GAFAM+

Pourquoi les grandes entreprises technologiques du GAFAM+ – Alphabet (Google), Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, etc. –  dominent autant l’économie que notre travail et notre vie quotidienne, et comment les gouvernements, les consommateurs et les citoyens cherchent à limiter leur emprise (voir aussi Applications, Infonuagique, Intelligence artificielle, Technos québécoises, Vie privée)

Netflix, maisons vides et véhicules de luxe: quelques nouvelles taxes prévues dans le budget

Publié avant-hier
Netflix, maisons vides et véhicules de luxe: quelques nouvelles taxes prévues dans le budget

[photo: Lynn Vdbr | Unsplash]

  • À côté des programmes de dépenses, le budget prévoit la création de nouvelles taxes spécialisées.
  • Netflix, les acheteurs de voitures et de bateaux de luxe, et les propriétaires étrangers de biens immobiliers au Canada sont parmi les cibles visées par ces changements à la fiscalité.

Les acheteurs d’une auto ou d’un avion valant plus de 100 000 $ et les acheteurs d’un bateau valant plus de 250 000 $ seront soumis à une nouvelle taxe de vente.

  • Ils devront payer le montant le plus bas entre 20% de l’excédent par rapport à 100 000$ ou 250 000 $, et 10% de la valeur totale du véhicule.
  • Ottawa estime que cela générera 600 millions $ sur cinq ans en recettes fiscales.

Netflix devra désormais payer au Canada des impôts en rapport avec la diffusion de ses contenus.

  • À défaut d’une entente avec les gouvernements des autres pays qui prévoirait un mécanisme fiscal commun, Ottawa imposerait un impôt de 3% sur les revenus canadiens de services et de contenus numériques fournis par des entreprises étrangères qui ont chiffre d’affaires global supérieur à 750 millions d’euros, soit environ 1,1 milliard $.
  • Ottawa calcule que cela lui rapporterait 3,4 milliards $ sur cinq ans.

Les propriétaires étrangers d’une résidence au Canada qui reste inoccupée pendant au moins un an seraient soumis à une taxe spéciale.

  • À partir de 2022, ils devraient payer chaque année 1% de la valeur de leur résidence.
  • Ottawa espère percevoir avec cette taxe 700 millions $ sur quatre ans.
Patrick Pierra
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Facebook investit l’audio, avec une série de nouveaux produits intégrés à ses applications actuelles

Publié avant-hier
Facebook investit l’audio, avec une série de nouveaux produits intégrés à ses applications actuelles

[image: Facebook]

  • Les usagers des applications Facebook et Messenger devraient, cet été, pouvoir y tenir entre eux des conversations orales de groupe.
  • Facebook veut aussi intégrer l’écoute et la promotion de balados, et même l’écoute de musique en continu, grâce à un partenariat avec Spotify. Et l’application veut lancer un nouveau format de clips sonores faciles à partager.

L’engouement récent pour l’application sociale de conversation vocale Clubhouse n’a pas échappé à Mark Zuckerberg.

«Nous croyons que l’audio va, bien sûr, aussi devenir un média de première classe», a expliqué lundi le patron de Facebook, dans le cadre de l’annonce d’une série d’outils et de fonctionnalités qui devraient s’ajouter aux applications Facebook et Messenger au cours des prochains mois.

Intégration des balados et de la musique

  • L’application Facebook, qu’elle soit ouverte ou en arrière-plan, permettra d’écouter des balados.
  • Facebook suggèrera des balados et des épisodes à ses usagers en fonction de leurs intérêts, et leur permettra ensuite de commenter ces balados et de les recommander à leurs amis.
  • Grâce à un partenariat avec Spotify, Facebook permettra également l’écoute de musique dans sa propre application.

Live Audio Rooms

  • Facebook va créer des salles de conversation audio, dont le concept évoque directement celles de Clubhouse.
  • Dans un premier temps, ces salles seront testées dans les groupes Facebook et avec quelques vedettes.
  • Elles devraient ensuite, cet été, devenir disponibles à l’ensemble des usagers de Facebook et de Messenger.

Soundbites

  • Facebook veut créer un nouveau format de clips sonores de courte durée. Elle voit ce format comme un nouveau moyen d’expression qui sera intégré au fil de nouvelles des usagers de Facebook.
  • Ces clips pourront être extraits des conversations des Live Audit Rooms, puis édités sur mesure.
  • Facebook va commencer par payer des créateurs pour expérimenter ce nouveau format Soundbites, avant de le rendre ensuite disponible plus largement.
Patrick Pierra
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Une nouvelle extension pour navigateurs web montre à quel point la dépendance de l’Internet envers les GAFAM est énorme

Publié le 24 fév 2021
Une nouvelle extension pour navigateurs web montre à quel point la dépendance de l’Internet envers les GAFAM est énorme

(Source: Big Tech Detective)

  • Appelée Big Tech Detective, l’extension pour les navigateurs Firefox et Chrome avertit les internautes si un site web qu’ils s’apprêtent à visiter utilise un des nombreux outils de mise en page, d’hébergement, d’analytique ou de publicité de Google, Facebook, Microsoft ou Amazon.
  • Constat: seule une infime portion des sites web n’a pas recours aux services de ces géants du web. C’est le message que fait passer l’Economic Security Project en créant cette extension: l’Internet, sur lequel repose en grande partie l’économie numérique, dépend beaucoup d’un petit nombre de très grandes multinationales.

Facebook s’entend avec le gouvernement australien sur une formule de partage du contenu des médias, et rebranche les médias australiens sur sa plateforme

Publié le 23 fév 2021
Facebook s’entend avec le gouvernement australien sur une formule de partage du contenu des médias, et rebranche les médias australiens sur sa plateforme

(Source: Unsplash)

  • L’entente prévoit que l’Australie va modifier un projet de loi: Facebook pourra négocier avec les médias de son choix une formule de redevances pour utiliser leur contenu. 
  • Mais l’entreprise n’aura pas à se soumettre au mécanisme d’arbitrage imposé par le gouvernement australien si ces négociations échouent.

Face à une version antérieure du projet de loi qui a fait l’objet des discussions, Facebook avait abruptement coupé les médias australiens de sa plateforme, les privant ainsi de beaucoup de trafic.

  • Ayant maintenant l’assurance que la loi sera modifiée, Facebook revient sur sa décision et dit qu’elle va réintégrer les médias australiens.

L’entente pourrait inspirer les autres gouvernements, comme ceux de l’Union européenne et du Canada, qui comptent prochainement imiter l’Australie pour protéger l’industrie des médias face aux géants numériques. 

Alain McKenna
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Comment le Canada pourrait pénaliser Facebook et Google pour les contenus des médias qu’ils partagent sur leurs plateformes

Publié le 9 fév 2021
Comment le Canada pourrait pénaliser Facebook et Google pour les contenus des médias qu’ils partagent sur leurs plateformes

(Source: Unsplash)

  • Le ministre fédéral du Patrimoine Steven Guilbeault a dit qu’il proposera sous peu un projet de loi qui forcera les géants du numérique à payer les médias pour le contenu qu’ils reproduisent sur leurs plateformes.
  • L’Australie a déjà adopté une loi de ce type. L’Europe envisage une autre solution: obliger les géants numériques à partager avec les médias les critères qu’ils utilisent pour choisir les contenus qu’ils montrent à leurs usagers.

Facebook et Google menacent de quitter l’Australie parce qu’elle leur impose, depuis la fin décembre, un cadre juridique qui les oblige à négocier un tarif avec les grands médias pour pouvoir partager leur contenu.

  • Si Google ou Facebook refusent de négocier, ils devront payer le montant le plus élevé entre 10 millions $, 10% de leur chiffre d’affaires en Australie, et trois fois les revenus générés par le contenu partagé.
  • S’ils acceptent de négocier, mais ne parviennent pas à s’entendre avec les médias, un arbitre indépendant tranchera et fixera le montant de la redevance à verser aux médias.
  • De plus, ils doivent avertir les médias 14 jours d’avance s’ils modifient leurs algorithmes de sélection et de promotion de ce contenu.

L’approche européenne est différente: obliger plutôt les plateformes à partager avec les groupes médiatiques leurs critères de sélection des contenus qu’ils affichent sur leur plateforme.

C’est l’option qu’étudie actuellement la Commission européenne. Des élus européens ont confié au Financial Times qu’ils comptent ajouter des amendements en ce sens à la version révisée de la loi sur le droit d’auteur qui devrait entrer en vigueur en Europe en 2022.

  • Un argument pour cette approche est que les contenus promus par Google et Facebook permettent aux médias d’attirer des internautes sur leur propre site web, et ainsi de générer des revenus par la publicité ou par l’abonnement.
  • Google a dit trouver «équilibrée» cette approche et ne s’y opposera pas.

Le Canada choisira-t-il de régler le dossier en imitant l’Europe?

  • C’est ce qu’il a fait lorsqu’est venu le temps d’encadrer la collecte de données sur la vie privée.
  • D’ailleurs, jusqu’à tout récemment, le Canada et l’UE travaillaient ensemble, via l’OCDE, sur une solution conjointe au problème de la rémunération des contenus des médias par les géants technos.
Alain McKenna
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Google ne devrait pas rattraper de sitôt Microsoft et Amazon en tête du secteur des services infonuagiques

Publié le 4 fév 2021
Google ne devrait pas rattraper de sitôt Microsoft et Amazon en tête du secteur des services infonuagiques

(Source: Unsplash)

  • Google s’est fixé comme objectif de devenir le leader du marché mondial des services infonuagiques (cloud) d’ici 2023.
  • Actuellement, Amazon et Microsoft devancent Google en tête de cette industrie, et plusieurs analystes ne voient pas Google les surpasser au cours des deux prochaines années.

L’adoption des technologies numériques s’est accélérée avec la pandémie.

Google peut utiliser sa position de force dans la publicité en ligne et la mobilité en entreprise pour stimuler l’adoption de ses services en nuage. Cet avantage devrait l’aider à croître un peu plus vite que ses concurrents dans ce créneau.

Pour la première fois, Google a publié des données financières sur Google Cloud, la division infonuagique.

  • Elle a généré des revenus de 13 milliards $US en 2020, soit une hausse de 46% par rapport à 2019.
  • Malgré cette forte hausse, Google Cloud a terminé l’année avec un déficit de 5,6 milliards $US, alors qu’Amazon Web Services (AWS) et Microsoft Azure dégagent des profits.

Les activités infonuagiques de Google ne sont pas davantage profitables cette année. Google prévoit tripler le nombre d’employés de Google Cloud, ouvrir des centres de données un peu partout dans le monde, et investir dans le développement de nouveaux produits.

  • Cet investissement lui permet de signer de nouveaux clients importants. La semaine dernière, Ford a d’ailleurs annoncé qu’elle utiliserait Google Cloud pour l’ensemble de ses opérations mondiales.

Google gagnera des parts de marché dans l’infonuagique en 2021, mais pas assez pour rattraper ses deux rivaux.

  • Google Cloud ne représente encore qu’environ 5% du marché mondial des services infonuagiques.
  • Microsoft Azure détient environ 20% du marché.
  • Amazon Web Services (AWS) en possède 45%.

Le problème de Google est que la croissance du marché est aussi bénéfique pour ses concurrents. 

  • «Même si Google Cloud connaît un énorme succès, il lui sera impossible de rattraper les deux autres», écrit l’analyste américain John Dinsdale, de la firme américaine Synergy Research Group, dans une note aux investisseurs.
  • «Google devra se satisfaire d’une troisième place.»
Alain McKenna
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Les géants technos ont connu une année 2020 record

Publié le 3 fév 2021
Les géants technos ont connu une année 2020 record
  • Apple, Alphabet (Google), Amazon et Facebook ont tous généré des profits records en 2020. À eux quatre, ils ont vu leur bénéfice augmenter de 20% par rapport à 2019.
  • Le virage numérique dont on parle tant depuis un an en raison de la pandémie pourrait leur être tout aussi bénéfique en 2021.

Des profits combinés de 155 milliards $US: c’est ce qu’ont généré ensemble Apple, Alphabet, Amazon et Facebook l’an dernier.

  • Les deux années précédentes, en 2018 et 2019, leurs profits étaient plutôt d’environ 120 milliards $US.

Apple demeure la plus profitable de ces quatre sociétés technos américaines.

  • Elle a engrangé à elle seule un profit record d’un peu plus de 60 milliards $US en 2020.
  • Amazon et Facebook ont aussi augmenté leur profit l’an dernier, tandis que celui d’Alphabet est plutôt stable depuis trois ans.

Cela explique sans doute pourquoi Alphabet coupe, ces jours-ci, dans ses activités de jeu vidéo (Stadia), de réalité virtuelle (Insight VR) et d’accès à Internet par ballons (Loon).

  • Ces trois divisions étaient déficitaires.
  • Même les services infonuagiques de Google ne sont pas rentables: ils ont perdu 6 milliards $US, l’an dernier. C’est la première fois que Google publie des données financières spécifiques à cette division.

L’année 2021 sera au moins aussi bonne, sinon meilleure pour les technos, prévoient les analystes.

  • Partout dans le monde, les entreprises poursuivent leur virage vers l’infonuagique et la vente en ligne, deux créneaux dominés par Google, Amazon, Facebook et Microsoft.
  • De leur côté, les consommateurs sont plus friands que jamais de services numériques par abonnement. C’est positif pour des fournisseurs de contenu comme Netflix ou Disney, mais encore plus pour Apple qui vend, en plus du contenu, des appareils qui permettent d’y accéder.
Alain McKenna
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Ottawa veut imposer un code de conduite canadien aux géants du web

Publié le 1er fév 2021
Ottawa veut imposer un code de conduite canadien aux géants du web

Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine du Canada (photo Twitter)

  • Le gouvernement fédéral doit déposer d’ici la fin du mois un projet de loi qui vise à bannir les discours haineux en ligne. 
  • Selon le ministre du Patrimoine Steven Guilbeault, le gouvernement doit réglementer: c’est, dit-il, «excessivement problématique» de laisser les géants du web trancher sur ces questions.

Steven Guilbeault a dévoilé les grandes lignes de la future loi dans des entrevues au site The Logic à Toronto et à La Presse à Montréal.

La création d’un poste de régulateur chargé de surveiller les contenus en ligne sera l’un des points importants du projet.

  • Sa mission serait de traquer les discours haineux, les incitations à la violence et la pornographie juvénile.
  • Il pourrait mener des audits, obliger les sites à retirer certains contenus, et imposer des amendes de plusieurs millions de dollars aux entreprises.
  • La création de ce poste était l’une des recommandations faites la semaine dernière par la Commission canadienne de l’expression démocratique. 

Pour les utilisateurs, le gouvernement envisage un mécanisme d’appel pour les personnes dont le compte a été bloqué par un réseau social. 

  • Les décisions prises par les entreprises pourraient donc être contestées.
  • La définition d’un discours haineux ne serait plus laissée à l’appréciation des réseaux sociaux: elle serait tirée de l’arrêt Whatcott de la Cour suprême du Canada.
Johanna Sabys
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Les PDG d’Apple et de Facebook sont officiellement à couteaux tirés

Publié le 31 janv. 2021
Les PDG d’Apple et de Facebook sont officiellement à couteaux tirés

Le PDG d’Apple Tim Cook

  • Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a dit qu’Apple est son plus important concurrent. Zuckerberg ne digère pas les restrictions sur le partage des données d’utilisation qu’Apple a introduites dans les plus récentes mises à jour de ses produits: ces restrictions limitent grandement la technologie de ciblage publicitaire de Facebook.
  • En réaction, le PDG d’Apple Tim Cook a condamné le modèle d’affaires de Facebook. Dans une vidéo mise en ligne il y a quelques jours, il affirme que Facebook tente de générer des revenus en épiant les internautes au lieu de protéger leur vie privée, et provoque une polarisation de l’opinion publique, ce qui risque d’encourager la violence.

Tendances MÉDIAS

Radio-Canada: est-ce notre rempart contre les GAFA?

Publié le 22 janv. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Radio-Canada: est-ce notre rempart contre les GAFA?

[Photo: Jean Gagnon | Creative Commons]

  • Depuis le 18 janvier, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) tient des audiences virtuelles pour le renouvellement pour cinq ans des licences de CBC/Radio-Canada.
  • L’histoire qui se déroule sous nos yeux met en scène un diffuseur public pressé d’investir les plateformes numériques, un secteur privé qui préférerait tout le contraire, et un organisme réglementaire menotté par une Loi sur la radiodiffusion obsolète.

Ce que demande CBC/Radio-Canada:

Le diffuseur public souhaite avoir le droit de remplir une partie de ses conditions de licences sur des plateformes numériques plutôt qu’à la télé ou à la radio. Par exemple, Radio-Canada pourrait diffuser son «quota» de documentaires sur ICI Tou.tv plutôt qu’à ICI Télé le samedi à 22h30.

Cette demande est motivée par le désir de CBC/Radio-Canada de garder contact avec… la réalité.

  • Actuellement, environ 80% des francophones canadiens âgés de 18 à 34 ans sont abonnés à Netflix, rappelait au CRTC le vice-président du réseau français Michel Bissonnette.
  • «Si on ne veut pas perdre une génération, a-t-il ajouté. il est plus important que jamais de leur offrir une alternative francophone diversifiée et de qualité.»

L’ennui: tant que le projet de loi C-10 qui vise à modifier la Loi sur la radiodiffusion n’a pas été adopté, le CRTC n’a pas le pouvoir de réglementer le numérique.

En somme, le diffuseur public se considère de plus en plus comme une organisation médiatique qui doit «incarner le Canada» sur toutes les plateformes qu’utilisent les Canadiens, mais l’organisme chargé de le réglementer n’a pas encore les moyens de répondre à ces ambitions.

Pierre Karl Péladeau accuse CBC/Radio-Canada de «concurrence déloyale».

À en croire le patron de Québecor, alors que la télévision généraliste est en déclin en raison de la concurrence des géants américains du streaming, Radio-Canada devrait se concentrer sur son mandat de service public et laisser tomber ses activités commerciales, qui nuisent au secteur privé – dont Québecor.

Pourtant, le problème est ailleurs.

N’en déplaise à PKP, la vraie menace qui pèse sur l’industrie canadienne de la télévision, ce ne sont pas les 500 millions $ que CBC/Radio-Canada tire de ses activités commerciales et qui représenteraient une «concurrence déloyale» pour le secteur privé.

C’est une goutte d’eau dans l’océan.

La vraie menace, c’est le changement en profondeur des habitudes d’écoute des Canadiens depuis l’arrivée des Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video.

  • Les séries dramatiques locales et les émissions d’ici doivent maintenant rivaliser avec un flot ininterrompu de mégaproductions américaines déversé chaque semaine sur ces plateformes.
  • C’est District 31 avec Gildor Roy, contre The Mandalorian avec bébé Yoda.

En 2018, l’industrie de la télévision généraliste au Québec a encaissé des pertes d’exploitation de 3,2 millions $. Un record, selon Québecor, mais sans doute pas la dernière année dans le rouge: le public semble préférer bébé Yoda.

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Quelles sont les options?

Au Canada, quelle organisation médiatique a une force de frappe suffisante pour empêcher l’américanisation galopante de notre culture?

  • Bell Média? L’entreprise a lancé son service Crave, une alternative canadienne à Netflix. On y trouve bien des productions d’ici, mais elles sont noyées dans une mer de sitcoms américaines (Friends) et de séries de HBO.
  • Québecor? Une mouche à côté des géants américains. Dans les réunions chez Netflix, on ne doit pas trembler fort devant la menace que représente Club illico.
  • CBC/Radio-Canada? Même si le CRTC lui donnait les coudées franches pour investir les plateformes numériques, le diffuseur public aurait du mal à inverser la tendance de fond.

Par contre, pour protéger la culture d’ici – ce qui est réellement l’enjeu –, CBC/Radio-Canada est sans doute notre meilleure option.

Le diffuseur public l’a d’ailleurs démontré depuis 10 ans avec ICI Tou.tv, une plateforme de diffusion en continu qui fédère des contenus canadiens et internationaux de qualité provenant de CBC/Radio-Canada, mais aussi d’autres chaînes (TV5, UNIS.TV, Télé-Québec, l’ONF).

Il manquerait les contenus de TVA dans cette plateforme pour en faire un incontournable au Québec. Tou.tv pourrait peut-être même avoir une chance contre Netflix.

L’époque des chicanes de plates-bandes est révolue.

Quand j’entends les guéguerres entre PKP et Radio-Canada, j’ai l’impression d’assister aux sempiternelles querelles à propos d’un poisson pas frais entre le forgeron et le poissonnier dans Astérix.

Pendant ce temps, César poursuit l’expansion de son empire.

Seule différence: au Québec, nous n’avons pas de potion magique pour tenir les envahisseurs à distance. Notre seule option? Nous serrer les coudes.

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Tendances MÉDIAS

Est-il temps de décentraliser les médias sociaux?

Publié le 15 janv. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Est-il temps de décentraliser les médias sociaux?

(photo: Ravi Sharma | Unsplash)

  • Nous vivons dans un monde où des sociétés privées s’octroient le droit de couper le sifflet au président des États-Unis. Bien sûr, dans ce monde, ces sociétés privées gèrent des plateformes devenues des espaces de communication incontournables, et le président des États-Unis s’appelle Donald Trump.
  • Il n’empêche, l’effacement de Trump des grands médias sociaux ouvre une véritable boîte de Pandore: si Twitter ou Facebook peuvent museler un président des États-Unis, leur toute-puissance devrait-elle commencer à nous inquiéter?

La goutte qui a fait déborder le vase, c’est l’assaut contre le Capitole.

Accusé d’avoir encouragé la foule à envahir le Capitole, le 6 janvier, Donald Trump a commis une bourde de trop.

À quelques jours de la fin de son mandat, le voilà sous le coup d’une deuxième procédure de destitution, ses plus fidèles collaborateurs lui tournent le dos, même l’association des golfeurs professionnels ne veut plus organiser son championnat sur son terrain de golf.

La réaction des éditeurs de médias sociaux ne s’est pas fait attendre.

  • Le 8 janvier, Twitter a suspendu le compte @realDonaldTrump, privant ainsi des tweets enragés du président quelque 88 millions d’abonnés.
  • D’autres médias sociaux et sociétés web ont suivi: Facebook, Instagram, TikTok, Shopify, Snapchat, YouTube, Twitch et même Pinterest ont tous, d’une façon ou d’une autre, suspendu ou limité la portée des propos du président.

Cette situation sans précédent soulève des questions fondamentales.

  • Est-il souhaitable que des patrons d’entreprises technos continuent de décider de ce qui peut être dit ou pas, en particulier par des élus (fut-il Donald Trump)?

La situation remet à l’avant-scène une idée qui fait tranquillement son chemin: en raison du rôle central que jouent les médias sociaux dans la circulation des idées, il est temps de repenser le concept initial.

Vers des médias sociaux décentralisés:

Plusieurs investisseurs en capital de risque de renom contactés par Business Insider croient que l’effacement de Trump par les médias sociaux était une mauvaise idée, qui prouve que les géants du Web sont devenus trop puissants.

Fred Wilson, un investisseur de la première heure dans Twitter, a même déclaré qu’il était «fantastique que les mensonges, la haine et les propos odieux de l’actuel président des États-Unis ne soient plus accessibles sur Twitter, […] mais il est problématique que Twitter ait autant de pouvoir.»

Certains de ces investisseurs s’intéressent de plus en plus aux jeunes pousses qui proposent des moyens de décentraliser les médias sociaux.

De quelle façon? En créant une infrastructure de communication qui ne serait pas contrôlée par une seule entreprise.

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Une solution inspirée du courriel

Des médias sociaux décentralisés pourraient fonctionner à la manière du courriel.

Depuis toujours, pour envoyer un courriel, il n’est pas obligatoire d’utiliser Gmail ou Outlook.

  • Ce ne sont que des applications pour créer et partager des courriels.
  • Et l’application Gmail, par exemple, a une façon de traiter les polluriels (spam), qui n’est pas exactement la même que celle d’Outlook.

Dans cet esprit, si les messages partagés sur les médias sociaux (les tweets ou les statuts Facebook) étaient traités comme un protocole de communication semblable au courriel, l’application Twitter ne servirait qu’à lire ou écrire des messages sociaux… et Twitter pourrait décider de restreindre les messages d’un président récalcitrant sans nécessairement lui retirer, en quelque sorte, sa liberté d’expression.

En somme, si les médias sociaux étaient décentralisés, Donald Trump pourrait toujours communiquer, et ses fidèles n’auraient qu’à lire ses messages sur une autre plateforme sociale.

Sur son blogue, Fred Wilson est catégorique: «C’est ainsi que les médias sociaux devraient fonctionner, et il est grand temps que nous nous y mettions.»

Qui sait, dans l’histoire, on reconnaîtra peut-être l’épisode de la semaine dernière comme l’élément déclencheur d’une vaste réingénierie des médias sociaux…

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Après Google et Apple, Amazon suspend le compte du réseau social Parler

Publié le 10 janv. 2021
  • À partir d’aujourd’hui, Amazon cesse d’héberger dans son service infonuagique les données du réseau social Parler, ce qui devrait l’empêcher de fonctionner pendant au moins quelques jours.
  • À la suite de la prise d’assaut du Capitole, le réseau social Parler, prisé par les partisans de Donald Trump, a été accusé de relayer des appels à la violence. Google et Apple l’ont déjà retiré de leur boutique de téléchargement d’applications.