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Analyse POLITIQUE

L’utopie de l’égalité des langues officielles

Mis à jour le 19 juin 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Chroniqueur politique à InfoBref, ancien directeur du Devoir

Justin Trudeau et Mélanie Joly (Source: compte Twitter de Mélanie Joly)

  • Le projet de loi modernisant la Loi sur les langues officielles déposé aux Communes cette semaine a été bien accueilli. Il marque un changement majeur de la part du gouvernement Trudeau.
  • La démarche libérale serait de nature électoraliste, selon les partis d’opposition. Ils n’ont pas entièrement tort. Le vote des francophones sera déterminant lors du prochain scrutin.

Le projet C-32 de la ministre Mélanie Joly est la dernière d’une longue série de mesures prises au fil du temps sous la pression des francophones pour accorder au français un statut officiel.

  • L’histoire retient l’adoption marquante de la Loi sur les langues officielles en 1969 par Trudeau père, comme aboutissement de longues luttes.
  • Auparavant, il y avait eu les timbres bilingues (1927), les billets de banque bilingues (1936), les chèques bilingues (1962).
  • Les emballages bilingues de produits de consommation, dont les boîtes de Corn Flakes qui ont tant fait réagir, viendront en 1974.

La loi de 1969 visait à donner un statut égal au français et à l’anglais dans tous les domaines de compétence du gouvernement fédéral.

  • Elle instituait de nouveaux droits, dont celui d’être servi dans sa langue partout au Canada et pour les fonctionnaires de travailler en français.

Progrès il y a eu, mais pas au point d’instituer l’égalité de statut des deux langues.

  • Le poids de l’anglais est tel qu’il a freiné les progrès.
  • Tous les commissaires aux langues officielles l’ont successivement constaté. Et tous ont déploré leur incapacité à imposer des correctifs.

Le gouvernement Trudeau, avec son nouveau projet de loi, ouvre les yeux sur une réalité qu’il ne voulait voir jusque-là.

Le coup de barre est remarquable.

Mélanie Joly s’inspire de la loi 101, tant honnie à Ottawa, pour accorder aux francophones le droit de travailler en français dans les entreprises de juridiction fédérale dans les territoires où ils sont majoritaires.

Et, virage majeur – tout symbolique s’il soit –, le projet de loi reconnaît que le français est la seule langue officielle du Québec.

Trudeau fils s’éloigne ainsi de Trudeau père, dont la doctrine sur l’égalité accordée aux deux langues était sacro-sainte.

  • Il introduit une asymétrie adaptée à la réalité différenciée des deux groupes linguistiques.

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Ce projet de loi n’est pour le moment qu’un projet.

Présenté à la veille du déclenchement probable d’élections à la fin de l’été, les partis d’opposition y voient un clientélisme électoraliste patent.

Des nuances s’imposent.

L’intention de modifier la Loi sur les langues officielles était connue depuis un an. Elle s’appuyait sur l’existence au Québec d’un fort consensus sur le déclin du français.

Ne pas réagir aurait été dangereux.

Justin Trudeau sait qu’il doit son statut de gouvernement minoritaire aux francophones du Québec qui, en octobre 2019, se sont tournés vers le Bloc québécois.


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Électoraliste ce virage libéral?

Sans doute, mais tout à fait normal pour un parti qui se doit d’être en phase avec l’électorat.

Suivre les électeurs, c’est aussi ce qu’ont fait cette semaine le Parti conservateur et le NPD en votant, avec les libéraux, la motion du Bloc qui reconnait au Québec le droit de modifier sa constitution pour y affirmer que le français est la langue officielle du Québec.

Cela témoigne que le Québec détient la clé de la prochaine élection.

Il restera, ensuite, à tenir parole.

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Bernard Descôteaux