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Désinformation: les fausses nouvelles se répandent beaucoup à cause d’un manque de réflexion

Publié avant-hier
Désinformation: les fausses nouvelles se répandent beaucoup à cause d’un manque de réflexion

(Source: Pixabay)

  • Pour que de fausses nouvelles circulent beaucoup, l’idéologie des personnes qui les partagent joue certes un rôle.
  • Mais ce ne serait pas la cause dominante: la première place reviendrait plutôt au manque de temps pris par ces personnes pour raisonner, et à leur faible niveau d’attention.

Ce sont deux des faits qui se dégagent de la littérature scientifique, de plus en plus abondante sur la question, notent les deux auteurs, le Canadien Gordon Pennycook (Université de Regina) et l’Américain David Rand (Massachusetts Institute of Technology).

L’enfermement dans des «bulles» idéologiques
reste l’un des facteurs clés qui alimentent la désinformation.

  • Cet enfermement a pour conséquence qu’une personne qui croit au candidat X va partager des nouvelles favorables à son candidat, sans distinguer si elles sont vraies ou fausses.

Mais le poids du discernement, qui est sous-estimé selon les auteurs, est un facteur très important.

  • «Les gens qui réfléchissent davantage sont davantage capables de discerner le vrai du faux – peu importe si la nouvelle est en phase ou non avec leur idéologie.»

L’importance de la réflexion a été confirmée par des expériences ces dernières années.

  • Des discussions avec des participants les ont amenés à moins croire en une fausse nouvelle, même si cela n’altérait pas leur «alignement idéologique».
  • À l’inverse, les gens qui tombent dans le piège d’une fausse nouvelle le font souvent «parce qu’ils n’ont pas pris le temps et n’ont pas réfléchi suffisamment à leurs connaissances préalables, et non parce que leur raisonnement a été court-circuité par leurs motivations politiques».

Partager sans réfléchir

Selon Gordon Pennycook et David Rand, ce n’est pas parce que quelqu’un partage quelque chose sur les médias sociaux qu’il y croit.

Par exemple, dans des expériences où on montre à des participants différentes manchettes, leur intention de partager de fausses manchettes était de:

  • 91% plus élevée quand elles concernent des nouvelles politiques;
  • 33% plus élevée quand elles concernent la Covid-19.

En conclusion, un grand nombre d’entre eux se disaient prêts à partager une nouvelle qu’ils auraient pourtant été capables d’identifier comme fausse.

Deux hypothèses pour expliquer cette anomalie:

  • pour certains, leur préférence idéologique l’emporte sur leurs scrupules à partager une chose qu’ils savent être faux;
  • pour d’autres, le niveau de distraction et d’inattention est tel sur les médias sociaux qu’ils ont mal lu ou lu trop vite.

Ainsi, lorsqu’on demande aux participants «de donner une note au niveau de véracité de chaque manchette avant de décider de la partager», cela réduit le partage de fausses nouvelles de 51%.

Autrement dit, réfléchir a son utilité et permettrait de limiter la désinformation.

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Covid-19: quel est le secret du Vermont?

Publié le 22 nov. 2020
Covid-19: quel est le secret du Vermont?

(Source: Vermont Department of Health_ 6 juillet)

  • Alors que la situation sur le front de la Covid est dramatique dans presque tous les États américains, il en est un qui fait exception: le Vermont.
  • Chez ce voisin du Québec, les autorités de la santé ont accordé très tôt la priorité aux populations les plus vulnérables.

Les chiffres étonnent. Alors que, dans la semaine du 13 au 20 novembre, le nombre de cas dépassait les 100 par 100 000 habitants dans chacun des 10 États les plus touchés et que 14 autres affichaient entre 60 et 100 cas par 100 000 habitants, le Vermont était à 16.

Mais surtout, la courbe est atypique. Bien que le Vermont affiche, comme tous les autres, une augmentation du nombre de cas de coronavirus depuis le début de novembre, sa courbe se distingue nettement des autres.

Le choix du Vermont d’avoir priorisé ces populations vulnérables «a aidé à protéger ces gens des pires retombées vues ailleurs, mais a aussi contribué au plus bas taux de transmission», explique au site Vox la chercheure Anne Sosin.

Ce n’est pas seulement aux personnes âgées qu’elle fait allusion.

La journaliste Julia Belluz donne en exemple les sans-abris.

Dès le mois de mars, les organismes communautaires ont reçu l’assurance qu’ils pourraient utiliser des chambres de motels, payées par l’État, pour loger la clientèle qui, à cause des règles de distanciation sociale, ne pouvait plus trouver de place dans les refuges.

Huit mois plus tard, il n’y aurait que six cas de coronavirus parmi les sans-abris du Vermont, selon son ministère de la Santé, soit 1% de cette population — contre un taux d’infection moyen de 25% dans le reste des États-Unis.

Pour les autres populations dites «vulnérables», les mesures incluent des livraisons de repas et des tests de dépistage dans des communautés ciblées – en plus de chèques bimensuels d’urgence à ceux qui ont perdu leur emploi, comme au Canada – une initiative d’aide qui n’a eu qu’un temps dans le reste des États-Unis.

La logique derrière cette aide ciblée est que la Covid, rappelle Julia Belluz, «n’est pas une maladie égalitaire.

Les gens les plus susceptibles d’être testés et d’avoir la capacité de se mettre en quarantaine, sont aussi les moins à risque de devenir malades à cause du virus ou d’en mourir » – un fait qui s’est vérifié du Québec jusqu’en Grande-Bretagne.

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Covid-19: la stratégie suédoise a-t-elle échoué?

Publié le 15 nov. 2020
  • De la fin juillet jusqu’à la fin septembre, la Suède était restée sur un plateau encourageant de moins de 400 nouveaux cas par jour.
  • La situation s’est ensuite dégradée à une vitesse accélérée: 500 cas le 3 octobre, 1000 cas le 23 octobre, 2000 cas le 30 octobre, et 4000 cas le 11 novembre.

Cela peut sembler peu à côté des États-Unis qui font face eux aussi à une croissance exponentielle (continue et très rapide): d’un plateau, en août et septembre, de quelque 40 000 cas par jour, le pays est passé à 80 000 cas le 31 octobre et à 130 000 le 12 novembre.

Mais quand on compare les chiffres par million d’habitants, la Suède se retrouve sur la même trajectoire que les États-Unis. Elle les a même dépassés vendredi.

Cas confirmés de Covid-19 par million d'habitants aux États-Unis et en Suède (au 13 novembre 2020
Cas confirmés de Covid-19 par million d’habitants aux États-Unis (en bleu) et en Suède (en rouge) au 13 novembre 2020 (Graphique: Our World in Data; données: Centre européen de prévention et de contrôle des maladies [ECDC])

Tous les indicateurs «vont dans la mauvaise direction», a admis la semaine dernière le premier ministre suédois. En une semaine, le nombre de patients aux soins intensifs a doublé.

«Jusqu’ici, la stratégie suédoise s’est avérée être un échec dramatique», a déclaré la virologue Lena Einhorn, une critique de longue date de cette stratégie qui consistait à ne fermer ni les restaurants ni les autres lieux publics, et à faire confiance à l’autodiscipline de la population.

L’accélération de la deuxième vague avait toutefois suffisamment inquiété pour qu’en octobre, le gouvernement sacrifie un peu de ce modèle, vanté ou décrié ailleurs, pour autoriser les régions à imposer leurs propres restrictions – limiter les transports en commun, les déplacements entre les villes, les visites aux résidences de personnes âgées… Quant aux restaurants et bars, à partir du 20 novembre, il pourrait ne plus être possible d’y vendre de l’alcool après 22 h et ce, jusqu’en février.

Bien que l’agence de santé publique suédoise se soit toujours défendue de poursuivre une politique d’immunité collective – laisser le virus se propager librement jusqu’à ce que suffisamment de gens soient immunisés – ceux qui ont vanté le modèle suédois ont bel et bien invoqué l’immunité collective de préférence aux différents niveaux de confinement imposés ce printemps et cet automne un peu partout dans le monde. 

Mais, quelles qu’aient été les intentions, l’immunité collective est encore loin: même sans avoir limité les déplacements ou fermé les restaurants, on estime que moins de 20% de la population de la capitale, Stockholm, serait à présent porteuse des anticorps la rendant en théorie immunisée au virus.

Et le taux de décès en Suède est de 5 à 10 fois plus élevé que celui des autres pays scandinaves: 609 morts par million d’habitants contre 130 au Danemark et 54 en Norvège, en date du 12 novembre (mais 750 aux États-Unis et 650 en France).

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Détecteur de rumeurs

Universités: baisse d’inscriptions à cause de l’enseignement virtuel? Faux

Publié le 1er nov. 2020
Universités: baisse d’inscriptions à cause de l’enseignement virtuel? Faux

(Source: Pixabay)

  • Depuis le début de la pandémie, les établissements d’enseignement postsecondaires craignent la désertion des étudiants peu friands des cours virtuels.
  • Alors que la session d’automne est bien entamée, le Détecteur de rumeurs constate que le pire ne s’est pas réalisé, mais que la chute des inscriptions d’étudiants internationaux pourrait devenir un problème économique pour ces établissements.

Les universités sont sur le qui-vive depuis le mois de mars. Alors que les cours de la session d’hiver 2020 se transformaient en des cours en ligne, les universités s’inquiétaient déjà qu’une session d’automne elle aussi virtuelle ne provoque une vague de désaffections.

En août, la jeune compagnie CourseCompare.ca avait brossé un portrait de l’offre de cours des mois à venir à partir des intentions de 150 établissements d’enseignement postsecondaire du Canada. 

  • Dans cette compilation, on apprenait que 54 % comptaient offrir des cours en ligne et que 40 % allaient miser sur une formule hybride.
  • Seuls 4 % souhaitaient donner la majorité de leurs cours en personne.

Or, les taux d’inscription dévoilés jusqu’à maintenant laissent croire que la catastrophe appréhendée a été évitée.

Dans les universités québécoises, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) rapportait, le 2 octobre, une hausse totale des inscriptions de 1,3 %, comparativement au trimestre d’automne 2019. Cette croissance est surtout attribuable aux personnes inscrites aux cycles supérieurs et à temps partiel.

  • L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) enregistrait par exemple, en août, une hausse globale de plus de 5 % de ses inscriptions cet automne par rapport à l’automne 2019.
  • Même chose à l’Université Laval, qui notait une augmentation d’environ 4 % des inscriptions d’étudiants provenant de cégeps par rapport à l’an dernier. L’établissement attend toutefois la publication des données officielles plus tard cet automne, après la date limite pour les abandons, avant de confirmer cette tendance.

La situation n’est pas la même partout. Plusieurs établissements font état d’un taux d’inscription similaire à 2019, ou légèrement inférieur.

Peut-on conclure à la bonne vitalité financière des universités?

Non, puisqu’il faut aussi considérer la variation des étudiants internationaux, une clientèle sur laquelle ces établissements misent de plus en plus pour boucler leurs budgets. En effet, leurs frais de scolarité sont plus élevés que ceux des étudiants québécois et canadiens.

Au niveau postsecondaire, les étudiants venant de l’étranger représentaient près du quart (23,8 %) des nouveaux effectifs en 2017-2018, selon Statistique Canada, et plus du tiers des droits de scolarité perçus. Or, avec la fermeture des frontières et les restrictions sanitaires imposées par la COVID-19, plusieurs de ces étudiants sont, cet automne, aux abonnés absents.

  • Au Québec, le BCI fait état d’une baisse de 8,6 % de leurs effectifs comparativement à l’automne 2019.
  • À l’UQAR, ce sont seulement 500 des 1500 étudiants internationaux habituellement inscrits qui sont au rendez-vous, rapportait Le Devoir en août.

Cela entraîne des pertes de revenus pour les universités.

Au Canada, selon les différents scénarios projetés, ces pertes pourraient totaliser, au cours de l’année universitaire 2020-2021, entre 377 millions (une diminution des revenus de 0,8 %) et 3,4 milliards de dollars (7,5 %) selon un document publié le 8 octobre par Statistique Canada.

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Détecteur de rumeurs

COVID-19: les femmes enceintes plus à risque? Non

Publié le 20 sept. 2020
  • Les femmes enceintes sont-elles plus susceptibles d’attraper la COVID-19, et le virus met-il davantage en danger leur santé et celle de leur enfant?
  • Le Détecteur de rumeurs constate que l’état actuel des connaissances est plutôt rassurant pour la mère et l’enfant.

La grippe H1N1 et le SRAS ont apparemment augmenté les risques de complications pour la mère et l’enfant. Il semblerait donc logique de craindre la même chose avec le coronavirus de la COVID-19.

  • On sait par ailleurs qu’à cause des changements physiologiques et immunitaires entraînés par la grossesse, les femmes enceintes peuvent développer des complications à la suite d’une infection respiratoire.
  • Or, ce virus-ci a tendance à s’attaquer au système cardiovasculaire et aux poumons, déjà mis à l’épreuve par la grossesse.
  • Enfin, ce coronavirus cause parfois des caillots de sang, un risque là aussi augmenté par la grossesse.

Y a-t-il des risques pour la mère?

La recherche a encore beaucoup à faire pour cerner cette question.

  • Des petites études suggéreraient par exemple que certains bébés de mères atteintes de la COVID naîtraient plus tôt, seraient plus petits et passeraient plus de temps à l’hôpital. 
  • Une étude de l’agence américaine de contrôle des maladies (CDC) parue en juin pointe vers un risque accru d’hospitalisations et d’admissions aux soins intensifs chez les femmes enceintes, mais pas davantage de décès.
  • Une petite étude suédoise (comparant 13 femmes enceintes à 40 femmes non enceintes) a aussi trouvé que les patientes enceintes étaient plus à risque de se retrouver aux soins intensifs.

Par contre, résume une page de l’École de médecine de l’Université Harvard, rien n’indique dans ces recherches que les femmes enceintes atteintes par la COVID-19 feraient davantage de fausses couches.

Même si la recherche se poursuit, les praticiens semblent s’entendre pour dire que si la COVID-19 présentait un risque très élevé pour les femmes enceintes et leur fœtus (comme le virus Zika, par exemple), on le saurait déjà.

Les observations sur le H1N1 et le SRAS reposaient sur un petit nombre de cas. Et cette année, les études à ce sujet, venues de Chine et d’Europe, sont partielles — ce qui a conduit en juin un réseau de chercheurs canadiens à lancer une étude des répercussions de la COVID-19 sur les femmes enceintes.

Pas de risques pour le bébé

Une équipe américaine, s’appuyant en partie sur des recherches similaires qu’elle avait menées lors d’épidémies précédentes, a conclu en juillet que les fœtus étaient rarement infectés dans le ventre de leur mère.

  • Le placenta produirait en effet de très faibles quantités du récepteur de virus et la transmission de la maladie au bébé semble rarissime : un seul cas de transmission via le placenta a été rapporté en France.
  • Trois cas de bébés nés par césarienne ont reçu un diagnostic de COVID-19 en Chine, mais il n’est pas exclu que les nouveau-nés l’aient contracté après la naissance.
  • Aucun cas de malformation n’a été rapporté dans le monde, et pour l’instant, des atteintes cérébrales n’ont pas été constatées.

La communauté médicale invite à la prudence et la vigilance. Mais devant ces risques assez faibles, elle ne conseille pas de s’isoler ni de paniquer.

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