Steve Proulx

Steve Proulx

Chroniqueur médias à InfoBref

Il s’est fait connaître comme chroniqueur médias à Voir. Il a également été rédacteur en chef d’Urbania et du magazine des journalistes Le Trente, et il a signé plusieurs romans. Il préside 37e AVENUE, L’agence de contenu, édite le site consacré aux médias numériques Les écrans et anime son balado mensuel. Chaque samedi, il signe dans InfoBref la chronique Tendances médias. Pour la recevoir par courriel, abonnez-vous gratuitement en cliquant sur le bouton bleu INFOLETTRES en haut à droite. (Les opinions de notre chroniqueur sont les siennes, pas celles d'InfoBref.)

Tendances MÉDIAS

Les médias sociaux ne remplacent pas les relations humaines

Publié le 7 mai 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Les médias sociaux ne remplacent pas les relations humaines

[photo: Freepik]

  • Si un peu plus d’une année de télétravail / confinement / distanciation ne vous l’a pas encore démontré: non, les médias sociaux ne peuvent pas remplacer les vraies interactions humaines.
  • Selon une récente étude de la Michigan State University, la recherche de «récompenses sociales» en ligne pourrait même induire des symptômes comparables aux troubles liés à la toxicomanie.

Ce que dit la recherche:

Les auteurs de cette étude, publiée dans la revue Addictive Behaviors, ont interrogé 400 étudiants universitaires pour connaître le degré de soutien social dont ils bénéficient dans la vie réelle et dans les médias sociaux.

Ils ont observé que les interactions dans les médias sociaux n’avaient pas d’impact négatif global sur la santé mentale, pas plus qu’elles n’avaient d’impact positif.

Ils ont aussi constaté que seul un soutien social réel, hors des médias sociaux, était lié à une meilleure santé mentale en général.

Conclusion: si vous cherchez du soutien moral, si vous traversez des difficultés ou des frustrations et que vous avez besoin d’en parler, mieux vaut le faire en personne (avec un masque).

Une dépendance qui n’en est pas (encore) une:

Les chercheurs rappellent que la dépendance aux médias sociaux n’est pas une dépendance reconnue au même titre que la toxicomanie, par exemple.

Par contre, ils ont remarqué d’inquiétantes similitudes entre les symptômes d’une personne toxicomane et ceux d’une personne qui fait une utilisation excessive des médias sociaux.

  • Celle-ci risque de s’isoler, de chercher constamment une «récompense» dans ses interactions sur les médias sociaux, au point de négliger les relations humaines authentiques.

Tout ceci pourrait mener à une dégradation de la santé mentale.


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La fatigue numérique s’installe:

Ces derniers temps, on sent éclore une certaine écœurantite aiguë d’une partie de la population envers les médias sociaux et les plateformes en ligne.

Le mirage d’une société capable de s’épanouir en toute sécurité en recourant aux outils numériques est en train de se dissiper.

  • Le temps passé en vidéoconférence épuise le corps et l’esprit, un syndrome qu’on a vérifié et baptisé la «Zoom fatigue».
  • S’informer par le biais des médias sociaux permettrait aux fausses informations concernant la Covid-19 de marquer les esprits, selon une étude de l’Université McGill. Ce serait même un danger pour la santé publique.
  • Les médias sociaux font ressortir le pire de l’humain en permettant aux discours racistes, sexistes ou haineux de s’exprimer dans le confort de son foyer.

Chaque semaine :

  • des personnalités prennent une pause des médias sociaux pour fuir les conversations toxiques;
  • des gens sont victimes de microagressions sur Facebook;
  • des études se penchent sur l’estime de soi déclinante des ados à l’ère d’Instagram.

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Les médias transforment les sociétés, c’est un fait.

La télé commerciale a contribué à faire de nous des consommateurs d’abord, des citoyens ensuite.

Son attrait nous a rendus plus sédentaires, moins «sorteux», plus isolés. Des patates de sofa.

J’ignore comment les médias sociaux transformeront durablement nos sociétés.

Mais à voir comment les choses évoluent, j’ai beaucoup de mal à penser que «ça va bien aller»…

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Tendances MÉDIAS

Comment ennuyer tout le monde sur LinkedIn

Publié le 30 avr. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Comment ennuyer tout le monde sur LinkedIn

(photo: Unsplash)

  • Le réseau social professionnel LinkedIn a beau exister depuis près de 20 ans, il demeure assez mal compris par beaucoup d’utilisateurs.
  • Il y a pourtant des façons de faire des affaires grâce à LinkedIn, en commençant par arrêter de vouloir se vendre à tout prix.

Si vous êtes comme moi, votre fil de nouvelles sur LinkedIn est sans doute surchargé de publications promotionnelles ou autocongratulatoires partagées par les membres de votre réseau. LinkedIn n’est-il qu’un réseau destiné à offrir une vitrine à ceux qui ont quelque chose à vendre?

Pas du tout. Et pour éviter d’être le prochain qui ennuiera tout le monde avec son pitch de vente, voici ce qu’il ne faut plus faire:

Considérer LinkedIn comme une plate-forme pour trouver des clients:

Il n’y a rien de mal à utiliser LinkedIn pour trouver de nouveaux clients. Rappelons cependant que LinkedIn n’est pas un réseau pour vendre sa salade, c’est un réseau social.

Meilleure pratique — Utilisez LinkedIn pour identifier des décideurs ou des prospects, puis chercher à développer avec eux une relation organique… ailleurs que sur LinkedIn!

Confondre «marque personnelle» et «autopromotion»:

Les experts du réseautage reconnaissent tous l’importance de développer sa marque personnelle (personal branding). C’est un art que plusieurs personnes confondent, hélas, avec l’autopromotion.

Meilleure pratique — Comme l’écrivait Dale Carnegie dans son célèbre livre Comment se faire des amis: «Oubliez votre propre intérêt et concentrez-vous sur l’intérêt de votre interlocuteur.» En d’autres mots, cessez d’exposer votre petit nombril, intéressez-vous en priorité au nombril des autres.

Promouvoir ses bons coups, encore et encore:

Vous venez de décrocher un nouvel emploi, vous avez collaboré à un projet emballant, votre entreprise a remporté tel prix? Il est tout à fait permis de partager ses accomplissements sur LinkedIn… mais montrez aussi que vous avez autre chose à dire!

Meilleure pratique — Partagez régulièrement des publications qui montrent que vous êtes à l’affût de ce qui bouge dans votre secteur ou dans votre niche. Posez des questions sincères à votre réseau, lancez des conversations. En bref, cherchez à communiquer sur LinkedIn autre chose que: «J’ai fait ceci, c’est beau, hein?»

Ajouter des «étrangers» à son réseau:

Par «étranger», je me réfère au fameux entonnoir de ventes. Les personnes qui ne vous connaissent pas, qui ne connaissent pas votre entreprise ou ce que vous avez à offrir se situent à l’embouchure la plus large de l’entonnoir. Ce sont des étrangers. Les inviter à rejoindre votre réseau LinkedIn, c’est l’équivalent de se planter sur le coin d’une rue et de distribuer sa carte professionnelle aux passants. Généralement, on offre sa carte professionnelle après une première conversation.

Meilleure pratique — Participez aux conversations, devenez un leader d’opinion dans votre domaine. Bientôt, c’est vous que les «étrangers» souhaiteront ajouter à leur réseau.

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Inviter dans votre réseau les personnes qui ont consulté votre profil:

LinkedIn a créé un monstre en indiquant aux utilisateurs qui a consulté leur profil. Si une personne que vous ne connaissez pas consulte votre profil, c’est sans doute que votre nom est apparu lors d’une recherche de mots-clés et que votre profil a suscité un intérêt, ou simplement de la curiosité. Or, inviter instantanément cet inconnu à rejoindre votre réseau, c’est un tantinet embarrassant. C’est un peu comme si vous vous arrêtiez devant la vitrine d’un magasin, et qu’un vendeur en sortait et se précipitait vers vous pour vous «aider». Non, merci.

Meilleure pratique — Cessez de consulter la section «Qui a consulté votre profil?»

En cette période où les 5 à 7 et les activités de réseautage sont suspendus, LinkedIn vous permet de maintenir votre réseau actif, de prendre des nouvelles de vos collègues, fournisseurs, clients, prospects.

Vendre sur LinkedIn? Pas vraiment.

S’enrichir sur LinkedIn? Au contact des autres… absolument!

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Tendances MÉDIAS

Votre guide pour regarder les Oscars ce dimanche

Publié le 23 avr. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Votre guide pour regarder les Oscars ce dimanche

[image: lesslemon | Adobe Stock]

  • Avec un peu de retard, la 93e cérémonie des Oscars aura finalement lieu ce dimanche. Et ce ne sera pas une «soirée Zoom»: il y aura de vraies vedettes qui remettront de vraies statuettes devant un vrai gratin d’Hollywood.
  • On s’attend tout de même à une cérémonie qui sera à l’image de l’année qui vient de s’écouler: inédite. À quoi ressemblera la fête du cinéma, version pandémie?

L’année des plateformes de diffusion:

J’en parlais dans une récente chronique, l’année 2021 a bien sûr été marquée par les mesures sanitaires et par la fermeture des salles de cinéma. De nombreuses sorties de films ont par conséquent été repoussées.

Du coup, pour avoir des films à honorer, l’Académie des Oscars a dû modifier ses critères d’éligibilité.

Alors qu’un film devait avoir été présenté exclusivement au cinéma pendant au moins sept jours pour entrer dans la course, on a permis cette année aux films distribués uniquement en ligne de concourir.

Pour la première fois, on retrouve donc une quantité record de films en nomination qui n’ont jamais vu l’ombre d’une salle de cinéma. Netflix a raflé 35 nominations, et Amazon, 18.

2021 sera peut-être l’année où un film distribué en streaming remportera pour la première fois l’Oscar du meilleur film.

À quoi ressemblera la soirée?

Une partie de la cérémonie se tiendra au Dolby Theater, comme d’habitude, mais le gros du spectacle se déroulera à la gare Union Station de Los Angeles, réputée pour son architecture art déco. La gare a d’ailleurs accueilli plusieurs tournages dans le passé (The Way We Were, Blade Runner, The Dark Knight Rises).

En raison des restrictions sanitaires, seuls les nommés, leurs invités et les stars qui présenteront des prix seront dans la salle. La production du gala a tenu à démontrer ces derniers jours les efforts qui ont été déployés pour garder tout ce beau monde en santé.

On verra des masques, dit-on. Ils joueront même un rôle important dans cette soirée qui promet néanmoins d’être chic.

En revanche, il n’y aura aucune possibilité de recevoir son prix par Zoom. C’est une bonne chose: personne ne souhaite voir Anthony Hopkins en découdre avec la caméra de son iPad pendant qu’il fait ses remerciements.

Pour la troisième année consécutive, il n’y aura pas de maître de cérémonie. Le producteur de la soirée, le réalisateur Steven Soderbergh, promet une soirée des Oscars plus proche d’un film que d’un spectacle télévisé: l’ensemble sera tourné en 24 images par seconde, au format 16:9, avec des plans de caméras propres au 7e art.

Ça promet.

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Au-delà de ces nouveautés, les Oscars se dérouleront sous le signe de la diversité:

  • C’est la première fois que deux acteurs d’origine asiatique sont en nomination pour l’Oscar du meilleur acteur, Steven Yeun et Riz Ahmed. Ahmed est aussi le premier acteur musulman à être en nomination pour ce prix.
  • Chloé Zhao (Nomadland) est la première femme d’origine chinoise en nomination pour la meilleure réalisation.
  • Pour la première fois, deux femmes sont en nomination dans la catégorie Meilleure réalisation.
  • L’actrice Yuh-Jung Youn (Minari) est la première actrice coréenne en nomination pour un rôle de soutien.
  • Viola Davis (Ma Rainey’s Black Bottom) est devenue l’actrice noire ayant reçu le plus de nominations aux Oscars (4 nominations).
L’actrice Viola Davis dans le film Ma Rainey’s Black Bottom [image: site de Netflix]

Hélas, encore cette année, aucun film canadien n’est parvenu à décrocher une place dans la catégorie Meilleur film international. Le film Rebelle de Kim Nguyen (2012) est le dernier à avoir reçu cet honneur.

Où regarder les Oscars?

La 93e cérémonie des Oscars sera présentée à CTV à 20h, à la télé ou en ligne.

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Tendances MÉDIAS

Radio X: la provocation comme modèle d’affaires

Publié le 16 avr. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Radio X: la provocation comme modèle d’affaires
  • La coalition Sortons les radios-poubelles de Québec demande que l’implication de Radio X soit considérée par le coroner dans son enquête sur la mort d’Étienne Desrochers-Jean, décédé de la Covid-19 à la suite de l’éclosion monstre au Méga Fitness Gym de Québec.
  • La raison: le récalcitrant propriétaire du gym, Dan Marino, a été plusieurs fois interviewé sur les ondes de Radio X, alors qu’il menaçait d’ouvrir son établissement malgré les restrictions sanitaires.

Aujourd’hui, même si le Méga Fitness Gym se défend d’avoir fait fi des règles sanitaires, on dénombre plus de 500 cas de Covid-19 liés au centre d’entraînement. Et un mort.

Du côté de Radio X, entraînée par la bande dans cette affaire, un soldat est déjà tombé. L’animateur Mike Tremblay a annoncé sa démission par Facebook Live mardi dernier. Il avait interviewé Dan Marino, et son nom a été mentionné par la coalition Sortons les radios-poubelles de Québec.

Pour lui, c’est «la goutte qui a fait déborder le vase» [détails dans un article du Soleil].

La station de Québec, abonnée aux scandales du genre, avait aussi fait l’objet d’une campagne de boycottage de plusieurs de ses annonceurs l’automne dernier, dont la Ville de Québec, qui l’accusait de «mettre en danger» la vie des citoyens en propageant de fausses informations sur la pandémie.

La provocation comme modèle d’affaires:

Malgré les critiques qu’elle essuie depuis plus de deux décennies, Radio X continue de rallier un large public dans la Capitale-Nationale. Pourquoi? Qu’est-ce que propose cette station qui séduit autant le public de Québec?

Le ton de Radio X est assez unique au Québec. Chaque jour, ça parle. Beaucoup. Ça parle de hockey, de chars, de cul et d’affaires drôles qui circulent dans les médias sociaux.

Le ton Radio X, c’est Les Boys à la radio. D’ailleurs, si on entend bien quelques voix féminines à l’antenne, on comprend assez rapidement que le public prioritaire de la station, c’est l’homme québécois pure laine «standard», le «vrai gars».

En semaine, les trois piliers de la station (Dominic Maurais, Jeff Fillion et Denis Gravel) distillent une idéologie de droite: moins de gouvernement, moins d’impôts, plus de libertés individuelles.

Ils encensent les idées conservatrices, puis font de la réclame pour un concessionnaire automobile local (il faut bien payer le loyer) avant de se plaindre des «maudits» journalistes de Radio-Canada.

Chaque jour, ces roitelets des ondes donnent à leur auditoire de nouvelles raisons d’être en «crisse» contre le système. Ils sont flanqués de leurs courtisans, des coanimateurs toujours prêts à opiner de la tête à chacune de leur déclaration.

Si vous cherchez des débats animés, ce n’est pas à Radio X que vous les trouverez.

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Radio X, c’est une bulle. D’une certaine manière, cette station qui fait la pluie et le beau temps à Québec a trouvé comment exciter les foules et polariser la population.

On accuse aujourd’hui les algorithmes des médias sociaux de créer des «bulles de filtres» en ne nous présentant que l’information qui nous conforte dans nos certitudes. Radio X exploite cette recette gagnante depuis longtemps.

Radio X suscite l’adhésion de son auditoire en ne présentant qu’un côté de la médaille, en refusant les débats d’idées, en se moquant de ses critiques et en misant sur le vécu et l’émotion pour faire passer la pilule.

Pourquoi seulement à Québec?

Le propriétaire de la station, RNC Media, a bien tenté d’imposer une radio de provocation à Montréal. En 2012, on transformait ainsi la station Couleur Jazz en Radio X Montréal.

Faute d’un public intéressé par la chose, l’aventure prendra fin après deux ans.

Ailleurs au Québec, aucune station de radio n’a tenté d’exploiter le filon manifestement lucratif de Radio X.

Pourquoi le modèle d’affaires de Radio X fonctionne-t-il à Québec, mais pas ailleurs?

Dans son essai Jeff Fillion et le malaise québécois (Liber, 2008), le journaliste Jean-François Cloutier avance que Radio X et Jeff Fillion ont contribué à «donner une identité et une raison d’habiter» à Québec.

Y a-t-il là une partie de la réponse? Dans une communauté homogène et rangée comme Québec, aurait-on besoin d’un grand frère malcommode pour se secouer les puces?

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Tendances MÉDIAS

Facebook a une sale réputation. Et après?

Publié le 9 avr. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Facebook a une sale réputation. Et après?

[photo: Christoph Scholz]

  • Il ne se passe pas une semaine sans qu’une tuile s’abatte sur la tête de Facebook. La dernière en date: le téléversement en ligne des données personnelles de 533 millions d’utilisateurs du réseau social.
  • Tous ces revers ont au moins une conséquence: la réputation du géant des réseaux sociaux en prend solidement pour son rhume.

Trump, Monsanto et… Facebook

En 2020, dans le palmarès Axios The Harris Poll 100, qui évalue la réputation des 100 entreprises les plus «visibles» aux États-Unis, Facebook glissait en 97e place.

Ce sondage annuel, mené auprès de 34 000 Américains, concluait donc que, dans l’opinion publique, Facebook est à peu près au même niveau que des entreprises assez peu fréquentables comme le géant des pesticides Monsanto, la Trump Organization et Juul Labs, un fabricant de cigarettes électroniques accusé d’avoir ciblé les jeunes dans ses publicités.

Facebook est en outre la seule entreprise des GAFAM à faire aussi partie de ce club des mal-aimés. En comparaison, dans le même palmarès, Amazon se classait en 3e place, Microsoft en 19e, Google en 24e, et Apple en 27e.

C’est en 2019 que la réputation de Facebook a piqué du nez de façon vertigineuse: elle est passée du 51au 94e rang.

Nous étions alors dans la foulée du scandale Cambridge Analytica, après avoir appris que cette firme britannique aurait utilisé les données de millions d’utilisateurs de Facebook pour influencer le résultat des présidentielles américaines de 2016 en faveur de Donald Trump.

L’année qui vient de s’écouler n’a pas non plus été de tout repos pour Facebook:

  • Campagne de boycottage de grands annonceurs après le meurtre de George Floyd;
  • Poursuite pour pratiques anticoncurrentielles par le gouvernement américain et 48 États américains;
  • Bras de fer avec l’Australie sur la question des redevances aux médias locaux pour la réutilisation de leurs contenus;
  • Démissions de cadres mécontents de la politique trop molle de Facebook en ce qui concerne les propos haineux.

À cela, il faut ajouter les critiques de plus en plus vives en ce qui a trait au rôle de Facebook dans l’explosion de la désinformation en ligne.

Ces derniers mois, en fait, on a surtout vu Mark Zuckerberg, le visage livide, passer plusieurs mauvais quarts d’heure à devoir défendre sa plateforme devant des représentants du Congrès américain.

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Est-ce si important, la réputation?

Facebook a donc un sérieux problème de réputation.

Mais, comme le dirait Yvon Deschamps, une réputation, «kossà donne»? Prenons en considération les faits suivants:

  • Le nombre d’utilisateurs actifs de Facebook est toujours en croissance (2,7 milliards d’utilisateurs au dernier trimestre de 2020).
  • Après avoir plongé au début de la pandémie, le cours de l’action de Facebook a repris du poil de la bête. Au moment d’écrire ces lignes, l’action FB valait 313 $US. C’est presque un sommet historique.
  • Les ventes publicitaires mondiales de Facebook ont atteint 84 milliards $US en 2020, une croissance de 21% par rapport à 2019.
  • Avec une fortune de 118 milliards $US, selon Bloomberg, Mark Zuckerberg a rejoint l’automne dernier le club sélect des personnes dont la fortune personnelle dépasse les 100 milliards $US. Le fondateur de Facebook est pratiquement deux fois plus riche qu’il y a un an.

En somme, la sale réputation que traîne Facebook depuis quelques années n’a eu aucun effet sur sa santé financière. Du moins, pour l’instant.

C’est peut-être pour de pareilles raisons qu’il n’est pas saugrenu de se demander: Facebook est-il devenu trop gros pour sombrer (too big to fail)?

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Tendances Médias

Jacynthe René et les occasions de se taire

Publié le 2 avr. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Jacynthe René et les occasions de se taire

[photo: Tout le monde en parle © Karine Dufour]

  • En nommant et en attaquant la crédibilité d’une journaliste lors de son passage à Tout le monde en parle dimanche dernier, Jacynthe René a usé du même stratagème que Donald Trump.
  • Malgré ses vertus, il semble que le sérum à la rose n’ait pas d’effet visible sur les égos surdimensionnés.

Une réputation en jeu:

Il y a deux semaines, Maison Jacynthe, l’entreprise de produits de beauté et de bien-être de la comédienne Jacynthe René, a été reconnue coupable par la Cour du Québec d’exercice illégal de la médecine.

La raison: deux vidéos diffusées en 2018 sur les bienfaits de l’irrigation du côlon, dans lesquels Mme René et le naturopathe Christian Limoges ont «agi de façon à donner lieu de croire qu’ils sont autorisés à faire un acte réservé aux médecins», selon la juge Nathalie Duchesneau.

Maison Jacynthe s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 62 500$.

Or, alors que tout dirigeant d’entreprise bien conseillé aurait accepté la décision de la cour et reconnu son erreur en espérant pouvoir passer rapidement à autre chose, Jacynthe René a mis de l’huile (essentielle) sur le feu.

Dans une vidéo live sur Facebook peu après le verdict, elle a tenu à «relativiser» l’affaire en soulignant que sur les 300 vidéos qu’elle a réalisés, seulement deux sont litigieuses.

Cet argument à deux sous me rappelle ce père de famille de 93 ans accusé d’inceste en 2010. Rappelons-nous, il s’était rendu célèbre en sortant du palais de justice et en déclarant devant les caméras de télévision qu’il n’avait jamais abusé de ses filles… sauf une fois au chalet.

C’est justement «la fois au chalet» qui compte.

  • Les juges ne font pas une moyenne des bons et des mauvais coups d’un accusé pour en arriver à un verdict.
  • Ils se concentrent sur les actes qui sont au cœur du litige. Dans le cas de Maison Jacynthe, deux vidéos en particulier.

Bref, ce jour-là, Jacynthe René a raté une première occasion de se taire.

Règlements de comptes à Tout le monde en parle:

Mme René en a rajouté une beurrée de karité vanillé lors de son passage à Tout le monde en parle le 28 mars dernier.

Devant Guy A. Lepage, elle s’en est prise en particulier à la journaliste Camille Lopez, n’hésitant pas à la nommer en se moquant de son «un an et demi» d’expérience (c’est faux) et en remettant en cause sa crédibilité.

Voir l’extrait vidéo de Tout le monde en parle (15 minutes)

En mars 2020, Camille Lopez, une journaliste respectée qui se spécialise dans la vérification des faits, publiait un article dans le site du magazine L’actualité à propos d’une publication que Jacynthe René a partagée auprès de ses quelque 100 000 abonnés à propos d’un «protocole naturel anticoronavirus» pour «mettre les chances de son côté».

L’article de Camille Lopez donne la parole à un infectiologue (qui n’a pas de petites crèmes à écouler) afin d’avoir un autre son de cloche.

Si vous prenez le temps de lire l’article, dites-moi si vous y voyez des «manigances» ou des propos «vicieux».

L’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ont vivement critiqué les propos de Jacynthe René.

«Ce n’est pas parce que la couverture journalistique d’un enjeu nous déplaît qu’elle est forcément mauvaise ou qu’elle manque de rigueur», a déclaré Marie-Ève Martel, vice-présidente de la FPJQ.

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La stratégie Trump:

Utiliser la vitrine que lui offre le talk-show le plus regardé au Québec pour casser du sucre sur le dos d’une journaliste inconnue qui a osé critiquer son travail, c’est exactement ce que faisait Donald Trump lorsqu’il était à la Maison-Blanche.

D’ailleurs, Jacynthe René et Donald Trump ont tous les deux acquis une notoriété grâce à la télé, ils sont tous les deux indissociables de leur entreprise, qui porte leur nom, et ils ont tous les deux des armées de fidèles qui leur mangent dans la main, quoi qu’ils disent.

Je ne dis pas que Jacynthe René est Donald Trump. Elle n’a tout de même pas dirigé la première puissance mondiale (et je la soupçonne de ne pas boire autant de Coke Diète que l’autre).

Il n’empêche, les deux ont à plusieurs reprises raté des occasions de se taire, et ça pourrait leur coûter cher.

En 2020, sur les 100 entreprises les plus «visibles» aux États-Unis, la Trump Organization occupe la 99e place au chapitre de la bonne réputation selon le palmarès Axios Harris Poll 100. La pente sera dure à remonter.

En matière de communications et de marketing, suivre la recette Donald Trump n’est peut-être pas la meilleure des stratégies…

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Tendances MÉDIAS

Comment Netflix uniformise la façon de raconter des histoires

Publié le 19 mars 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Comment Netflix uniformise la façon de raconter des histoires

[Image de la série Les tribus d’Europe. Crédit: Netflix]

  • Netflix avait écrit une page d’histoire l’an dernier en récoltant 24 nominations aux Oscars, un record. Le service de diffusion en continu fracasse cette année son record de l’an dernier avec 35 nominations, se propulsant ainsi loin devant les autres grands studios d’Hollywood.
  • Mais ce que Netflix change surtout, ces sont les histoires et la façon de les raconter.

Netflix et la course aux Oscars:

Oui, un vent de changement souffle sur Hollywood. En décrochant 35 nominations aux Oscars, dont 2 dans la catégorie du Meilleur film, Netflix s’impose comme la nouvelle superpuissance dans l’industrie du cinéma.

La conquête de Netflix est impressionnante. En 2014, la plateforme récoltait sa première nomination aux Oscars pour un documentaire sur la révolution égyptienne (The Square).

À peine sept ans plus tard, Netflix coiffe tous les autres grands studios au palmarès des nominations: plus du double des nominations décrochées par Amazon, son plus proche rival, et plus de quatre fois celles décrochées par Walt Disney et Warner Bros.

Bien entendu, la fermeture des cinémas pendant une bonne partie de 2020 a contribué à cette domination des plateformes numériques dans l’actuelle course aux Oscars.

Il n’empêche, le streaming en général et Netflix en particulier sont désormais aux premières loges du 7e art mondial. Et ce sera encore le cas après la pandémie.

Comme dirait l’autre: la game vient de changer.

Quel est l’impact de l’effet Netflix?

Les observateurs de l’industrie parlent depuis quelques années déjà de «l’effet Netflix», sans toutefois s’entendre sur une définition formelle du phénomène.

En ce qui me concerne, l’effet Netflix, c’est la mainmise d’une seule entreprise sur ce qu’on pourrait appeler la «culture mondialisée».

  • D’un côté, Netflix nous donne accès à des films et des séries provenant des quatre coins du monde: Allemagne, Corée du Sud, Russie, Turquie, France, Espagne, Afrique du Sud.
  • De l’autre, peu importe dans quel pays elles sont nées, les productions Netflix ont toutes un petit air américain.

Le film québécois Jusqu’au déclin, produit par Netflix et racontant le cauchemar d’un groupe de survivalistes, aurait pu avoir été tourné dans une forêt du Michigan avec des acteurs américains — sans changer une ligne au scénario.

La bagarre finale entre les deux protagonistes est d’ailleurs assez inédite dans le cinéma québécois; c’est toutefois la fin classique d’à peu près tous les films d’action américains depuis des décennies.

En fait, Jusqu’au déclin est un film américain tourné dans la langue de Félix Leclerc.

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J’ai regardé récemment la série allemande Les tribus d’Europe. Une série post-apocalyptique classique qui s’adonne à se dérouler quelque part en Allemagne. Une série américaine, tournée dans la langue de Goethe.

J’ai regardé le film sud-coréen #Alive. Une histoire de zombies à la Walking Dead, mais avec des acteurs locaux. Je n’ai strictement rien appris de la culture sud-coréenne, j’ai seulement regardé un autre film de zombies.

Voilà ce qu’est pour moi l’effet Netflix. Un rouleau compresseur culturel d’une ampleur inégalée. Une machine à planter des histoires américaines aux quatre coins du monde, en les faisant passer pour des productions «internationales»…

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Tendances MÉDIAS

Magazines: quand l’État subventionne la quantité plutôt que la qualité

Publié le 12 mars 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Magazines: quand l’État subventionne la quantité plutôt que la qualité

[photo: Adobe Stock]

  • Des médias se sont intéressés récemment à l’octroi par Patrimoine canadien en 2020 d’une subvention d’environ 450 000 $ au journal The Epoch Times, un organe de propagande anticommuniste et pro-Trump, qui relaie son lot de fausses nouvelles.
  • En vertu de quel mécanisme douteux une telle publication a-t-elle pu profiter de fonds publics? Son nom: le Fonds du Canada pour les périodiques, un programme d’aide fédéral souvent critiqué, mais heureusement en pleine refonte.

Un programme critiqué depuis longtemps:

Le Fonds du Canada pour les périodiques verse aux magazines et périodiques des subventions, notamment pour l’aide à l’édition. Le programme est doté d’une enveloppe globale de 74,3 millions $.

En 2019-2020, le volet Aide aux éditeurs du Fonds a ainsi soutenu pas moins de 403 magazines et 326 journaux à travers le pays.

Or, la grosseur du chèque n’a rien à voir avec la qualité de la publication.

Le critère de base, c’est le tirage de l’imprimé. Peu importe ce qu’il publie, tout magazine à fort tirage recevra un gros montant du Fonds.

Et chaque année, la liste des publications qui ont profité du Fonds fait sourciller.

Tenez, au Québec, le magazine francophone qui a reçu le plus gros chèque en 2020 est TV Hebdo, qui a reçu presque 2 millions $ si on inclut les montants reçus aussi par son petit frère, le magazine TV Hebdo téléromans, et les montants supplémentaires reçus en raison de la Covid-19.

TV Hebdo est publié par TVA Publications, qui commet aussi des magazines à potins (7 jours, La Semaine, Échos vedettes et Star Système). Ces magazines ont reçu au total 5,9 millions $ de fonds publics en 2020.

Tout ça, pour nous permettre de savoir comment nos vedettes ont profité de leur semaine de relâche ou pour se tenir au courant des dernières déclarations de Harry et Meghan.

Je ne dis pas que ces magazines n’ont pas le droit d’exister. Je ne suis pas en train d’avancer qu’il n’est pas utile de savoir qu’Anik Jean a changé de coiffure. Je m’interroge cependant sur la pertinence de faire pleuvoir sur ces publications des millions de dollars «de nos taxes».

Pendant ce temps, un magazine de haute qualité comme L’actualité a reçu en 2020 un chèque d’environ 1 million $ (incluant un montant «Covid-19» de 201 873 $). La moitié moins que ce qu’a reçu TV Hebdo.

Pensez-vous qu’un reportage de L’actualité coûte moitié moins cher qu’un article de TV Hebdo? Ça m’étonnerait énormément.

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Vers un soutien à la qualité:

Patrimoine canadien semble avoir enfin compris l’absurdité de son programme et a annoncé il y a un an une refonte du Fonds du Canada pour les périodiques. Il était temps.

Le premier grand changement concerne le fameux critère du tirage de l’imprimé. Dans la nouvelle mouture, le montant du chèque ne dépendra plus à 100% du nombre de copies, mais des investissements dans le contenu éditorial et journalistique (80%), et de la «capacité à rejoindre le lectorat» (20%).

Dès 2021-2022, les éditeurs de périodiques exclusivement numériques pourront aussi soumettre une demande au Fonds.

Ce que cela changera:

Le nouveau Fonds du Canada pour les périodiques entrera en vigueur progressivement. Le processus s’étalera sur cinq ans.

Ce déploiement progressif permettra aux magazines et périodiques du pays de se préparer à la transition.

Les gagnants de cette réforme risquent d’être les magazines de haute qualité qui investissent le plus dans leur contenu. Et c’est une très bonne nouvelle. Trop longtemps, les magazines à grand tirage et à faible valeur ajoutée se sont taillé la part du lion.

Enfin, l’État subventionnera la qualité plutôt que la quantité.

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Tendances MÉDIAS

Tout le monde en parle a fait son temps

Publié le 5 mars 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Tout le monde en parle a fait son temps

[image: Radio-Canada]

  • La démission médiatisée de Dany Turcotte en tant que «fou du roi» donne l’occasion de réfléchir à l’avenir du talk-show dominical de Radio-Canada.
  • Après 16 saisons, TLMEP rejoint encore autour d’un million de fidèles chaque semaine. Mais force est de constater que les belles années de la «grand-messe du dimanche» sont derrière elle.

La semaine dernière, le passage de Dany Turcotte sur le plateau de TLMEP pour venir expliquer les raisons de sa démission a permis à la production de revenir sur ses meilleurs moments par le biais d’un court montage d’extraits d’émissions passées.

J’ai été surpris par deux choses:

  • Tout le monde vieillit.
  • Ciel, qu’il y avait de l’action sur ce plateau, jadis!

Quand l’émission a débarqué sur nos ondes, les chroniqueurs télé veillaient tous jusqu’à tard les dimanches soir pour livrer leur compte-rendu pour le journal du lendemain. Le lundi, autour de la machine à café, c’était: «As-tu regardé Tout le monde en parle hier?»

Une semaine, Pauline Marois pouvait se retrouver à écouter les élucubrations de Raël, pendant que le caricaturiste Serge Chapleau, assis à côté, n’en revenait juste pas. Une autre, Claude Legault se faisait hypnotiser par Messmer. Il n’y a que sur le plateau de TLMEP qu’on pouvait retrouver à la fois la chroniqueuse politique Chantal Hébert, le duo d’humoristes Dominic et Martin, et Alice Cooper.

C’est simple, dans les premières années de TLMEP, on ne savait jamais à quoi s’attendre, quelle bombe allait être lâchée, quel invité allait pédaler dans le beurre, qui allait recevoir «la question qui tue».

C’était drôle, irrévérencieux, baveux, parfois touchant, souvent étonnant. J’ai adoré ces premières années.

Mais tout le monde vieillit.

Le concept est maintenant javellisé

TLMEP a fait l’objet de critiques depuis pratiquement le jour 1.

Bien sûr, avec un titre pareil, il faut s’attendre à ce que «tout le monde» ne se sente pas interpellé par le choix des sujets dont on parlera.

Et «tout le monde» a d’ailleurs déposé ses injonctions au fil du temps: trop d’humoristes, pas assez d’auteurs; trop de vedettes de la télé, pas assez de théâtre; trop de complaisance envers les politiciens, pas assez de «vraies» questions; trop de variétés, pas assez d’affaires publiques.

On s’est aussi vite rendu compte que le mordant d’un Laurent Baffie, le fou du roi dans la version originale de l’émission créée par Thierry Ardisson, ne ferait pas de vieux os au Québec. Ici, on n’aime pas ça, la chicane.

Dany Turcotte s’est d’ailleurs assagi avec les années, se contentant de ponctuer les entrevues de Guy A. de quelques points d’exclamation, ici et là. Sa principale marque de commerce — les «petites cartes» — a été abandonnée au début de l’actuelle saison.

La société aussi a changé. Les blagues piquantes ne sont plus tolérées. Tout le monde doit être gentil avec tout le monde, désormais.

Les têtes de Turc ne sont plus invitées, l’émission est devenue la plate-forme de toutes les causes sociales, un véhicule pour les artistes qui ont quelque chose à «ploguer» et un moyen pour les politiciens de paraître sympathiques.

En bref, depuis quelques années, Tout le monde en parle ne surprend plus.

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Qui plus est, en raison de la pandémie, l’émission est enregistrée sans public depuis les derniers mois. Bonjour, l’ambiance.

Elle est aussi en direct. Un autre accroc au concept original: avec un talk-show préenregistré et monté par la suite, on pouvait rapidement émonder les petites longueurs. Pierre Lapointe en avait d’ailleurs fait les frais à son premier passage – jamais diffusé.

Je me risque encore, certains dimanches, à m’y arrêter. Je reste rarement jusqu’à la fin. Je décroche.

Tout le monde en parle a «sauté le requin»

Aux États-Unis, l’expression jump the shark (sauter le requin) exprime le moment où une production télé atteint un sommet, après quoi elle ne fera que décliner.

L’expression vient d’un épisode de la sitcom Happy Days, alors que le personnage de Fonzie sautait par-dessus un requin en ski nautique [à regarder ici].

Avec le départ de Dany Turcotte, je pense que TLMEP a sauté le requin. Cette émission n’est plus ce qu’elle a été et elle ne deviendra jamais meilleure que ce qu’elle a déjà été.

J’ai hâte que les gens à Radio-Canada imaginent de nouvelles propositions pour combler nos dimanches soir.

Tout le monde en parle a fait son temps, il faut commencer à en parler.

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Tendances MÉDIAS

Facebook n’est plus su’a coche

Publié le 26 fév 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Facebook n’est plus su’a coche

(Photo Unsplash)

  • Alors que Facebook n’a pas encore atteint sa majorité – le réseau social a soufflé ses 17 bougies au début du mois –, beaucoup de jeunes l’auraient déjà relégué dans la catégorie des vieilles choses.
  • C’est un problème pour le vaisseau amiral de l’empire de Mark Zuckerberg. Bien des experts disent maintenant que le réseau social aurait franchi son point de bascule.

Menée par Diplomeo et publiée au début de février, la dernière étude sur l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes Français confirme une tendance que d’autres études ont relevée ces dernières années: les jeunes tournent le dos à Facebook.

La désaffection des jeunes Français de 16 à 25 ans est manifeste.

  • En 2017, 93% des répondants de cette tranche d’âge utilisaient Facebook.
  • Ils n’étaient plus que 54% en 2020.

Le désintérêt pour Facebook est encore plus marqué chez les jeunes de 16 à 18 ans: seulement 28% d’entre eux l’utilisent.

Facebook est aussi le réseau social le plus supprimé par les jeunes: 1 jeune sur 10 a «tiré la plogue» en 2020.

C’est Instagram, propriété de Facebook, qui trône en tête des réseaux sociaux les plus utilisés par les jeunes sondés par Diplomeo, avec 82% de taux d’utilisation. Snapchat décroche la deuxième place, avec 74%.

Un désamour qui grandit

Depuis déjà quelques années, des experts avancent que Facebook a atteint un point de bascule, que son déclin est inévitable.

Pour l’instant, la tendance ne semble pas avoir affecté son nombre total d’utilisateurs actifs, toujours en croissance: 2,8 milliards d’humains utiliseraient Facebook, selon les chiffres tirés des rapports trimestriels de la société.

[Graphique: Statista]

Cependant, ces utilisateurs «actifs»… le seraient de moins en moins.

Le rapport The Infinite Dial 2019 d’Edison Research avait déjà noté un déclin dans l’utilisation de Facebook entre 2017 et 2019 chez les adultes américains; un déclin d’ailleurs plus marqué chez les jeunes.

En fait, aux États-Unis, seuls les 55 et plus se sont fait aller le «J’aime» plus intensément pendant cette période.

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Les raisons invoquées:

Toujours selon le rapport d’Edison Research, la principale raison qui pousserait les adultes américains à se désintéresser de Facebook serait le trop grand nombre de commentaires personnels insignifiants. La tante qui publie une photo de son déjeuner, on en a soupé.

Les autres raisons concernent la surabondance de commentaires négatifs, les préoccupations en ce qui concerne la vie privée, l’attrait pour d’autres médias sociaux et le désir de préserver sa santé mentale.

Fait à noter: 47% des répondants ont invoqué que leurs amis ne publiaient plus tellement de statuts sur Facebook. C’est un cercle vicieux: moins de gens fréquentent Facebook parce que…. moins de gens fréquentent Facebook.

Chez les jeunes, qui s’entichent des médias sociaux axés sur les contenus éphémères (Snapchat, TikTok), une autre raison s’ajoute à la liste: Facebook est de plus en plus considéré pour eux comme «le média social de mes parents et de mes grands-parents».

Facebook n’est tout simplement plus su’a coche. C’est la vie.

Cela dit, quand les jeunes d’aujourd’hui deviendront parents à leur tour, parions que leurs enfants ne trouveront pas TikTok très cool non plus.

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Tendances MÉDIAS

Soyez célèbre auprès de 15 personnes: lancez votre balado!

Publié le 19 fév 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Soyez célèbre auprès de 15 personnes: lancez votre balado!

[Photo: @felipepelaquim | Unsplash]

  • La création de balados a connu en 2020 une croissance de 280%. Presque 900 000 nouveaux balados ont été lancés l’an dernier… soit un toutes les 2 minutes!
  • Cela démontre un réel engouement pour ce médium de la part des créateurs de contenu. Mais les auditeurs, eux, sont-ils aussi au rendez-vous? L’offre de balados dépasse-t-elle la demande?

Ce que la pandémie a fait pour la baladodiffusion:

Depuis 2018, Chartable compile des données concernant la baladodiffusion, à partir desquelles la firme parvient à mesurer l’engouement pour ce médium audio. Et les chiffres pour 2020 donnent le vertige.

En 2020, il y a eu:

●    885 262 nouveaux balados (comparativement à 318 517 en 2019);

●    2,4 fois plus de balados en français comparativement à 2019;

●    160 marques qui ont annoncé dans un balado pour la première fois;

●    presque deux fois plus d’écoute pour les balados aux États-Unis.

Le Québec participe à cette baladomanie:

Radio-Canada a célébré en novembre dernier le premier anniversaire de son application OHdio, qui propose plus d’une centaine de balados, y compris 3,7 planètes, animé par l’humoriste François Bellefeuille.

Qub Radio, la plateforme audio de Québecor, offre aussi toute une sélection de balados, dont Pourquoi Marie?, une enquête sur l’absence de la chanteuse Marie Carmen de notre paysage artistique (il n’y a pas de sujets trop pointus en balado).

Bell Média, le plus grand radiodiffuseur au Canada, n’est pas en reste et propose ses propres balados, dont celui de la téléréalité Big Brother Célébrités, animé par lesdites «célébrités».

C’est sans mentionner tous ces balados indépendants, produits par des individus passionnés ou des organisations à la recherche d’un nouveau moyen d’enrichir leur auditoire.

Le Mouvement Desjardins a lancé un balado, la Banque Nationale aussi. Mon collègue chroniqueur à InfoBref, Fabien Major, a son balado sur les finances personnelles.

Tenez, moi-même, je coanime un balado!

Si la baladodiffusion existe depuis plusieurs années, il est clair que cette industrie est entrée dans une phase de croissance fulgurante.

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Cela dit, y a-t-il un public pour tous ces balados?

Se demander s’il y a trop de balados, c’est un peu comme se demander s’il y a trop de chansons. Bien sûr que non.

Il n’en demeure pas moins qu’en ce qui concerne l’écoute des balados, même si globalement les auditeurs sont de plus en plus nombreux, il ne faut pas s’imaginer que chaque balado rallie des milliers (ni même des centaines) d’auditeurs.

Buzzsprout compile des statistiques sur le nombre de téléchargements d’épisodes de balados. En résumé:

  • Pour qu’un épisode de balado fasse partie des 50% les plus écoutés, il suffit 27 téléchargements dans les 7 premiers jours.
  • 3076 téléchargements dans les 7 premiers jours suffisent pour faire partie du 1% des épisodes de balados les plus écoutés à l’échelle internationale.

Ce que nous disent ces statistiques, c’est qu’un grand nombre de podcasteurs ont une portée pour le moins… confidentielle.

Andy Warhol aurait déjà dit que, dans le futur, chacun aurait ses 15 minutes de célébrité.

Dans les faits, en ce qui concerne le balado, chacun pourrait bien être célèbre… auprès de 15 personnes.

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Tendances MÉDIAS

Pourquoi tout le monde parle de Clubhouse

Publié le 12 fév 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Pourquoi tout le monde parle de Clubhouse

[photo: William Krause | Unsplash]

  • Clubhouse, ce nouveau réseau social basé sur l’audio, fait beaucoup jaser ces temps-ci, surtout depuis qu’Elon Musk y a fait une apparition il y a quelques semaines.
  • Au-delà du buzz, Clubhouse a-t-il le potentiel de devenir un incontournable dans le paysage médiatique?

Ce qu’est l’application Clubhouse:

Un chroniqueur de PC Mag a résumé de belle façon ce qu’elle permet: «C’est un peu comme écouter une conversation téléphonique, mais légalement.»

Clubhouse permet à un utilisateur de lancer une conversation et de discuter de choses et d’autres, avec une ou des milliers de personnes.

Les conversations sont en direct, elles ne sont pas enregistrées. Tous les auditeurs ont la possibilité de participer à la discussion en «levant la main» – comme une version 2.0 des émissions de «lignes ouvertes» à la radio.

Lancé il y a moins d’un an, Clubhouse est toujours en développement (bêta).

  • On ne peut pour l’instant y accéder que sur invitation.
  • L’appli ne fonctionne que sur iPhone. Une version Android viendra plus tard.

Pourquoi on en parle tant:

L’intérêt pour Clubhouse n’a cessé d’enfler ces derniers mois.

En ces temps de pandémie, l’appli s’est imposée comme une nouvelle façon de maintenir un semblant de vie sociale.

Puis, le côté «club privé» a quelque chose d’excitant. Parce qu’ils doivent être invités pour utiliser l’app, les premiers membres de la communauté ont un sentiment d’exclusivité. Il ne durera pas très longtemps (ils seraient déjà 2 millions) mais, pour l’instant, ce «privilège» fait des envieux: tout le monde veut savoir ce qui se passe sur Clubhouse.

Clubhouse est aussi la nouvelle coqueluche des investisseurs en capital de risque de la Silicon Valley.

  • L’appli, qui avait une valeur de 100 millions $ il y a moins d’un an, vaudrait aujourd’hui 1 milliard $.
  • Le fonds Andreessen Horowitz, qui a investi dans Facebook, Instagram, Pinterest et Airbnb, compte parmi les investisseurs de Clubhouse.

Facebook serait déjà en train de développer une application concurrente, selon le New York Times.

De son côté, Twitter teste actuellement la fonctionnalité Spaces, qui permet aussi de créer des «tweets audio éphémères».

En bref, il se passe quelque chose là.

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J’ai essayé Clubhouse:

Il ne m’a fallu que 10 minutes pour trouver une personne dans mon réseau prête à m’inviter.

Il s’agissait de Jean-Patrice Rémillard, un musicien de mes amis. Il voit dans cette app un beau potentiel: «Je pense que Clubhouse va devenir un gros joueur. Il y a un besoin criant de communauté actuellement, et cette app est cool, car on n’est pas dans le paraître, comme avec Instagram. Ce qui rend les gens intéressants sur Clubhouse, c’est la qualité de leurs propos.»

En ouvrant l’app, on est invité à sélectionner nos intérêts, puis on nous suggère des personnes à suivre. Rapidement, on se retrouve avec une liste de «conversations» à écouter en direct.

Je suis tombé sur un panel auquel participait Marc Randolph, l’un des fondateurs de Netflix. Il donne aujourd’hui des conférences sur la gestion d’entreprise. 1500 personnes écoutaient avec moi ce qu’il avait à dire et pouvaient lui poser des questions.

En faisant défiler la liste des conversations, baptisées «Rooms», j’ai vu des discussions sur une panoplie de sujets, y compris un débat sur «Star Wars vs. Planet of the Apes». On trouve aussi beaucoup de consultants qui prodiguent des conseils à propos du carré de sable qu’ils connaissent – ventes, marketing ou ressources humaines.

En revanche, je n’ai trouvé aucune discussion en français.

Il semble donc y avoir là une occasion à saisir pour les influenceurs francophones souhaitant investir une plate-forme émergente.

Reste aussi à trouver un modèle d’affaires viable pour cette idée. Ça viendra assez vite, n’ayez crainte…

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