritaires et seulement 2 majoritaires ont été élus.

Les tiers partis font obstacle à la progression des deux grands partis historiques qui se partagent en alternance le pouvoir.

  • Le NPD et le Bloc québécois sont les empêcheurs de danser en rond du Parti libéral.
  • Le Parti conservateur doit aussi se méfier du Bloc et du Parti populaire de Maxime Bernier, qui est en montée.

L’équilibre des forces politiques qui s’est instauré ces dernières années devrait se maintenir, sauf revirements toujours possibles.

  • Ainsi, en 1993, l’effondrement du Parti conservateur, qui ne garda que 2 députés, changea la donne.
  • Il s’en est suivi 3 gouvernements libéraux majoritaires successifs.

L’élection à répétition de gouvernements minoritaires est indicatrice de l’évolution du comportement des électeurs:

  • Ils ne craignent pas l’instabilité politique inhérente aux gouvernements minoritaires.

Les partis sont obligés en situation minoritaire de pratiquer une forme de cohabitation qui favorise les compromis.

Il y a là une police d’assurance contre les excès auxquels peuvent conduire les gouvernements majoritaires.

  • Par exemple, en 2008, tout juste élu à la tête d’un gouvernement minoritaire, Stephen Harper avait dû plier devant l’opposition qui exigeait l’adoption de mesures de relance à l’aube d’une profonde récession économique.

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En pleine crise sanitaire de la Covid-19, Justin Trudeau a su éviter de confronter les partis d’opposition.

Avec leur concours, il a mis en place des mesures de soutien qui ont fait consensus.

Pas étonnant que l’opinion publique ait mal réagi lorsqu’il a prétendu le 16 août dernier devoir aller en élection pour mettre au pas une opposition qui l’empêchait de gouverner.

Les électeurs avaient plutôt apprécié voir, pour une fois, les élus faire de la politique autrement.

L’élection prévisible lundi d’un autre gouvernement minoritaire sera un signe que les élus devront savoir décoder.

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Analyse POLITIQUE

Comment le 11 septembre 2001 a changé le Canada

Publié le 10 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Comment le 11 septembre 2001 a changé le Canada

Les tours jumelles du World Trade Center à New York après l’attentat du 11 septembre 2001 [crédit photo: Michael Foran]

  • Il y a 20 ans aujourd’hui tombaient les tours jumelles du World Trade Center à New York. L’attentat terroriste a changé nos vies et entraîné le Canada dans l’aventure afghane d’où il se retire sans gloire.
  • Cet anniversaire, qui survient en pleine campagne électorale, permet de réfléchir aux grands enjeux internationaux. Les chefs de partis préfèrent cependant éviter le sujet. Ils ont l’esprit ailleurs.

Le 11 septembre 2001 fait partie désormais des marqueurs de l’histoire contemporaine. Ce jour-là, le monde a changé.

Après la fin de la guerre froide et de la polarisation entre blocs communiste et capitaliste, le monde occidental se trouvait face à un nouvel ennemi dont l’arme était le terrorisme.

  • Les mesures de sécurité adoptées après l’attentat ont changé irrémédiablement nos façons de voyager et limité la libre-circulation des personnes.
  • De nouveaux pouvoirs octroyés aux services de sécurité ont restreint certains droits individuels.

Ces contraintes ont été acceptées non sans réticences, tout comme celles qu’entraîne 20 ans plus tard la pandémie de la Covid-19.

Pour se prémunir contre de nouvelles attaques et dans un esprit de vengeance, l’Occident se rallia autour des États-Unis.

Ce fut le début de la chasse contre Al-Qaïda en Afghanistan.

Le Canada sera de cette aventure.

  • Quelque 40 000 militaires canadiens seront déployés en Afghanistan entre 2001 et 2014.
  • 158 d’entre eux y laisseront leur vie.
  • De nombreux autres en reviendront blessés physiquement ou moralement.

Le retrait des États-Unis d’Afghanistan le 30 août, suivi de la prise du pouvoir par les talibans, a marqué l’échec de cette opération.

Cet événement était de nature à perturber la campagne électorale fédérale.

  • Le Canada était mis devant ses engagements à l’endroit des interprètes, et de leurs familles, qui avaient servi les troupes canadiennes.
  • Leur rapatriement a été bâclé.

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Mais le sujet est vite passé au second plan.

Mercredi, lors du débat des chefs, la question du rapatriement des interprètes afghans a été soulevée.

Volontiers empathiques envers ces personnes laissées à la vindicte des talibans, les chefs de parti se sont pourtant bien gardés de faire un bilan de cette intervention en Afghanistan.

Libéraux et conservateurs, tout particulièrement, préfèrent éviter le sujet.

  • Ils partagent la responsabilité d’avoir engagé le Canada dans l’opération afghane.
  • Ce sont eux qui ont entraîné le Canada dans le sillage américain.

La pandémie leur offre l’excuse d’avoir plus urgent à faire que discuter de politique étrangère.

Leurs plateformes électorales ne prévoient d’ailleurs aucune remise en question des axes de la politique étrangère canadienne, le principal étant sa relation privilégiée avec les États-Unis.


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La proximité avec les États-Unis est inévitable.

  • Le dicton veut que l’on ait la diplomatie de sa géographie.
  • Mais cette proximité devient gênante lorsque le Canada en devient prisonnier comme dans l’affaire Meng Wanzhou.
  • La relation du Canada avec la Chine s’en trouve profondément perturbée.

Le Canada avait su, à une autre époque, garder une saine distance de son voisin et allié.

Cela lui permettait d’exercer une influence sur la scène mondiale.

Cette influence, le Canada l’a aujourd’hui perdue.

Ce n’est pas sans raison qu’à deux reprises au cours de la dernière décennie, il n’a pu trouver les appuis pour siéger au Conseil de sécurité de l’ONU.

D’une certaine manière, l’ombre du 11 septembre plane toujours sur le Canada.

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