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Tendances MÉDIAS

Facebook n’est plus su’a coche

Publié le 26 fév 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Facebook n’est plus su’a coche

(Photo Unsplash)

  • Alors que Facebook n’a pas encore atteint sa majorité – le réseau social a soufflé ses 17 bougies au début du mois –, beaucoup de jeunes l’auraient déjà relégué dans la catégorie des vieilles choses.
  • C’est un problème pour le vaisseau amiral de l’empire de Mark Zuckerberg. Bien des experts disent maintenant que le réseau social aurait franchi son point de bascule.

Menée par Diplomeo et publiée au début de février, la dernière étude sur l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes Français confirme une tendance que d’autres études ont relevée ces dernières années: les jeunes tournent le dos à Facebook.

La désaffection des jeunes Français de 16 à 25 ans est manifeste.

  • En 2017, 93% des répondants de cette tranche d’âge utilisaient Facebook.
  • Ils n’étaient plus que 54% en 2020.

Le désintérêt pour Facebook est encore plus marqué chez les jeunes de 16 à 18 ans: seulement 28% d’entre eux l’utilisent.

Facebook est aussi le réseau social le plus supprimé par les jeunes: 1 jeune sur 10 a «tiré la plogue» en 2020.

C’est Instagram, propriété de Facebook, qui trône en tête des réseaux sociaux les plus utilisés par les jeunes sondés par Diplomeo, avec 82% de taux d’utilisation. Snapchat décroche la deuxième place, avec 74%.

Un désamour qui grandit

Depuis déjà quelques années, des experts avancent que Facebook a atteint un point de bascule, que son déclin est inévitable.

Pour l’instant, la tendance ne semble pas avoir affecté son nombre total d’utilisateurs actifs, toujours en croissance: 2,8 milliards d’humains utiliseraient Facebook, selon les chiffres tirés des rapports trimestriels de la société.

[Graphique: Statista]

Cependant, ces utilisateurs «actifs»… le seraient de moins en moins.

Le rapport The Infinite Dial 2019 d’Edison Research avait déjà noté un déclin dans l’utilisation de Facebook entre 2017 et 2019 chez les adultes américains; un déclin d’ailleurs plus marqué chez les jeunes.

En fait, aux États-Unis, seuls les 55 et plus se sont fait aller le «J’aime» plus intensément pendant cette période.

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Les raisons invoquées:

Toujours selon le rapport d’Edison Research, la principale raison qui pousserait les adultes américains à se désintéresser de Facebook serait le trop grand nombre de commentaires personnels insignifiants. La tante qui publie une photo de son déjeuner, on en a soupé.

Les autres raisons concernent la surabondance de commentaires négatifs, les préoccupations en ce qui concerne la vie privée, l’attrait pour d’autres médias sociaux et le désir de préserver sa santé mentale.

Fait à noter: 47% des répondants ont invoqué que leurs amis ne publiaient plus tellement de statuts sur Facebook. C’est un cercle vicieux: moins de gens fréquentent Facebook parce que…. moins de gens fréquentent Facebook.

Chez les jeunes, qui s’entichent des médias sociaux axés sur les contenus éphémères (Snapchat, TikTok), une autre raison s’ajoute à la liste: Facebook est de plus en plus considéré pour eux comme «le média social de mes parents et de mes grands-parents».

Facebook n’est tout simplement plus su’a coche. C’est la vie.

Cela dit, quand les jeunes d’aujourd’hui deviendront parents à leur tour, parions que leurs enfants ne trouveront pas TikTok très cool non plus.

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Plus de la moitié des ados ont passé plus de 10 h par jour devant un écran l’an dernier

Publié le 24 fév 2021
Plus de la moitié des ados ont passé plus de 10 h par jour devant un écran l’an dernier

(Source: Unsplash)

  • Les réseaux sociaux, le jeu vidéo en ligne et l’utilisation d’Internet dans un cadre scolaire ont encore fait grimper le temps d’écran des jeunes Québécois l’an dernier. C’est ce que confirme la plus récente enquête NETendances réalisée par l’Académie de la transformation numérique (ATN) de l’Université Laval.
  • 40% des 6 à 17 ans ont passé 10 heures ou plus chaque jour devant un écran. La proportion grimpe même à 59% chez les 13 à 17 ans. 

Trois jeunes de 6 à 17 ans sur quatre ont passé plus de temps devant un écran alors qu’ils étaient à la maison en 2020, selon les parents sondés par l’enquête.

  • L’augmentation du temps d’écran a touché quatre jeunes sur cinq dans le sous-groupe des 13 à 17 ans.

Visionner des vidéos demeure l’activité la plus populaire auprès des jeunes internautes québécois: c’était la principale activité en ligne de 79% d’entre eux en 2020, un recul de 7% par rapport à l’année précédente.

Par ailleurs:

  • 66% des jeunes Québécois ont participé à des jeux en ligne;
  • 61% ont accédé à Internet à partir de la maison pour des activités scolaires.

Les réseaux sociaux ont gagné en popularité auprès des jeunes de 6 à 17 ans l’année dernière.

  • Ils étaient 13% plus nombreux à posséder un compte sur un réseau social ou à disposer d’une adresse courriel qu’en 2019.
  • Cela inquiète une majorité de parents: 57% d’entre eux jugent comme assez ou très probables les risques que leur enfant subisse de l’intimidation en ligne.

[Détails de l’étude sur le site de l’ATN]

Alain McKenna
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Les Québécois se sont rués sur les films en ligne pendant la pandémie

Publié le 21 fév 2021
Les Québécois se sont rués sur les films en ligne pendant la pandémie

(Source: Pixabay)

  • Selon la plus récente enquête de l’Observateur des technologies médias (OTM) de CBC/Radio-Canada, la proportion des adultes canadiens francophones qui ont regardé des films en ligne est passée de 32% fin 2019 à 54% fin 2020.
  • La popularité des services de vidéo sur demande s’est également renforcée pendant la crise sanitaire: 54% des foyers francophones sont désormais abonnés à Netflix, 20% à Amazon Prime, 14% à Disney+, et 13% au Club Illico. 

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Soyez célèbre auprès de 15 personnes: lancez votre balado!

Publié le 19 fév 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Soyez célèbre auprès de 15 personnes: lancez votre balado!

[Photo: @felipepelaquim | Unsplash]

  • La création de balados a connu en 2020 une croissance de 280%. Presque 900 000 nouveaux balados ont été lancés l’an dernier… soit un toutes les 2 minutes!
  • Cela démontre un réel engouement pour ce médium de la part des créateurs de contenu. Mais les auditeurs, eux, sont-ils aussi au rendez-vous? L’offre de balados dépasse-t-elle la demande?

Ce que la pandémie a fait pour la baladodiffusion:

Depuis 2018, Chartable compile des données concernant la baladodiffusion, à partir desquelles la firme parvient à mesurer l’engouement pour ce médium audio. Et les chiffres pour 2020 donnent le vertige.

En 2020, il y a eu:

●    885 262 nouveaux balados (comparativement à 318 517 en 2019);

●    2,4 fois plus de balados en français comparativement à 2019;

●    160 marques qui ont annoncé dans un balado pour la première fois;

●    presque deux fois plus d’écoute pour les balados aux États-Unis.

Le Québec participe à cette baladomanie:

Radio-Canada a célébré en novembre dernier le premier anniversaire de son application OHdio, qui propose plus d’une centaine de balados, y compris 3,7 planètes, animé par l’humoriste François Bellefeuille.

Qub Radio, la plateforme audio de Québecor, offre aussi toute une sélection de balados, dont Pourquoi Marie?, une enquête sur l’absence de la chanteuse Marie Carmen de notre paysage artistique (il n’y a pas de sujets trop pointus en balado).

Bell Média, le plus grand radiodiffuseur au Canada, n’est pas en reste et propose ses propres balados, dont celui de la téléréalité Big Brother Célébrités, animé par lesdites «célébrités».

C’est sans mentionner tous ces balados indépendants, produits par des individus passionnés ou des organisations à la recherche d’un nouveau moyen d’enrichir leur auditoire.

Le Mouvement Desjardins a lancé un balado, la Banque Nationale aussi. Mon collègue chroniqueur à InfoBref, Fabien Major, a son balado sur les finances personnelles.

Tenez, moi-même, je coanime un balado!

Si la baladodiffusion existe depuis plusieurs années, il est clair que cette industrie est entrée dans une phase de croissance fulgurante.

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Cela dit, y a-t-il un public pour tous ces balados?

Se demander s’il y a trop de balados, c’est un peu comme se demander s’il y a trop de chansons. Bien sûr que non.

Il n’en demeure pas moins qu’en ce qui concerne l’écoute des balados, même si globalement les auditeurs sont de plus en plus nombreux, il ne faut pas s’imaginer que chaque balado rallie des milliers (ni même des centaines) d’auditeurs.

Buzzsprout compile des statistiques sur le nombre de téléchargements d’épisodes de balados. En résumé:

  • Pour qu’un épisode de balado fasse partie des 50% les plus écoutés, il suffit 27 téléchargements dans les 7 premiers jours.
  • 3076 téléchargements dans les 7 premiers jours suffisent pour faire partie du 1% des épisodes de balados les plus écoutés à l’échelle internationale.

Ce que nous disent ces statistiques, c’est qu’un grand nombre de podcasteurs ont une portée pour le moins… confidentielle.

Andy Warhol aurait déjà dit que, dans le futur, chacun aurait ses 15 minutes de célébrité.

Dans les faits, en ce qui concerne le balado, chacun pourrait bien être célèbre… auprès de 15 personnes.

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Facebook a commencé à bloquer le contenu des médias en Australie

Publié le 18 fév 2021
Facebook a commencé à bloquer le contenu des médias en Australie

(Source: Unsplash)

  • Depuis deux jours, Facebook interdit à ses utilisateurs australiens de voir ou de partager des contenus d’information provenant des médias locaux ou internationaux. Les médias australiens ne peuvent plus partager de contenu sur leur page Facebook.
  • Le réseau social manifeste ainsi son mécontentement envers la nouvelle loi australienne qui l’oblige à payer les médias pour leur contenu présent sur sa plateforme. Selon Facebook, ce contenu n’a pas la valeur économique que lui attribue le gouvernement australien.

Facebook dit faire face à un «choix désagréable», dans un communiqué émis pour expliquer sa décision.

  • Selon l’entreprise californienne, la loi australienne ignore la réalité de sa relation avec les médias: Facebook n’a pas besoin de leur contenu pour générer des revenus, et donc ne voit pas l’intérêt de payer pour ce contenu.
  • Plutôt que de perdre de l’argent, Facebook a donc choisi de retirer leur contenu de son réseau.

Ce geste sans avertissement de Facebook fâche et inquiète l’Australie.

  • Le premier ministre Scott Morrison l’a qualifié de «décevant et arrogant».
  • Certains services d’urgence, comme l’alerte météo du service météorologique australien, ne peuvent plus partager certains articles avec le public.

Le Canada et d’autres pays soutiennent l’Australie.

  • Le ministre canadien du Patrimoine Steven Guilbeault a qualifié de «hautement irresponsable» la manœuvre de Facebook.
  • Le projet de loi qu’il prépare sur l’utilisation des contenus médiatiques faite par Facebook et Google est toujours prévu pour cette année.
Alain McKenna
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Pourquoi tout le monde parle de Clubhouse

Publié le 12 fév 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Pourquoi tout le monde parle de Clubhouse

[photo: William Krause | Unsplash]

  • Clubhouse, ce nouveau réseau social basé sur l’audio, fait beaucoup jaser ces temps-ci, surtout depuis qu’Elon Musk y a fait une apparition il y a quelques semaines.
  • Au-delà du buzz, Clubhouse a-t-il le potentiel de devenir un incontournable dans le paysage médiatique?

Ce qu’est l’application Clubhouse:

Un chroniqueur de PC Mag a résumé de belle façon ce qu’elle permet: «C’est un peu comme écouter une conversation téléphonique, mais légalement.»

Clubhouse permet à un utilisateur de lancer une conversation et de discuter de choses et d’autres, avec une ou des milliers de personnes.

Les conversations sont en direct, elles ne sont pas enregistrées. Tous les auditeurs ont la possibilité de participer à la discussion en «levant la main» – comme une version 2.0 des émissions de «lignes ouvertes» à la radio.

Lancé il y a moins d’un an, Clubhouse est toujours en développement (bêta).

  • On ne peut pour l’instant y accéder que sur invitation.
  • L’appli ne fonctionne que sur iPhone. Une version Android viendra plus tard.

Pourquoi on en parle tant:

L’intérêt pour Clubhouse n’a cessé d’enfler ces derniers mois.

En ces temps de pandémie, l’appli s’est imposée comme une nouvelle façon de maintenir un semblant de vie sociale.

Puis, le côté «club privé» a quelque chose d’excitant. Parce qu’ils doivent être invités pour utiliser l’app, les premiers membres de la communauté ont un sentiment d’exclusivité. Il ne durera pas très longtemps (ils seraient déjà 2 millions) mais, pour l’instant, ce «privilège» fait des envieux: tout le monde veut savoir ce qui se passe sur Clubhouse.

Clubhouse est aussi la nouvelle coqueluche des investisseurs en capital de risque de la Silicon Valley.

  • L’appli, qui avait une valeur de 100 millions $ il y a moins d’un an, vaudrait aujourd’hui 1 milliard $.
  • Le fonds Andreessen Horowitz, qui a investi dans Facebook, Instagram, Pinterest et Airbnb, compte parmi les investisseurs de Clubhouse.

Facebook serait déjà en train de développer une application concurrente, selon le New York Times.

De son côté, Twitter teste actuellement la fonctionnalité Spaces, qui permet aussi de créer des «tweets audio éphémères».

En bref, il se passe quelque chose là.

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J’ai essayé Clubhouse:

Il ne m’a fallu que 10 minutes pour trouver une personne dans mon réseau prête à m’inviter.

Il s’agissait de Jean-Patrice Rémillard, un musicien de mes amis. Il voit dans cette app un beau potentiel: «Je pense que Clubhouse va devenir un gros joueur. Il y a un besoin criant de communauté actuellement, et cette app est cool, car on n’est pas dans le paraître, comme avec Instagram. Ce qui rend les gens intéressants sur Clubhouse, c’est la qualité de leurs propos.»

En ouvrant l’app, on est invité à sélectionner nos intérêts, puis on nous suggère des personnes à suivre. Rapidement, on se retrouve avec une liste de «conversations» à écouter en direct.

Je suis tombé sur un panel auquel participait Marc Randolph, l’un des fondateurs de Netflix. Il donne aujourd’hui des conférences sur la gestion d’entreprise. 1500 personnes écoutaient avec moi ce qu’il avait à dire et pouvaient lui poser des questions.

En faisant défiler la liste des conversations, baptisées «Rooms», j’ai vu des discussions sur une panoplie de sujets, y compris un débat sur «Star Wars vs. Planet of the Apes». On trouve aussi beaucoup de consultants qui prodiguent des conseils à propos du carré de sable qu’ils connaissent – ventes, marketing ou ressources humaines.

En revanche, je n’ai trouvé aucune discussion en français.

Il semble donc y avoir là une occasion à saisir pour les influenceurs francophones souhaitant investir une plate-forme émergente.

Reste aussi à trouver un modèle d’affaires viable pour cette idée. Ça viendra assez vite, n’ayez crainte…

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Comment le Canada pourrait pénaliser Facebook et Google pour les contenus des médias qu’ils partagent sur leurs plateformes

Publié le 9 fév 2021
Comment le Canada pourrait pénaliser Facebook et Google pour les contenus des médias qu’ils partagent sur leurs plateformes

(Source: Unsplash)

  • Le ministre fédéral du Patrimoine Steven Guilbeault a dit qu’il proposera sous peu un projet de loi qui forcera les géants du numérique à payer les médias pour le contenu qu’ils reproduisent sur leurs plateformes.
  • L’Australie a déjà adopté une loi de ce type. L’Europe envisage une autre solution: obliger les géants numériques à partager avec les médias les critères qu’ils utilisent pour choisir les contenus qu’ils montrent à leurs usagers.

Facebook et Google menacent de quitter l’Australie parce qu’elle leur impose, depuis la fin décembre, un cadre juridique qui les oblige à négocier un tarif avec les grands médias pour pouvoir partager leur contenu.

  • Si Google ou Facebook refusent de négocier, ils devront payer le montant le plus élevé entre 10 millions $, 10% de leur chiffre d’affaires en Australie, et trois fois les revenus générés par le contenu partagé.
  • S’ils acceptent de négocier, mais ne parviennent pas à s’entendre avec les médias, un arbitre indépendant tranchera et fixera le montant de la redevance à verser aux médias.
  • De plus, ils doivent avertir les médias 14 jours d’avance s’ils modifient leurs algorithmes de sélection et de promotion de ce contenu.

L’approche européenne est différente: obliger plutôt les plateformes à partager avec les groupes médiatiques leurs critères de sélection des contenus qu’ils affichent sur leur plateforme.

C’est l’option qu’étudie actuellement la Commission européenne. Des élus européens ont confié au Financial Times qu’ils comptent ajouter des amendements en ce sens à la version révisée de la loi sur le droit d’auteur qui devrait entrer en vigueur en Europe en 2022.

  • Un argument pour cette approche est que les contenus promus par Google et Facebook permettent aux médias d’attirer des internautes sur leur propre site web, et ainsi de générer des revenus par la publicité ou par l’abonnement.
  • Google a dit trouver «équilibrée» cette approche et ne s’y opposera pas.

Le Canada choisira-t-il de régler le dossier en imitant l’Europe?

  • C’est ce qu’il a fait lorsqu’est venu le temps d’encadrer la collecte de données sur la vie privée.
  • D’ailleurs, jusqu’à tout récemment, le Canada et l’UE travaillaient ensemble, via l’OCDE, sur une solution conjointe au problème de la rémunération des contenus des médias par les géants technos.
Alain McKenna
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Affaire Olivier Primeau: pour en finir avec les «pièges à clics»

Publié le 5 fév 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Affaire Olivier Primeau: pour en finir avec les «pièges à clics»

[Image: Adobe Stock]

  • Il y a quelques jours, le copropriétaire du Beachclub, Olivier Primeau, s’est retrouvé au cœur d’un scandale après avoir partagé dans les médias sociaux une offre afin de trouver des «chroniqueurs passionnés et motivés» pour récrire des articles trouvés sur le Web. Rémunération: 5$ par article.
  • C’était à prévoir: l’offre a été reçue avec une brique et un fanal par ceux qui essaient de vivre de leur plume, à commencer par les journalistes indépendants. L’Affaire Primeau est toutefois symptomatique d’un mal qui ronge le Web depuis trop longtemps: les «pièges à clics».

Bref rappel des événements:

Le 28 janvier, Olivier Primeau, organisateur local de partys, partage candidement cette offre dans les médias sociaux:

Le message enflamme les réseaux en quelques heures. Des centaines de personnes dénoncent le cachet ridicule de 5$ offert par Primeau pour avoir la chance de collaborer à son obscur blogue, Beach News Everyday.

La présidente de l’Association des journalistes indépendants du Québec, Gabrielle Brassard-Lecours, soulignera dans la foulée que ce cachet est moins élevé que «la poutine surgelée qu’Olivier Primeau vend en épicerie». C’est que l’homme d’affaires est un touche-à-tout.

Devant la polémique, Olivier Primeau publie le lendemain un mea culpa truffé de fautes d’orthographe:

Beach News Everyday, un autre «piège à clics»:

Je ne sais pas ce que vaut Olivier Primeau en tant qu’entrepreneur. Je ne suis jamais allé me montrer la bedaine au Beachclub de Pointe-Calumet et je n’ai jamais goûté à sa poutine surgelée.

Je sais par contre qu’en tant qu’éditeur d’un média en ligne, je ne l’embaucherais pas pour beaucoup plus que ce qu’il offre à ses collaborateurs.

Le blogue Beach News Everyday – ne soyez pas dérouté par le titre, tous les contenus sont en français – n’est en fait qu’un ramassis d’articles d’actualité repiqués à gauche et à droite et «récrits» par ses précieux collaborateurs.

Le tout est livré dans une interface indigeste dont l’objectif est manifestement d’essayer de caser le plus de bandeaux publicitaires possible dans un même écran. Imaginez 8 pubs clinquantes autour d’un article d’environ 150 mots. Bon appétit.

La médiocrité comme modèle d’affaires:

Ces sites de nouvelles et de divertissement qui cherchent à attirer un maximum de paires d’yeux avec des contenus bas de gamme polluent le Web depuis longtemps.

Vous avez déjà cédé aux charmes d’une galerie photo faisant défiler «des stars sans maquillage»? Piège à clics.

Vous êtes tombé sur un article révélant «les aliments à éviter pour garder des abdos d’acier»? Piège à clics.

Chaque jour, ces sites déversent sur la Toile des tonnes de contenus médiocres, parfois trompeurs, assez peu rigoureux ou vampirisant l’auditoire d’autres sites en récrivant leurs articles.

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Un effet pervers de la publicité programmatique:

Aujourd’hui, n’importe qui peut lancer un site de nouvelles et en tirer des revenus grâce aux services de publicité programmatique – le plus connu étant AdSense, de Google.

Ces plateformes, qui gèrent automatiquement l’achat et l’affichage d’annonces en ligne, permettent aux éditeurs d’ajouter des publicités à leur site et de recevoir des redevances en fonction du nombre d’impressions ou du nombre de clics sur les annonces.

Dans les faits, changez le mot «redevances» par «pinottes».

En effet, à moins d’avoir un site comptant des centaines de milliers de pages vues chaque mois, il est illusoire de penser que la publicité programmatique générera des revenus suffisants pour soutenir la production de contenus de qualité. D’où la propagation des «pièges à clics».

Le cachet de 5$ par article offert par Olivier Primeau est sans doute proche de ce qu’un blogue de son calibre peut se permettre si ses seuls revenus proviennent de la publicité programmatique. C’est tout dire.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les médias sérieux s’intéressent de moins en moins à la publicité programmatique. Ils explorent désormais d’autres sources de revenus: les revenus d’abonnement, la philanthropie, l’aide de l’État, etc.

Le rôle des annonceurs:

En cessant d’alimenter la machine de la publicité programmatique et en investissant plutôt leurs dollars publicitaires directement auprès des médias locaux qui font le choix de la qualité, les annonceurs ont le pouvoir de freiner cette épidémie de médiocrité.

Ils ont le pouvoir d’en finir avec les «pièges à clics».

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L’industrie canadienne des médias continuera sa transformation numérique en se tournant davantage vers l’étranger

Publié le 31 janv. 2021
L’industrie canadienne des médias continuera sa transformation numérique en se tournant davantage vers l’étranger

(Illustration FMC)

  • Les bouleversements de 2020 ont provoqué des changements durables dans la façon dont le public consomme l’information et le divertissement audiovisuel.
  • L’industrie canadienne a dû s’adapter. Selon le Fonds canadien des médias (FMC), elle espère avoir identifié des tendances de consommation qui lui permettront de retrouver la croissance – notamment hors du Canada.

Le virage numérique et virtuel amorcé en 2020 se poursuivra en 2021, si on se fie au rapport annuel du FMC traitant des tendances sur nos écrans pour cette année.

  • Les salles de cinéma, désertées depuis mars dernier, prévoient diversifier leur offre au-delà de la projection de films pour reconquérir leur public.
  • Outre Netflix, Disney+ et Crave, des plateformes de diffusion numériques jusqu’ici plus nichées, comme Twitch, s’ouvriront au grand public.
  • La réalité virtuelle et augmentée servira à remplacer ou compléter les événements extérieurs, les festivals et des activités culturelles (expositions et concerts).
  • Les consommateurs se feront proposer davantage de services récurrents offerts par abonnement, plutôt que des événements uniques payés à la pièce.

Bonne nouvelle pour les médias canadiens: ils s’exporteront mieux grâce à ce virage numérique, croit Catherine Mathys, directrice veille stratégique pour le FMC.

  • Les contenus plus ciblés pourront mieux s’exporter, attirer un auditoire international, et ainsi se rentabiliser.
  • Les grands événements locaux pourront eux aussi développer leur clientèle internationale plus aisément grâce à un volet numérique ou virtuel.
Alain McKenna
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Tendances MÉDIAS

Noovo prépare une «guerre des nouvelles» contre TVA: jeunes loups contre vieux routiers

Publié le 29 janv. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Noovo prépare une «guerre des nouvelles» contre TVA: jeunes loups contre vieux routiers

Noémie Mercier, Meeker Guerrier, Lisa-Marie Blais, Michel Bherer (image: Noovo)

  • Le tiraillage commercial entre Québecor et Bell ne date pas d’hier. Les deux géants des médias et des télécommunications bataillent sur plusieurs fronts: ils se disputent des abonnés, des cotes d’écoute, des revenus publicitaires.
  • Avec le rachat de V par Bell Média et l’arrivée prochaine d’un service de nouvelles digne de ce nom à l’antenne de la chaîne rebaptisée Noovo, assistera-t-on au retour de la «guerre des nouvelles»?

Des querelles commerciales, Québecor Média et Bell Média nous en ont donné plusieurs:

  • la guerre des sports entre RDS et TVA Sports;
  • la guerre du streaming entre Crave et club Illico;
  • la guerre du dimanche soir, bientôt, entre Star Académie (TVA) et Big Brother Célébrités (Noovo).

Ce printemps, les deux géants fouleront un nouveau champ de bataille: celui de l’information.

Depuis des mois, Noovo recrute à gauche et à droite les talents qui composeront sa future salle de nouvelles.

Les chefs d’antenne déjà annoncés: Noémi Mercier (ex-L’actualité), Lisa-Marie Blais (ex-LCN), Michel Bherer (ex-Radio-Canada) et Meeker Guerrier (idem).

Clairement, Noovo entend se démarquer en misant sur la jeunesse et la diversité.

Un retour aux premières années de Télévision Quatre-Saisons:

À sa fondation en 1986, le réseau Télévision Quatre-Saisons (devenu TQS, puis V, puis Noovo) avait aussi osé mettre à la barre de ses émissions d’information des têtes plus jeunes, souvent inconnues du grand public.

L’audace était belle, mais ces jeunes recrues n’ont jamais représenté une menace sérieuse aux bulletins de nouvelles de TVA.

Jusqu’en 1999.

L’événement: l’arrivée de Jean-Luc Mongrain aux commandes du Grand Journal de TQS. «Le mouton noir de la télé» sortait l’artillerie lourde avec un présentateur de nouvelles archiconnu, aimé du public et capable de livrer un vrai «show» de nouvelles, soir après soir.

Le succès a été immédiat.

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La guerre des nouvelles entre TQS et TVA a fait rage jusqu’en 2008, année de la fermeture du service de l’information par le nouveau propriétaire du «mouton noir», Remstar.

C’est Québecor, lors de la courte période durant laquelle l’entreprise détenait TQS, qui a embauché Jean-Luc Mongrain… justement pour damer le pion à TVA. Bien sûr, c’était avant que l’empire Péladeau mette la main sur Vidéotron (et donc sur TVA) et que le CRTC ordonne à Québecor de se départir de TQS en 2001.

Ironiquement, c’est donc Québecor qui a mis au monde la concurrence la plus menaçante que TVA a dû affronter ces dernières décennies.

L’histoire se répétera-t-elle?

La nouvelle équipe de jeunes loups que Noovo mettra à l’antenne ce printemps saura-t-elle ébranler les vieux routiers de TVA que sont Pierre Bruneau ou Sophie Thibault?

Le contexte est tellement différent. Les journaux télévisés ont perdu beaucoup de leur importance au cours des 10-15 dernières années. Ce ne sont tout simplement plus des rendez-vous incontournables.

Les jeunes adultes, que semble vouloir viser Bell Média, s’informent grâce aux médias sociaux. Changeront-ils leurs habitudes? Deviendront-ils des habitués des bulletins de nouvelles à la télé?

C’est un gros «peut-être» qu’il sera intéressant de surveiller ces prochains mois.

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Radio-Canada: est-ce notre rempart contre les GAFA?

Publié le 22 janv. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Radio-Canada: est-ce notre rempart contre les GAFA?

[Photo: Jean Gagnon | Creative Commons]

  • Depuis le 18 janvier, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) tient des audiences virtuelles pour le renouvellement pour cinq ans des licences de CBC/Radio-Canada.
  • L’histoire qui se déroule sous nos yeux met en scène un diffuseur public pressé d’investir les plateformes numériques, un secteur privé qui préférerait tout le contraire, et un organisme réglementaire menotté par une Loi sur la radiodiffusion obsolète.

Ce que demande CBC/Radio-Canada:

Le diffuseur public souhaite avoir le droit de remplir une partie de ses conditions de licences sur des plateformes numériques plutôt qu’à la télé ou à la radio. Par exemple, Radio-Canada pourrait diffuser son «quota» de documentaires sur ICI Tou.tv plutôt qu’à ICI Télé le samedi à 22h30.

Cette demande est motivée par le désir de CBC/Radio-Canada de garder contact avec… la réalité.

  • Actuellement, environ 80% des francophones canadiens âgés de 18 à 34 ans sont abonnés à Netflix, rappelait au CRTC le vice-président du réseau français Michel Bissonnette.
  • «Si on ne veut pas perdre une génération, a-t-il ajouté. il est plus important que jamais de leur offrir une alternative francophone diversifiée et de qualité.»

L’ennui: tant que le projet de loi C-10 qui vise à modifier la Loi sur la radiodiffusion n’a pas été adopté, le CRTC n’a pas le pouvoir de réglementer le numérique.

En somme, le diffuseur public se considère de plus en plus comme une organisation médiatique qui doit «incarner le Canada» sur toutes les plateformes qu’utilisent les Canadiens, mais l’organisme chargé de le réglementer n’a pas encore les moyens de répondre à ces ambitions.

Pierre Karl Péladeau accuse CBC/Radio-Canada de «concurrence déloyale».

À en croire le patron de Québecor, alors que la télévision généraliste est en déclin en raison de la concurrence des géants américains du streaming, Radio-Canada devrait se concentrer sur son mandat de service public et laisser tomber ses activités commerciales, qui nuisent au secteur privé – dont Québecor.

Pourtant, le problème est ailleurs.

N’en déplaise à PKP, la vraie menace qui pèse sur l’industrie canadienne de la télévision, ce ne sont pas les 500 millions $ que CBC/Radio-Canada tire de ses activités commerciales et qui représenteraient une «concurrence déloyale» pour le secteur privé.

C’est une goutte d’eau dans l’océan.

La vraie menace, c’est le changement en profondeur des habitudes d’écoute des Canadiens depuis l’arrivée des Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video.

  • Les séries dramatiques locales et les émissions d’ici doivent maintenant rivaliser avec un flot ininterrompu de mégaproductions américaines déversé chaque semaine sur ces plateformes.
  • C’est District 31 avec Gildor Roy, contre The Mandalorian avec bébé Yoda.

En 2018, l’industrie de la télévision généraliste au Québec a encaissé des pertes d’exploitation de 3,2 millions $. Un record, selon Québecor, mais sans doute pas la dernière année dans le rouge: le public semble préférer bébé Yoda.

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Quelles sont les options?

Au Canada, quelle organisation médiatique a une force de frappe suffisante pour empêcher l’américanisation galopante de notre culture?

  • Bell Média? L’entreprise a lancé son service Crave, une alternative canadienne à Netflix. On y trouve bien des productions d’ici, mais elles sont noyées dans une mer de sitcoms américaines (Friends) et de séries de HBO.
  • Québecor? Une mouche à côté des géants américains. Dans les réunions chez Netflix, on ne doit pas trembler fort devant la menace que représente Club illico.
  • CBC/Radio-Canada? Même si le CRTC lui donnait les coudées franches pour investir les plateformes numériques, le diffuseur public aurait du mal à inverser la tendance de fond.

Par contre, pour protéger la culture d’ici – ce qui est réellement l’enjeu –, CBC/Radio-Canada est sans doute notre meilleure option.

Le diffuseur public l’a d’ailleurs démontré depuis 10 ans avec ICI Tou.tv, une plateforme de diffusion en continu qui fédère des contenus canadiens et internationaux de qualité provenant de CBC/Radio-Canada, mais aussi d’autres chaînes (TV5, UNIS.TV, Télé-Québec, l’ONF).

Il manquerait les contenus de TVA dans cette plateforme pour en faire un incontournable au Québec. Tou.tv pourrait peut-être même avoir une chance contre Netflix.

L’époque des chicanes de plates-bandes est révolue.

Quand j’entends les guéguerres entre PKP et Radio-Canada, j’ai l’impression d’assister aux sempiternelles querelles à propos d’un poisson pas frais entre le forgeron et le poissonnier dans Astérix.

Pendant ce temps, César poursuit l’expansion de son empire.

Seule différence: au Québec, nous n’avons pas de potion magique pour tenir les envahisseurs à distance. Notre seule option? Nous serrer les coudes.

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Tendances MÉDIAS

Est-il temps de décentraliser les médias sociaux?

Publié le 15 janv. 2021
Steve Proulx
par Steve Proulx
Est-il temps de décentraliser les médias sociaux?

(photo: Ravi Sharma | Unsplash)

  • Nous vivons dans un monde où des sociétés privées s’octroient le droit de couper le sifflet au président des États-Unis. Bien sûr, dans ce monde, ces sociétés privées gèrent des plateformes devenues des espaces de communication incontournables, et le président des États-Unis s’appelle Donald Trump.
  • Il n’empêche, l’effacement de Trump des grands médias sociaux ouvre une véritable boîte de Pandore: si Twitter ou Facebook peuvent museler un président des États-Unis, leur toute-puissance devrait-elle commencer à nous inquiéter?

La goutte qui a fait déborder le vase, c’est l’assaut contre le Capitole.

Accusé d’avoir encouragé la foule à envahir le Capitole, le 6 janvier, Donald Trump a commis une bourde de trop.

À quelques jours de la fin de son mandat, le voilà sous le coup d’une deuxième procédure de destitution, ses plus fidèles collaborateurs lui tournent le dos, même l’association des golfeurs professionnels ne veut plus organiser son championnat sur son terrain de golf.

La réaction des éditeurs de médias sociaux ne s’est pas fait attendre.

  • Le 8 janvier, Twitter a suspendu le compte @realDonaldTrump, privant ainsi des tweets enragés du président quelque 88 millions d’abonnés.
  • D’autres médias sociaux et sociétés web ont suivi: Facebook, Instagram, TikTok, Shopify, Snapchat, YouTube, Twitch et même Pinterest ont tous, d’une façon ou d’une autre, suspendu ou limité la portée des propos du président.

Cette situation sans précédent soulève des questions fondamentales.

  • Est-il souhaitable que des patrons d’entreprises technos continuent de décider de ce qui peut être dit ou pas, en particulier par des élus (fut-il Donald Trump)?

La situation remet à l’avant-scène une idée qui fait tranquillement son chemin: en raison du rôle central que jouent les médias sociaux dans la circulation des idées, il est temps de repenser le concept initial.

Vers des médias sociaux décentralisés:

Plusieurs investisseurs en capital de risque de renom contactés par Business Insider croient que l’effacement de Trump par les médias sociaux était une mauvaise idée, qui prouve que les géants du Web sont devenus trop puissants.

Fred Wilson, un investisseur de la première heure dans Twitter, a même déclaré qu’il était «fantastique que les mensonges, la haine et les propos odieux de l’actuel président des États-Unis ne soient plus accessibles sur Twitter, […] mais il est problématique que Twitter ait autant de pouvoir.»

Certains de ces investisseurs s’intéressent de plus en plus aux jeunes pousses qui proposent des moyens de décentraliser les médias sociaux.

De quelle façon? En créant une infrastructure de communication qui ne serait pas contrôlée par une seule entreprise.

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Une solution inspirée du courriel

Des médias sociaux décentralisés pourraient fonctionner à la manière du courriel.

Depuis toujours, pour envoyer un courriel, il n’est pas obligatoire d’utiliser Gmail ou Outlook.

  • Ce ne sont que des applications pour créer et partager des courriels.
  • Et l’application Gmail, par exemple, a une façon de traiter les polluriels (spam), qui n’est pas exactement la même que celle d’Outlook.

Dans cet esprit, si les messages partagés sur les médias sociaux (les tweets ou les statuts Facebook) étaient traités comme un protocole de communication semblable au courriel, l’application Twitter ne servirait qu’à lire ou écrire des messages sociaux… et Twitter pourrait décider de restreindre les messages d’un président récalcitrant sans nécessairement lui retirer, en quelque sorte, sa liberté d’expression.

En somme, si les médias sociaux étaient décentralisés, Donald Trump pourrait toujours communiquer, et ses fidèles n’auraient qu’à lire ses messages sur une autre plateforme sociale.

Sur son blogue, Fred Wilson est catégorique: «C’est ainsi que les médias sociaux devraient fonctionner, et il est grand temps que nous nous y mettions.»

Qui sait, dans l’histoire, on reconnaîtra peut-être l’épisode de la semaine dernière comme l’élément déclencheur d’une vaste réingénierie des médias sociaux…

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