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Tendances MÉDIAS

Magazines: quand l’État subventionne la quantité plutôt que la qualité

Mis à jour le 13 mars 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Chroniqueur médias à InfoBref
Magazines: quand l’État subventionne la quantité plutôt que la qualité

[photo: Adobe Stock]

  • Des médias se sont intéressés récemment à l’octroi par Patrimoine canadien en 2020 d’une subvention d’environ 450 000 $ au journal The Epoch Times, un organe de propagande anticommuniste et pro-Trump, qui relaie son lot de fausses nouvelles.
  • En vertu de quel mécanisme douteux une telle publication a-t-elle pu profiter de fonds publics? Son nom: le Fonds du Canada pour les périodiques, un programme d’aide fédéral souvent critiqué, mais heureusement en pleine refonte.

Un programme critiqué depuis longtemps:

Le Fonds du Canada pour les périodiques verse aux magazines et périodiques des subventions, notamment pour l’aide à l’édition. Le programme est doté d’une enveloppe globale de 74,3 millions $.

En 2019-2020, le volet Aide aux éditeurs du Fonds a ainsi soutenu pas moins de 403 magazines et 326 journaux à travers le pays.

Or, la grosseur du chèque n’a rien à voir avec la qualité de la publication.

Le critère de base, c’est le tirage de l’imprimé. Peu importe ce qu’il publie, tout magazine à fort tirage recevra un gros montant du Fonds.

Et chaque année, la liste des publications qui ont profité du Fonds fait sourciller.

Tenez, au Québec, le magazine francophone qui a reçu le plus gros chèque en 2020 est TV Hebdo, qui a reçu presque 2 millions $ si on inclut les montants reçus aussi par son petit frère, le magazine TV Hebdo téléromans, et les montants supplémentaires reçus en raison de la Covid-19.

TV Hebdo est publié par TVA Publications, qui commet aussi des magazines à potins (7 jours, La Semaine, Échos vedettes et Star Système). Ces magazines ont reçu au total 5,9 millions $ de fonds publics en 2020.

Tout ça, pour nous permettre de savoir comment nos vedettes ont profité de leur semaine de relâche ou pour se tenir au courant des dernières déclarations de Harry et Meghan.

Je ne dis pas que ces magazines n’ont pas le droit d’exister. Je ne suis pas en train d’avancer qu’il n’est pas utile de savoir qu’Anik Jean a changé de coiffure. Je m’interroge cependant sur la pertinence de faire pleuvoir sur ces publications des millions de dollars «de nos taxes».

Pendant ce temps, un magazine de haute qualité comme L’actualité a reçu en 2020 un chèque d’environ 1 million $ (incluant un montant «Covid-19» de 201 873 $). La moitié moins que ce qu’a reçu TV Hebdo.

Pensez-vous qu’un reportage de L’actualité coûte moitié moins cher qu’un article de TV Hebdo? Ça m’étonnerait énormément.

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Vers un soutien à la qualité:

Patrimoine canadien semble avoir enfin compris l’absurdité de son programme et a annoncé il y a un an une refonte du Fonds du Canada pour les périodiques. Il était temps.

Le premier grand changement concerne le fameux critère du tirage de l’imprimé. Dans la nouvelle mouture, le montant du chèque ne dépendra plus à 100% du nombre de copies, mais des investissements dans le contenu éditorial et journalistique (80%), et de la «capacité à rejoindre le lectorat» (20%).

Dès 2021-2022, les éditeurs de périodiques exclusivement numériques pourront aussi soumettre une demande au Fonds.

Ce que cela changera:

Le nouveau Fonds du Canada pour les périodiques entrera en vigueur progressivement. Le processus s’étalera sur cinq ans.

Ce déploiement progressif permettra aux magazines et périodiques du pays de se préparer à la transition.

Les gagnants de cette réforme risquent d’être les magazines de haute qualité qui investissent le plus dans leur contenu. Et c’est une très bonne nouvelle. Trop longtemps, les magazines à grand tirage et à faible valeur ajoutée se sont taillé la part du lion.

Enfin, l’État subventionnera la qualité plutôt que la quantité.

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Steve Proulx

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