Langue française

Nouvelles, données, tendances, enjeux et débats concernant la langue française et son utilisation au Québec et au Canada, ainsi que l’impact de ce sujet sur la vie politique québécoise et canadienne [voir aussi dans InfoBref: Loi 96 – projet de réforme linguistique de la Loi 101]

Le gouvernement s’attaque-t-il au système scolaire anglophone?

Publié avant-hier
Le gouvernement s’attaque-t-il au système scolaire anglophone?

Simon Jolin-Barrette et François Legault (Source: Twitter / Émilie Nadeau)

  • Les commissions scolaires anglophones ont affirmé jeudi que la réforme de la loi 101 proposée dans le projet de loi 96 par le gouvernement Legault va porter atteinte au réseau anglophone. 
  • Au troisième jour des consultations sur la réforme qui doit moderniser la Charte de la langue française, l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (Acsaq) était très préoccupée par certaines mesures du projet de loi. 

L’Acsaq s’inquiète que le projet de loi prévoie: 

  • de limiter le nombre d’années durant lesquelles les travailleurs étrangers temporaires peuvent inscrire leurs enfants dans les écoles anglophones; et
  • d’utiliser la clause dérogatoire pour soustraire le projet de loi aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés – ce qui mettrait la Charte de la langue française à l’abri de contestations judiciaires.

Actuellement, les travailleurs étrangers temporaires peuvent bénéficier pour leurs enfants d’une autorisation d’admissibilité à l’enseignement en anglais pendant 3 ans. 

  • Cette autorisation peut ensuite être renouvelée sans limites.

Le projet de loi 96 prévoit de limiter l’autorisation à sa durée initiale de 3 ans. 

  • L’Acasq croit que cette mesure fera baisser le nombre d’inscriptions dans le réseau anglophone – l’an dernier, plus de 4000 élèves ont bénéficié de cette autorisation.

La réforme ne porte pas atteinte au réseau anglophone, assure le ministre responsable de la Langue française Simon Jolin-Barrette. 

  • Selon lui, le projet de loi 96 ne contient «rien» qui puisse «porter atteinte aux droits et aux institutions de la communauté anglophone».
  • La limite que le projet prévoit d’imposer aux enfants des travailleurs temporaires est importante pour «privilégier l’intégration en français». 

Les commissions soutiennent que les écoles du réseau anglophone permettent à leurs élèves d’acquérir une connaissance adéquate du français.

Johanna Sabys
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Réforme de la Loi 101: les partis se positionnent au début des consultations

Publié le 21 sept. 2021
Réforme de la Loi 101: les partis se positionnent au début des consultations

Le ministre responsable de la Langue française Simon Jolin-Barrette (Source: Twitter)

  • À l’ouverture des consultations publiques sur la réforme de la Charte de la langue française, le ministre responsable de la Langue française Simon Jolin-Barrette a soutenu qu’il est temps «de poser des gestes forts et concrets».
  • Selon le Parti québécois, Québec ne va toutefois pas assez loin pour contrer le déclin du français. De son côté, le Parti libéral veut avoir le temps d’étudier ce projet «ambitieux». Et Québec solidaire veut que tous les Québécois puissent travailler en français. 

Le projet de loi 96, qui vise à réformer la Loi 101, a été déposé en mai dernier par le gouvernement Legault. 

  • Plus de 50 groupes et interlocuteurs participeront au cours des prochaines semaines aux consultations publiques sur la réforme en commission parlementaire.

Les 4 principaux objectifs de la réforme:

  • faire du français la seule langue officielle et commune au Québec;
  • renforcer son statut dans toutes les sphères de la société;
  • assurer l’exemplarité de l’État dans son utilisation; et
  • instaurer une structure gouvernementale neutre pour le protéger.

Le Parti québécois veut être «efficace» plutôt que «populaire»:

  • Le député péquiste Pascal Bérubé croit que la réforme «va déplaire à du monde», mais il entend «briser le tabou» pour stopper le déclin du français. 
  • Le PQ dit qu’il a des propositions «courageuses» sur le cégep en français, l’immigration et la francisation; et le parti croit que les entreprises ne devraient pas pouvoir transiger avec le gouvernement si elles ne remplissent pas les critères en matière de respect de la langue française. 

Le Parti libéral veut être «inclusif» pour ne pas «diviser»:

  • La députée libérale Hélène David a demandé une nouvelle fois à Québec de ne pas utiliser la procédure du bâillon pour faire adopter le projet rapidement. 
  • Le PLQ propose notamment d’imposer aux étudiants des cégeps anglophones de suivre 3 cours en français, au lieu d’imposer un schisme entre les institutions francophones et anglophones.

Québec solidaire voit dans le projet «une opportunité [pour le Québec] de s’unir» en tant que société.

  • La députée de QS Ruba Ghazal affirme que le Françaisest «la langue du cœur», mais qu’elle doit aussi être «la langue du pain».  
  • QS propose d’assujettir à la Charte toutes les entreprises de 10 employés et plus, et de bonifier les cours de francisation en entreprise.

Une motion de Québec solidaire a d’ailleurs été adoptée hier pour que l’Assemblée nationale:  

  • rappelle le droit de travailler en français au Québec;
  • demande aux employeurs québécois de contribuer davantage à la protection et la promotion de la langue française au travail; et 
  • demande au gouvernement d’interdire l’exigence de l’anglais lors de l’embauche, à moins qu’il soit nécessaire pour accomplir la tâche.
Johanna Sabys
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Legault soutient Blanchet et demande des excuses à la modératrice du débat des chefs en anglais

Publié le 10 sept. 2021
Legault soutient Blanchet et demande des excuses à la modératrice du débat des chefs en anglais

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet (Source: Twitter)

  • La tension était palpable hier soir au débat des chefs en anglais, au cours duquel la modératrice a demandé plusieurs fois au chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet pourquoi il appuyait ce qu’elle a qualifié de lois québécoises «discriminatoires».
  • Le chef du Bloc qualifie ces questions «d’insultes», François Legault demande des excuses à la modératrice, et la plupart des chefs politiques critiquent aujourd’hui la façon dont Blanchet a été questionné.

Lors du débat, le chef du Bloc s’est défendu plus d’une fois dans sa langue seconde.

  • La modératrice Shachi Kurl, présidente de l’Institut Angus Reid, lui a demandé pourquoi il appuyait la loi 21 sur la laïcité de l’État et le projet de loi 96 sur la Charte de la langue française, des lois québécoises qu’elle a qualifiées de «discriminatoires».
  • La chef du Parti vert, Annamie Paul, a invité Blanchet à «s’éduquer» (educate yourself) sur le racisme systémique – une invitation qu’il a qualifiée d’insulte.

Plus tard en soirée, Yves-François Blanchet s’est plaint:

  • que le débat avait débuté par une «chaudière d’insultes lancées contre Québec»;
  • de ne pas avoir bénéficié du même temps de parole que les autres chefs; et
  • que ses homologues ne soient pas intervenus pour rejeter des «insultes lancées sur le Québec».

D’autres vives réactions ont suivi aujourd’hui:

Le premier ministre du Québec François Legault demande des excuses de la part de la modératrice du débat, soulignant que «la nation québécoise est attaquée dans ses compétences» et que la loi 21 et la loi 96 «sont parfaitement légitimes».

La cheffe du Parti libéral du Québec Dominique Anglade dit que «les propos tenus au débat accusant le Québec de tous les maux étaient tout simplement inacceptables». 

Le chef libéral Justin Trudeau s’est dit «très surpris par le genre d’amalgame» au sujet de la loi 21 et «insulté en tant que Québécois», mais a répété être en désaccord avec cette loi.

Le chef conservateur Erin O’Toole a indiqué sur Twitter qu’il rejetait la prémisse de la question posée par l’animatrice du débat.

Le chef du NPD Jagmeet Singh dit que le racisme systémique et la discrimination systémique ne sont pas exclusifs à une seule province ou un seul territoire, mais qu’ils existent à la grandeur du pays.  

Félix Côté
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Une commission scolaire nie l’existence de la nation québécoise et le Québec s’indigne

Publié le 7 sept. 2021
Une commission scolaire nie l’existence de la nation québécoise et le Québec s’indigne

Le chef du Bloc Yves-François Blanchet, devant la Cour suprême du Canada (Source: Bloc québécois)

  • La Commission scolaire English Montreal (CSEM) a affirmé que le Québec n’est pas une «nation», ce qui a fait bondir hier les chefs du Bloc québécois, du Parti québécois et d’Ensemble Montréal. 
  • La CSEM entend contester le projet de loi 96 du gouvernement Legault qui doit modifier la Charte de la langue française pour faire du français «la seule langue officielle et commune au Québec». 

La CSEM demande à Québec de retirer son projet de loi 96

  • Elle reproche au gouvernement Legault de vouloir modifier la constitution pour y indiquer que le Québec est une nation où la seule langue est le français, ce qui limiterait, dit-elle, l’accès aux services et à l’éducation en anglais.
  • Selon English Montreal, «ce n’est pas parce qu’on se prête une identité qu’elle devient nôtre: l’intelligentsia québécoise utilise délibérément le mot nation», alors que «le seul mot» pour définir le Québec est «province».
  • La Commission scolaire demande à Ottawa de faire examiner la légalité de la loi par la Cour suprême.

C’est «une insulte pour la nation québécoise», s’est insurgé Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois. 

  • Depuis le dépôt du projet de loi par Québec en mai dernier, Yves-François Blanchet demande aux partis fédéraux de s’engager à ne pas contester la loi une fois qu’elle aura été votée par l’Assemblée nationale. 
  • Le chef du Bloc a souligné que la Commission scolaire s’attaque à une motion appuyée par la Chambre des communes, qui a reconnu la nation québécoise. 

La commission scolaire «méprise les Québécois et les francophones» et fait preuve de «mauvaise foi», affirme Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois. 

Denis Coderre, chef d’Ensemble Montréal, a immédiatement exclu de son caucus le président de la CSEM Joe Ortona. 

  • L’ancien maire et candidat à la mairie de Montréal cet automne assure qu’il reconnaît «le Québec comme nation», et que l’affirmation de la commission scolaire va «totalement à l’encontre des valeurs» de son parti.
  • Après son exclusion, Joe Ortona a dit qu’il songeait éventuellement à se présenter en tant qu’indépendant.

Des propos «déconnectés», dit François Legault

  • Le gouvernement fédéral reconnaît que le Québec est une nation, a rappelé le premier ministre. 
  • Selon lui, les propos de la CSEM sont «déconnectés», et la commission scolaire est devenue «un groupe radical». 

English Montreal «a commis une erreur» en remettant en question le fait que le Québec est une nation, a admis plus tard hier Joe Ortona. 

  • Dans un communiqué, il a affirmé que la commission scolaire ne conteste pas «le concept», mais veut s’assurer que «les Québécois anglophones sont considérés comme faisant partie intégrante de la nation». 
  • Le concept de nation, dit-il, «n’est pas au cœur de notre opposition au projet de loi 96»: il affirme que la résolution de la commission sera modifiée pour «supprimer les références à ce sujet».
Johanna Sabys
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Un demi-milliard $ pour les cégeps et les universités, et du travail en français

Publié le 2 sept. 2021
Un demi-milliard $ pour les cégeps et les universités, et du travail en français

La ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann (Source: Twitter)

  • La ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann a présenté hier le plan du gouvernement Legault pour améliorer la réussite dans l’enseignement supérieur. 
  • Québec souhaite avant tout augmenter d’ici l’an prochain la proportion de Québécois qui détiennent un diplôme collégial ou universitaire, et améliorer l’apprentissage du français. 

Québec va investir 450 millions $ sur 5 ans pour bonifier:

  • l’accessibilité à l’enseignement supérieur;
  • les transitions du secondaire au cégep, et du cégep à l’université; et 
  • les initiatives en matière de réussite.

Le Québec «accuse un certain retard», dit Danielle McCann. 

  • En 2019, 29% des Québécois de 25 à 64 ans étaient titulaires d’un diplôme universitaire, contre 32% dans l’ensemble du Canada, et 35% en Ontario.
  • Avec son plan d’action, le gouvernement Legault espère hausser la proportion au Québec de 1,5% d’ici l’année scolaire 2022-2023. 

Un groupe de travail sur la maîtrise du français

Les taux de réussite à l’épreuve de français en fin de parcours collégial «ne sont pas à la hauteur», reconnaît la ministre. 

  • Elle a demandé un «diagnostic» pour savoir comment améliorer l’apprentissage de la langue française dans les cégeps et les universités: un groupe de travail doit se pencher sur la question.
  • Selon Danielle McCann, améliorer la maîtrise du français «est la voie de passage» pour augmenter le taux de diplomation.  

Par ailleurs, la ministre a rappelé que le gouvernement versera également à partir de cet automne près de 60 millions $ sur 5 ans pour la santé mentale des étudiants. 

  • Annoncé fin avril, ce deuxième plan pour la santé mentale doit notamment permettre d’embaucher plus de personnel, et d’élaborer des outils et des programmes en santé mentale.
Johanna Sabys
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Un glossaire pour aider l’industrie de la réalité virtuelle à parler en français

Publié le 7 juil 2021
Un glossaire pour aider l’industrie de la réalité virtuelle à parler en français

(Source: Unsplash)

  • L’Office québécois de la langue française (OQLF) a regroupé 120 concepts utilisés dans l’industrie de la réalité virtuelle, qui jusqu’ici étaient souvent désignés avec d’autres langues, pour leur trouver un équivalent en français. 
  • Son nouveau vocabulaire francisé de la réalité virtuelle est joliment intitulé Plus vrai que nature.

L’OQLF note que la réalité virtuelle est utilisée dans de nombreuses sphères d’activité, dont le divertissement, la formation, la médecine, la robotique, la défense, l’industrie, l’architecture, le tourisme et l’art. 

Mais, comme beaucoup de secteurs qui se sont développés rapidement autour d’une nouvelle technologie, son vocabulaire est souvent dominé par des mots anglais.

Vous voulez apprendre deux mots savants pour avoir l’air branché sur la réalité virtuelle?

Conflit visuovestibulaire: «Incohérence sensorimotrice provoquée par la perception d’informations contradictoires en provenance du système visuel d’une part et du système vestibulaire [oreille interne] d’autre part.» 

Cybercinétose : «Sensation de malaise, s’apparentant au mal de mer, qui survient parfois à la suite d’une utilisation prolongée de systèmes de réalité virtuelle.» 

Or, devinez quoi, «la cybercinétose se manifeste généralement lors d’un conflit visuovestibulaire».

Vocabulaire complet

Félix Côté
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Les établissements gouvernementaux ne joueront désormais que de la musique québécoise

Publié le 20 juin 2021
  • À partir de maintenant, vous ne devriez entendre que de la musique québécoise dans les établissements et sur les lignes de téléphone du gouvernement.
  • La ministre de la Culture Nathalie Roy a également annoncé hier le lancement de la campagne Écoute mon album, qui vise à promouvoir les artistes québécois par de courtes vidéos qui seront diffusées l’hiver prochain à la télé et sur le web. Québec va verser un peu plus d’un million $ à l’ADISQ pour cette initiative.

Analyse POLITIQUE

L’utopie de l’égalité des langues officielles

Publié le 18 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
L’utopie de l’égalité des langues officielles

Le Premier ministre Justin Trudeau et la ministre du Développement économique et des Langues officielles Mélanie Joly [source: page Twitter de Mélanie Joly]

  • Le projet de loi modernisant la Loi sur les langues officielles déposé aux Communes cette semaine a été bien accueilli. Il marque un changement majeur de la part du gouvernement Trudeau.
  • La démarche libérale serait de nature électoraliste, selon les partis d’opposition. Ils n’ont pas entièrement tort. Le vote des francophones sera déterminant lors du prochain scrutin.

Le projet C-32 de la ministre Mélanie Joly est la dernière d’une longue série de mesures prises au fil du temps sous la pression des francophones pour accorder au français un statut officiel.

  • L’histoire retient l’adoption marquante de la Loi sur les langues officielles en 1969 par Trudeau père, comme aboutissement de longues luttes.
  • Auparavant, il y avait eu les timbres bilingues (1927), les billets de banque bilingues (1936), les chèques bilingues (1962).
  • Les emballages bilingues de produits de consommation, dont les boîtes de Corn Flakes qui ont tant fait réagir, viendront en 1974.

La loi de 1969 visait à donner un statut égal au français et à l’anglais dans tous les domaines de compétence du gouvernement fédéral.

  • Elle instituait de nouveaux droits, dont celui d’être servi dans sa langue partout au Canada et pour les fonctionnaires de travailler en français.

Progrès il y a eu, mais pas au point d’instituer l’égalité de statut des deux langues.

  • Le poids de l’anglais est tel qu’il a freiné les progrès.
  • Tous les commissaires aux langues officielles l’ont successivement constaté. Et tous ont déploré leur incapacité à imposer des correctifs.

Le gouvernement Trudeau, avec son nouveau projet de loi, ouvre les yeux sur une réalité qu’il ne voulait voir jusque-là.

Le coup de barre est remarquable.

Mélanie Joly s’inspire de la loi 101, tant honnie à Ottawa, pour accorder aux francophones le droit de travailler en français dans les entreprises de juridiction fédérale dans les territoires où ils sont majoritaires.

Et, virage majeur – tout symbolique s’il soit –, le projet de loi reconnaît que le français est la seule langue officielle du Québec.

Trudeau fils s’éloigne ainsi de Trudeau père, dont la doctrine sur l’égalité accordée aux deux langues était sacro-sainte.

  • Il introduit une asymétrie adaptée à la réalité différenciée des deux groupes linguistiques.

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Ce projet de loi n’est pour le moment qu’un projet.

Présenté à la veille du déclenchement probable d’élections à la fin de l’été, les partis d’opposition y voient un clientélisme électoraliste patent.

Des nuances s’imposent.

L’intention de modifier la Loi sur les langues officielles était connue depuis un an. Elle s’appuyait sur l’existence au Québec d’un fort consensus sur le déclin du français.

Ne pas réagir aurait été dangereux.

Justin Trudeau sait qu’il doit son statut de gouvernement minoritaire aux francophones du Québec qui, en octobre 2019, se sont tournés vers le Bloc québécois.


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Électoraliste ce virage libéral?

Sans doute, mais tout à fait normal pour un parti qui se doit d’être en phase avec l’électorat.

Suivre les électeurs, c’est aussi ce qu’ont fait cette semaine le Parti conservateur et le NPD en votant, avec les libéraux, la motion du Bloc qui reconnait au Québec le droit de modifier sa constitution pour y affirmer que le français est la langue officielle du Québec.

Cela témoigne que le Québec détient la clé de la prochaine élection.

Il restera, ensuite, à tenir parole.

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Langues officielles: Ottawa prévoit d’imposer les mêmes obligations aux entreprises que Québec

Publié le 15 juin 2021
Langues officielles: Ottawa prévoit d’imposer les mêmes obligations aux entreprises que Québec

La ministre du Développement économique et des Langues officielles Mélanie Joly (Source: Wikimedia)

  • La réforme de la Loi sur les langues officielles, déposée hier à la Chambre des communes, prévoit d’entériner que le français est la langue officielle du Québec, et de protéger le français au sein des entreprises de compétence fédérale.
  • À une semaine de la fin de la session parlementaire, la ministre des Langues officielles Mélanie Joly a dû justifier un dépôt si tardif du projet, qui avait été annoncé en février. Si des élections fédérales sont déclenchées cet été, le projet de loi passerait à l’as. 

Le projet de loi C-32 propose:

  • d’aider les provinces à offrir des parcours scolaires complets dans les deux langues officielles partout au pays;
  • d’imposer le bilinguisme aux juges des tribunaux fédéraux, y compris ceux de la Cour suprême du Canada; et
  • de renforcer les pouvoirs du commissaire aux langues officielles: il pourrait désormais recevoir des plaintes sur la langue de service et la langue de travail des employés des entreprises privées de compétence fédérale au Québec. 

La surprise: cette réforme prévoit – comme le projet de loi 96, avec lequel Québec souhaite modifier la Charte de la langue française – de protéger le français dans les entreprises privées de compétence fédérale.

Au Québec, le gouvernement Trudeau veut également accorder:

  • aux employés des entreprises fédérales de plus de 25 employés, le droit d’être supervisés en français; et 
  • aux consommateurs, le droit d’être servis en français.

Les entreprises choisiront entre la Loi 101 et la loi fédérale, a indiqué Mélanie Joly.

  • Ottawa croit que cette protection du français dans les entreprises est compatible avec le projet de loi de Québec.
  • Les entreprises qui se sont déjà volontairement soumises à la loi 101 pourront continuer à le faire, dit la ministre, et les autres devront se soumettre au système fédéral qui prévoirait désormais les mêmes règles que la Charte québécoise.
Johanna Sabys
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Le gouvernement Trudeau dépose son projet de loi sur les Langues officielles

Publié le 15 juin 2021
Le gouvernement Trudeau dépose son projet de loi sur les Langues officielles

La ministre du Développement économique et des Langues officielles Mélanie Joly (Source: Wikimedia)

  • La ministre des Langues officielles Mélanie Joly présente aujourd’hui un projet de loi qui doit moderniser la Loi sur les langues officielles. Tout indique que le gouvernement fédéral a l’intention de reconnaître, dans ce projet, que le français est la langue officielle du Québec.
  • Le Bloc québécois se moquait hier en Chambre que le gouvernement s’apprête à le faire avec «un demi‑siècle de retard». Il s’agirait cependant d’un changement de cap pour le Parti libéral du Canada, qui a longtemps défendu le principe du bilinguisme d’un océan à l’autre.

Langues officielles: le nombre de plaintes a bondi pendant la pandémie

Publié le 1er juin 2021
  • Selon le Commissariat aux langues officielles, la crise sanitaire a fait ressortir plusieurs lacunes au sein des institutions fédérales: une partie du personnel est incapable de servir les clients et de superviser des subalternes dans la langue officielle de leur choix.
  • Dans son rapport annuel publié hier, le Commissariat pointe une hausse des plaintes de 37% en un an, dont la majorité proviennent de la région d’Ottawa. Ces plaintes concernent les exigences linguistiques des postes, la communication avec le public, et les services gouvernementaux. 

Tendances MÉDIAS

Émoji: assiste-t-on à l’émergence d’une langue universelle?

Publié le 28 mai 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Émoji: assiste-t-on à l’émergence d’une langue universelle?

[photo: Domingo Alvarez E | Unsplash]

  • Mercredi dernier, les députés de l’Assemblée nationale ont adopté à l’unanimité une motion, présentée par le Parti québécois, afin que le drapeau du Québec soit ajouté à la banque d’émojis.
  • Ce serait une façon de s’assurer que le Québec soit représenté dans cette collection de hiéroglyphes modernes qui contribue, 😕, à l’appauvrissement des langues locales… dont le français.

Le gouvernement du Québec ira donc plaider auprès du consortium Unicode, l’organisation sans but lucratif qui gère le standard Unicode (dont les émojis), afin que l’émoji drapeau du Québec soit créé, et ce, ⏩ «dans les plus bref délais» ⏩.

D’autres nations ou territoires qui ne sont pas des pays souverains, comme l’Écosse et le Texas, ont déjà leurs émojis. Pourquoi pas le Québec?

Tant qu’à y être, on devrait profiter de l’occasion pour suggérer d’autres émojis qui manquent cruellement à nos conversations en ligne: l’émoji poutine, l’émoji sirop d’érable et l’émoji cône orange. Ce serait vraiment 🤩.

Depuis la création des 176 premiers émojis en 1999, leur nombre a été multiplié par vingt. Aujourd’hui, il est possible de puiser dans une banque de 3353 pictogrammes pour ponctuer nos conversations en ligne.

À sa dernière mise à jour en septembre dernier (la version 13.1), la «langue émoji» s’est enrichie de 117 nouveaux petits dessins, la plupart afin d’inclure les couples gais, mixtes ou les différentes identités de genres.

En raison de la pandémie de 😷, la prochaine mise à jour de la banque d’émojis par le consortium Unicode (la version 14.0) a été repoussée. La période pour proposer de nouveaux émojis est ouverte depuis le 15 avril, et les propositions seront acceptées jusqu’au 31 août.

Au terme d’un laborieux processus de sélection, c’est en janvier 2022 que nous pourrions donc avoir la possibilité d’envoyer un drapeau du Québec par texto à nos amis.


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L’émergence d’une langue mondiale:

Plus de 90% des utilisateurs de médias sociaux auraient aujourd’hui recours aux émojis; plus de 5 milliards seraient échangés chaque jour.

Ces hiéroglyphes du XXIe siècle s’imposent de plus en plus comme une forme de communication universelle. Du Japon au Togo, tout le monde comprend 😀.

Les émojis nous permettent de gagner en efficacité (pourquoi perdre de précieuses secondes de sa vie à écrire «Je suis en train de faire du vélo» quand on peut écrire 🚴?), mais nous permettent surtout d’ajouter des émotions à nos courriels sans avoir à manier la prose comme Victor Hugo (un sarcasme accompagné d’un 😉 évitera les malentendus).

La langue émoji a même ses métaphores: qui aurait cru qu’une simple aubergine 🍆 aurait un jour une connotation «18 ans et plus»?


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L’émoji n’est pas (pour l’instant) une langue très riche. J’ai lu des histoires classiques pour enfants traduites en émojis, et franchement, même si on dit qu’une image vaut mille mots, on perd quand même certaines nuances…

Il n’en demeure pas moins que les émojis occupent une place grandissante dans nos conversations. Or, chaque fois qu’un émoji est appelé en renfort, c’est un mot de notre langue locale qui reste sur le banc. Et les mots qu’on ne se donne plus la peine d’utiliser finissent par disparaître.⚰️

Ce n’est pas encore un enjeu, mais imaginons le monde dans 20, 30 ou 50 ans. Si l’on continue à remplacer la langue écrite par des pictogrammes, j’ose à peine imaginer quel genre de français on parlera au Québec.

Heureusement, on aura peut-être un fleurdelysé émoji à agiter le 24 juin 😉.

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