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Analyse POLITIQUE

Le charnier de Kamloops changera-t-il l’attitude envers les autochtones?

Publié le 4 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Chroniqueur politique à InfoBref, ancien directeur du Devoir

Le pensionnat indien de Kamloops autour de 1930. [Photo: Archives Deschâtelets-NDC, Richelieu]

  • Le Canada est un pays de gens bien. C’est l’image que, de l’étranger, l’on a du Canada. Cette perception a volé en éclat avec la découverte à Kamloops d’un charnier contenant les corps de 215 enfants autochtones.
  • La vague d’indignation sera-t-elle suffisamment forte pour que les membres des Premières nations deviennent des citoyens à part entière aux yeux des gouvernements?

Des horreurs, le Canada en a pourtant commis au cours de son histoire.

Quelques jours à peine avant que ne soit rendue publique la découverte de ce charnier, rappelons-nous que le premier ministre Trudeau venait d’offrir aux Italo-canadiens des excuses pour l’internement de centaines d’entre eux pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais Kamloops dépasse toutes ces horreurs.

Pourtant on savait.

  • On savait que ces pensionnats avaient été créés pour rééduquer les autochtones et «tuer l’indien en eux».
  • On savait que les autorités enlevaient de force les enfants autochtones à leurs parents.
  • On savait que des milliers d’entre eux ne sont jamais revenus – plus de 4000 avaient disparu, selon les derniers décomptes.

On savait tout cela, sans pourtant vraiment le croire. Par indifférence.

Mais voilà que ces 215 disparus de Kamloops rendent bien réel le génocide culturel que fut la politique d’assimilation instituée par le gouvernement de John A. Macdonald au 19e siècle.

Les déclarations de repentance des élus ont été nombreuses.

Sont maintenant attendus des gestes de réconciliation et d’ouverture.


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La route à suivre est connue.

La Commission Vérité et Réconciliation, la Commission Viens, et celle sur les femmes autochtones disparues l’ont établie.

Mais, de toutes parts, on a tardé à agir: le sentiment de culpabilité n’a pas créé un sentiment d’urgence.

Il aura ainsi fallu attendre 15 ans pour que le Canada accepte de se soumettre à la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des autochtones.

  • La Chambre des communes a enfin adopté ces derniers jours le projet de loi C-15 la reconnaissant.
  • Il est l’un des derniers pays à le faire.

Autre exemple:

  • Il y a cinq ans, le Tribunal canadien des droits de la personne ordonnait à Ottawa de corriger la discrimination envers les enfants vivant dans les réserves.
  • Depuis, le gouvernement fédéral joue de délais judiciaires pour éviter la facture de 8 milliards $ que représenterait une prestation de services égale à celle offerte aux autres enfants.

Promis en 2017, l’accès à une eau potable de qualité sur les réserves est toujours une vaine promesse pour une cinquantaine de réserves.

La Commission Vérité et Réconciliation recommandait en 2015 que soient mises en place des mesures pour documenter, entretenir et protéger les cimetières des pensionnats autochtones. Dans la foulée de Kamloops, le gouvernement Trudeau a ouvert le robinet.

  • Six ans plus tard, 27 millions $ sont offerts aux communautés pour entamer des recherches sur l’existence d’autres charniers.
  • Il est certain qu’il s’en trouvera.

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Signe positif, Ottawa publiait jeudi un plan d’action pour éliminer les obstacles systémiques au progrès des autochtones et lutter contre le racisme.

Ce sont des gestes de cette nature qui sont attendus par les Premières nations.

Pour elles, la réconciliation ne sera réelle que lorsque se sera dissipé l’esprit des politiques passées qui, à bien des égards, continue de faire des autochtones des citoyens de seconde classe.

Y aura-t-il un avant et un après Kamloops?

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Bernard Descôteaux