Fabien Major

Fabien Major

Chroniqueur en finances personnelles à InfoBref

Planificateur financier et expert en communication, il connaît parfaitement les rouages de l’industrie financière et sait expliquer aux investisseurs comment en tirer parti. Actuellement chroniqueur financier à l’émission Tout un matin à la radio de Radio-Canada à Montréal, il a été auparavant chroniqueur pour le Journal de Montréal, 98.5FM et Finance et Investissement. Associé principal de Gestion de patrimoine Assante-Équipe Major, il signe chaque samedi la chronique Vos finances dans InfoBref [pour la recevoir par courriel, abonnez-vous gratuitement en cliquant sur le bouton bleu «Infolettres» en haut à droite] Notez que les opinions de notre chroniqueur sont les siennes, pas celles d'InfoBref.

Vos FINANCES

Devez-vous succomber à la Bitcoin mania?

Publié le 22 janv. 2021
Fabien Major
par Fabien Major
Devez-vous succomber à la Bitcoin mania?

(Image Unsplash)

  • En 2020, la valeur du bitcoin a quadruplé. Il a atteint un sommet de 41 958 $US le 8 janvier, avant de perdre 25% par rapport à ce sommet en date du 27 janvier.
  • En plus d’exciter la frénésie de certains investisseurs audacieux, la forte hausse  de l’an dernier a aussi poussé de grandes institutions beaucoup plus conservatrices à acheter des bitcoins. À quel point devriez-vous vous intéresser à cet actif numérique?

Ce n’est pas parce qu’un titre atteint des records que vous en avez besoin.

  • Comme dans toutes les catégories de placement, l’investisseur doit bien connaître l’objet de convoitise avant de s’y aventurer.
  • Et durant cette phase d’exploration, les questions devraient porter principalement sur le risque.

Le risque technologique lié au bitcoin ne concerne pas le produit en lui-même.

Selon Martin Lalonde, fondateur de Rivemont Crypto, le premier fonds de crypto offert aux Canadiens, la sécurité de la technologie qui constitue la base des actifs numériques de type bitcoin a toujours répondu à ses promesses.

«Depuis la création du bitcoin en 2009, dit-il, jamais la chaîne de blocs n’a été compromise. Toutes les fraudes, intrusions ou vols ont plutôt impliqué des plateformes ou des individus.»

Steve Waterhouse, enseignant à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke et ancien officier de sécurité informatique au ministère de la Défense, juge aussi la chaîne de blocs très sécuritaire.

Ce sont plutôt la négociation et l’entreposage des cryptoactifs qui sont les maillons faibles.

Plusieurs grandes entreprises financières se sont décidées à sauter dans la mêlée.

Les professionnels de la finance apprécient la mobilité des actifs numériques tels que le bitcoin. Pour les échanges internationaux, plutôt que de déplacer des conteneurs remplis de billets de banque ou de faire à grands frais des virements électroniques entre devises, les opérateurs de marché peuvent utiliser le bitcoin comme moyen de transport d’actifs sécurisé.

Rick Reiner, chef des investissements de BlackRock, la plus grande institution financière au monde, a récemment expliqué à la chaîne de télévision CNBC que le bitcoin pourrait remplacer l’or comme objet de diversification ou de refuge à l’inflation.

La liste des grandes financières qui ajoutent les cryptos dans leur catalogue de produits ne cesse de s’allonger. Parmi celles-ci figurent Fidelity, BBVA, Goldman Sachs, PayPal, et JP Morgan Chase.

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L’opinion de JP Morgan Chase a fait un virage à 180 degrés.

  • En 2017, son chef de la direction Jamie Dimon qualifiait le bitcoin et autres cryptomonnaies de vastes fraudes.
  • Maintenant, l’équipe «mondiale quantitative et de dérivés» de la banque juge que le potentiel de hausse à long terme est fabuleux. Elle voit la valeur du bitcoin se multiplier par 5 et atteindre 146 000 $US l’unité.

Mais il y aura pas mal de volatilité avant d’en arriver là.  

La Deutsche Bank a récemment fait un sondage auprès de ses clients investisseurs et institutionnels. Elle leur a demandé si l’élan spectaculaire de 2020 de certains titres peut se poursuivre en 2021 et s’il y a une bulle spéculative dans le marché.

Environ 89% des répondants pensent que les marchés sont confrontés à des bulles, et deux se démarquent: les actions technologiques américaines et le bitcoin.

  • Ce dernier se rapproche même du territoire de la «bulle extrême».
  • Les répondants anticipaient une correction de l’ordre de -50%.

On comprend facilement que ce type d’actifs n’est pas recommandé à tous. Seuls les investisseurs audacieux devraient s’y mouiller. Un maximum de 5% de l’actif total me semble être acceptable.

Mes conseils

  • Si le processus d’achat et de détention directe des bitcoins vous embête, vous pouvez très bien y être exposé indirectement par le biais d’actions d’entreprises liées au secteur ou à partir de fonds technologiques ou de FNB de bitcoins.
  • Voici quelques produits qui investissent dans le Bitcoin : Fonds Rivemont Crypto, Grayscale Bitcoin Trust, Fonds de Bitcoins Galaxy de CI, Fiducie Bitcoin Ninepoint et Fonds de cryptoactifs mondial 3iQ. 
  • L’Agence du revenu du Canada a à l’œil toutes les sociétés qui permettent d’acheter et de vendre les cryptomonnaies. Les profits que vous faites sur toutes les transactions doivent être déclarés comme du gain en capital.

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Vos FINANCES

Flairer les conflits d’intérêts dans la vente de produits financiers

Publié le 15 janv. 2021
Fabien Major
par Fabien Major
Flairer les conflits d’intérêts dans la vente de produits financiers

(Photo Unsplash)

  • Après la fuite massive de données personnelles de ses membres en 2019, on apprend que l’Autorité des marchés financiers (AMF) a dû sermonner une fois de plus le Mouvement Desjardins.
  • Le gendarme de la finance du Québec a infligé à Desjardins Cabinet de services financiers une amende d’un million de dollars pour avoir placé ses conseillers en situation de conflits d’intérêts.

Bien que l’amende et les grands titres des journaux sur l’affaire frappent l’imaginaire, il s’agit d’un fait connu et assez répandu dans l’industrie. Une vérité de La Palice.

Dans les grandes institutions financières, il est fréquent qu’on incite les vendeurs à offrir en priorité, les produits financiers «maison».

  • Ici, l’AMF a révélé que Desjardins offrait aux employés une structure de bonification inégale selon les fournisseurs des produits qu’ils vendaient.
  • Si le vendeur vendait des produits Desjardins, il pouvait compter ses points bonis jusqu’à 150% du volume de vente contre 60% pour des produits externes.

Cet écart d’incitatif monétaire place les employés en conflits d’intérêts. C’est contraire à l’esprit du Règlement 81-105 de la Loi encadrant les services financiers, qui exige qu’un professionnel doive favoriser le meilleur intérêt des clients.

Il y a quelques années, j’en ai discuté avec G.P., un jeune conseiller en Mauricie. Depuis ses débuts, ce planificateur assemblait les portefeuilles de clients en sélectionnant minutieusement des fonds en fonction de critères exhaustifs. G.P. avait beaucoup de succès et touchait de généreux bonis.

Mais, ses portefeuilles ne plaisaient pas à la direction: ils ne contenaient aucun fonds Desjardins.

«Par éthique professionnelle, je ne pouvais pas les choisir. Dans presque toutes les catégories, mes logiciels démontraient que je pouvais trouver mieux auprès d’autres fournisseurs. Je pouvais le faire et je le faisais. Mais cela m’a pénalisé.»

En 2013, avec ses excellents chiffres de ventes et des clients très satisfaits de ses conseils, G.P. s’attendait à recevoir près de 20 000 $ en bonis.

Il reçut plutôt un blâme et zéro dollar. La maison avait modifié sa politique et éliminé tout boni pour les conseillers dont les clients avaient une proportion trop importante de leurs placements dans des produits autres que ceux fournis par l’institution.  

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Le coût d’un mauvais conseil

Si un conseiller vendeur d’une institution favorise son intérêt financier avant le vôtre, qu’est-ce que ça change?

Ça peut coûter très cher en perte d’opportunité. Parfois des milliers de dollars.

  • Si, par exemple, en 2015, un employé de Desjardins avait dirigé votre REER de 100 000 $ dans le Portefeuille SociéTerre croissance maximum au lieu d’un des meilleurs produits ESG du marché, soit le fonds AGF Croissance Durable, vous ne seriez pas de bonne humeur.
  • En janvier 2021, votre placement aurait une valeur de 276 884 $, comparativement à 340 821 $ si vous aviez acheté le produit d’AGF. Une différence de 63 000 $.

La sanction infligée par l’AMF pourrait bien occasionner un effet domino dans l’industrie et provoquer en justice des actions collectives.

À retenir

  • Avant de souscrire un produit de placement, demandez à la personne qui vous le propose de vous expliquer de quelle façon elle est rémunérée.
  • Demandez-lui si elle doit atteindre des cibles de ventes ou si elle a l’obligation de vous vendre des produits précis.
  • Demandez-lui de vous fournir des données écrites récentes sur les produits comparables et d’expliquer en quoi sa proposition favorise vos intérêts.

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Vos FINANCES

Devenez riche grâce au CELI

Publié le 8 janv. 2021
Fabien Major
par Fabien Major
Devenez riche grâce au CELI

(Photo Jude Beck/Unsplash)

  • Chaque mois de janvier amène une nouvelle occasion de contribuer au Compte d’épargne libre d’impôt.
  •  Souvent mal compris ou négligé, il offre pourtant aux investisseurs un outil unique pour s’enrichir à long terme.

Combien peut-on contribuer au CELI?

Encore une fois cette année, la contribution maximale au compte d’épargne libre d’impôt est de 6000 $.

  • C’est la contribution maximale si votre CELI était déjà «plein».
  • Si, au contraire, vous n’y avez jamais contribué depuis sa création en 2009, vous avez le droit d’y déposer jusqu’à 75 500 $.
  • Le CELI est réservé aux adultes. Pour pouvoir y contribuer tous les ans depuis sa création, vous deviez avoir au moins 18 ans en 2009.

Alors que le plafond de cotisation au REER dépend de votre revenu, le plafond de cotisation au CELI est établi chaque année par une directive du ministre des Finances.

Voici les plafonds des années passées:

  • 2009, 2010, 2011 et 2012: 5 000 $ par année
  • 2013 et 2014: 5 500 $par année
  • 2015: 10 000 $
  • 2016, 2017 et 2018: 5 500 $ par année
  • 2019 et 2020: 6 000 $ par année

Quel est l’avantage du CELI?

Le CELI offre un avantage formidable: obtenir un rendement sur vos investissements sans jamais payer aucun impôt sur ce rendement.

C’est unique.

  • Vous ne trouverez cet avantage imbattable dans aucun autre régime d’épargne: ni le REER, ni le CRI, ni le FERR, ni le FRV.
  • Ce n’est pas non plus le cas du REEE. Contrairement à la croyance populaire, les retraits du REEE sont imposables – dans les mains du bénéficiaire: l’enfant qui étudie. (S’il a peu ou pas d’autres revenus, il ne paiera cependant pas d’impôts, ou très peu.)

Dans un CELI, les gains ne sont jamais imposables. Cela vaut autant pour une personne bien nantie que pour quelqu’un ayant un patrimoine très modeste.

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Pourquoi et comment utiliser le CELI?

Les gains qui proviennent des investissements dans un CELI ne s’ajoutent pas au revenu personnel imposable. Ce type de compte est donc particulièrement intéressant pour conserver le plus longtemps possible la totalité de ses pensions gouvernementales ou pour accéder au Supplément de revenu garanti.

Pour répartir judicieusement ses placements entre différents comptes de placements (REER, REEE, compte au comptant, régime de retraite…), il est recommandé de placer dans un CELI ses investissements les plus «dynamiques» ou générateurs de croissance. Par exemple:

  • les actions de petites et moyennes capitalisations;
  • les actions d’entreprises nouvellement introduites en bourse;
  • les titres technologiques;
  • les actions de marchés émergents.

Si la valeur des titres dans votre CELI bondit et crée un profit important au fil du temps, ce profit sera entièrement libre d’impôt.

> Autre chronique: Comment investir en immobilier en profitant d’opportunités et en répartissant ses risques

Prenez le cas (fictif) de Simon, un fan fini de la marque Tesla. Dès l’introduction du titre TSLA au Nasdaq en 2010, Simon a dirigé toutes ses cotisations annuelles permises au CELI vers l’achat de ce titre très spéculatif.

Stratégiquement, il a concentré dans son CELI la portion de son patrimoine qui était la plus risquée, mais aussi la plus prometteuse.

Avec un investissement total sur dix ans de 65 000 $, savez-vous quel gain en capital Simon a généré? 4,7 millions $. Non imposables.

Voilà pourquoi le CELI est mon compte chouchou. Attention cependant, ne cotisez pas plus à votre CELI que le plafond auquel vous avez droit: vous devriez payer des pénalités de 1% par mois.

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Vos FINANCES

Bilan 2020: qui sont les champions de la bourse?

Publié le 1er janv. 2021
Fabien Major
par Fabien Major
Bilan 2020: qui sont les champions de la bourse?

[image: Gerd Altmann | Pixabay]

  • Les marchés boursiers ont plongé, puis se sont redressés beaucoup plus vite qu’on pouvait le penser.
  • Cela a permis à certains titres et certains fonds de réaliser des performances impressionnantes pour une année de crise pandémique.

2020 a été une année boursière complètement folle!

J’ai cru, comme beaucoup, que la reprise se ferait en forme de U et que 18 à 24 mois seraient nécessaires pour que les indices boursiers retrouvent leurs niveaux de janvier 2020.

C’était sans compter sur le taux d’épargne extraordinaire de nombreux ménages et sur la réaction énergique des banques centrales. Ces deux facteurs ont favorisé une reprise fulgurante des marchés.

Voici un bilan sommaire de ce que les marchés financiers nord-américains ont offert aux investisseurs.

Au Canada, les marchés ont pu garder la tête hors de l’eau grâce principalement à Shopify et aux sociétés aurifères.

Le S&P/TSX a terminé l’année avec un léger gain de +2%.

Les cinq titres les plus performants du S&P/TSX en 2020:

  • Trillium Therapeutics: +1308%
  • Ballard Power System: +220%
  • Shopify: +178%
  • Lightspeed POS: +149%
  • New Gold +143%

Si vous déteniez beaucoup de pétrolières et de financières, votre portefeuille n’a sans doute pas très bonne mine.

Aux États-Unis, l’indice S&P500 a offert un très bon résultat: +16,3%.

Cependant, pour les investisseurs qui n’avaient pas d’entreprise de technologie en portefeuille, la marque finale n’a pas été réjouissante. En effet, plus de 200 des 500 titres de l’indice ont eu un rendement négatif.

Les 5 titres les plus performants du S&P500 en 2020:

  • Tesla: +743%
  • Etsy: +302%
  • Carrier Global: +214%
  • Nvidia: +122%
  • Paypal: +117%

L’intrus dans ce classement est le groupe de climatisation Carrier.

  • Lorsque sa valeur de son action a touché un plancher de 11,49$ en mars, de nombreux gestionnaires ont su repérer que le titre de Carrier avait été malmené sans raison et que cette aubaine ne durerait pas.
  • Ils ont vu juste. En novembre 2020, Carrier a atteint son sommet de l’année à 41,48$.

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Du côté des fonds, de nombreux fonds négociés en bourse (FNB) et fonds communs sectoriels ont su se démarquer en dégageant des plus-values bien supérieures aux indices.

Selon les données de Morningstar, 2020 fut une année prospère pour la gestion active: 3567 fonds communs ont réalisé un rendement supérieur au S&P500.

Des fonds concentrés en biotech, dans les géants du Web, dans les cryptomonnaies et dans l’énergie solaire ont même offert des rendements à trois chiffres.

Ce fut notamment le cas de:

  • Fonds de cryptoactifs mondial 3iQ: +319%
  • Evolve Indiciel FNB innovation automobile +186%
  • Emerge ARK Genomics & Biotech: +165%%.
  • Blockchain technologies ETF: +154%
  • Fonds Marquest Explorer: +119%.

Attention: ces fonds sont très volatils. Ils sont destinés aux investisseurs audacieux pouvant tolérer de très fortes fluctuations.

Les sommes investies dans les actions, les FNB et les fonds ne sont jamais protégées contre les pertes causées par les fluctuations importantes.

Quelques rappels et conseils pour débuter 2021

  • Il est très rare que les secteurs gagnants une année le soient aussi l’année suivante.
  • Si vous avez fait des profits en bourse en 2020, il est recommandé d’en prendre au moins une partie et d’en profiter pour diversifier vos investissements.
  • Vous jugez que les indices sont trop haut et vous souhaitez sortir votre argent de la bourse? Vous pourriez vous en mordre les doigts. Les bas taux d’intérêt et la récupération progressive de l’économie favoriseront encore les actions en 2021.
  • Les FNB et les fonds de développement durable de type ESG (responsabilité sociale, environnementale et gouvernance), les petites capitalisations et les actions des marchés émergents offrent de belles opportunités à long terme.

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Vos FINANCES

La croissance mondiale sera de retour en 2021, mais pour combien de temps?

Publié le 18 déc 2020
Fabien Major
par Fabien Major
La croissance mondiale sera de retour en 2021, mais pour combien de temps?

(Image Pixabay)

  • Après une chute de l’activité économique cette année, ça augure plutôt bien pour 2021, selon les prévisions du Fonds monétaire international.
  • Mais la reprise économique ne sera pas aussi vigoureuse partout, et il faudra réunir plusieurs conditions pour qu’elle perdure.

En 2020, l’économie mondiale s’est contractée de 4,4%.

Moins d’échanges commerciaux et de consommation génèrent moins de travail, moins de revenus pour les travailleurs et les entreprises, et moins de recettes fiscales pour les gouvernements.

En regardant les données du Fonds monétaire international (FMI), on voit à quel point la pandémie de Covid-19 a ébranlé les finances publiques.

La dette des pays, en proportion de ce qu’ils produisent chaque année (leur produit intérieur brut ou PIB), a fait un bond. De 2019 à 2020, le ratio dette/PIB a augmenté:

  • de 105% à 125% dans les pays riches; 
  • de 53% à 62% dans les pays émergents, qui comptent une proportion importante de citoyens dans la classe moyenne; et
  • de 43% à 49% dans les pays en voie de développement.

Des taux d’intérêt au plancher pour longtemps

Pour limiter l’impact de la crise, les banques centrales ont utilisé des électrochocs. Les taux d’intérêt n’étaient déjà pas très élevés, elles les ont abaissés au plancher.

  • Les taux directeurs sont devenus quasi nul au Canada et aux États-Unis.
  • Ils sont nuls en Europe et au Japon.
  • On observe même des taux obligataires de 10 ans négatifs dans une dizaine de pays. 

Par exemple, les obligations suisses à échéance de 10 ans affichent un taux de -0,81%. Si vous en achetez pour 100 000$, la Suisse vous remettra 95 884$ dans une décennie.

Pour que l’économie reprenne de la vigueur, il est probable que les taux devront demeurer extrêmement faibles très longtemps.

  • L’économiste Joanie Fontaine, de JLR Solutions foncières, estime qu’ils ne devraient pas remonter avant 2023.
  • Déjà, en janvier 2020, Fidelity Investments considérait fort probable que les taux restent faibles jusqu’en… 2030.

Ce genre d’environnement est très propice à l’immobilier et aux marchés boursiers. L’ère des actions dispendieuses ne fait peut-être que commencer.

L’économie devrait se raffermir en 2021.

  • Le FMI prévoit pour l’an prochain une croissance mondiale de 5,2%.
  • Les grandes banques américaines sont généralement un peu plus optimistes: leurs prévisions de croissance mondiale pour l’an prochain vont de 5% à 6,4%.

En Amérique du Nord, la reprise sera relativement lente – sauf au Canada. Le FMI prévoit pour 2021 un taux de croissance de:

  • 5,2% au Canada;
  • 3,1% aux États-Unis;
  • 3,5% au Mexique.  

Dans la zone euro, la reprise devrait être plus robuste:

  • La croissance attendue par le FMI sera entre 4,2% pour l’Allemagne et 7,2% pour l’Espagne.

C’est en Asie que l’activité économique bourgeonnera le plus.

  • Le FMI prévoit une croissance de 8,2% en Chine et 8,8% en Inde.

Cette reprise sera-t-elle durable?

La directrice générale du FMI Kristalina Georgieva calcule que l’ensemble des gouvernements ont déjà dépensé – ou se sont engagés à dépenser – un total de 12 billions (12 000 milliards) $US en aide financière à leurs citoyens et à leurs entreprises.

Cette aide et la réponse musclée des banques centrales ont permis d’éviter le pire.

Mais la reprise reste fragile.

Selon la DG du FMI, trois conditions doivent être remplies pour que la relance de l’économie mondiale soit durable:

  • un accès facile aux vaccins, dans le cadre d’une coordination mondiale, pour accélérer la reprise de l’activité économique dans chaque pays;
  • la mise en veilleuse de mesures protectionnistes, pour rouvrir les échanges commerciaux et relancer le tourisme; et
  • une plus grande coopération internationale, impliquant un soutien financier aux pays qui en ont besoin.

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Comment le cygne noir a confondu les experts financiers en 2020

Publié le 12 déc 2020
Fabien Major
par Fabien Major
Comment le cygne noir a confondu les experts financiers en 2020

(Image Unsplash)

  • L’année boursière 2020 a fait mentir les prévisions de bien des experts.
  • Un choc inattendu – un «cygne noir» – a mis fin au cycle haussier, sans précipiter pour autant une chute des marchés.

En début d’année, de nombreux analystes des grandes banques et gestionnaires de portefeuilles s’entendaient sur deux choses:

  • 2020 sonnerait probablement le retour des hausses de taux d’intérêt; et
  • les grosses vedettes de 2019 (les technos) allaient sans doute piquer du nez.

On conseillait donc de rééquilibrer les portefeuilles et d’acheter des obligations.

C’était sans compter sur les effets du «cygne noir» de 2020: la pandémie de Covid-19.

On doit au statisticien Nassim Nicholas Taleb cette idée d’un «hasard sauvage» qui a le pouvoir de bouleverser l’économie à l’échelle planétaire.

Il y a de ces évènements rares – aussi rares que les cygnes noirs – qui peuvent engendrer des effets positifs comme l’avènement de l’ordinateur personnel et d’Internet, mais aussi, des chocs plus brutaux au niveau social, comme la chute de l’URSS et les attentats du World Trade Center.

Par leur nature, les cygnes noirs sont tout à fait imprévisibles. On les reconnaît uniquement lorsqu’ils nous frappent en plein visage.

Une fin de cycle… explosive

En mars 2020, constatant que l’épidémie du coronavirus devenait une pandémie, les investisseurs ont, devant l’inconnu, préféré larguer la majorité des titres qui risquaient de subir les effets néfastes des restrictions imposées par les autorités sanitaires – comme les compagnies aériennes, les chaînes hôtelières et de restaurants, les banques, les croisiéristes, et bien d’autres.

Résultat: les indices ont subi une correction de plus de -30%. 

Mais la suite a été encore plus surprenante. Les experts ont dû ravaler leurs prévisions, qui ont été contredites par les marchés:

  • les taux d’intérêt directeurs ont chuté à des niveaux plancher; et
  • les GAFAM+ ont propulsé le Nasdaq encore plus haut.

Avec les titres pétroliers, les obligations d’état à long terme se sont avérées l’un des pires paris de l’année.

Les offres initiales explosent, elles aussi

Un autre conseil d’expert qui a foiré royalement: celui qui suggérait d’éviter pendant un bon moment tous les titres qui viennent de faire leur entrée en bourse (IPO).

Au contraire, cette année, les introductions en bourse les plus attendues ont non seulement été couronnées de succès, elles ont même dépassé les espérances les plus folles des fondateurs des entreprises.

  • Airbnb, qui était évaluée à seulement 18 milliards $US en avril dernier, a terminé sa première semaine en bourse à 83 milliards $US.
  • Même phénomène avec la firme de livraison à domicile DoorDash. D’un consensus à 16 milliards $US avant l’introduction, sa valeur totale s’est envolée dès son entrée en bourse: elle est maintenant de plus de 60 milliards!
  • La vedette de l’infonuagique SnowFlakes a fait exploser la valeur nette de ses fondateurs. D’une estimation à 12 milliards $US, SNOW affiche aujourd’hui au NYSE une capitalisation boursière de 100 milliards $US.

Qui donc aurait pu prévoir que le cygne noir de 2020 allait se transformer en joyeux flamant rose pour les investisseurs?

Avec encore beaucoup d’argent en réserve et prêt à entrer en bourse, il y a encore assez de carburant pour alimenter la flambée boursière pour un bon moment. 

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

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Vos FINANCES

Les actions sont à la fois dispendieuses et à prix d’aubaine

Publié le 5 déc 2020
Fabien Major
par Fabien Major
Les actions sont à la fois dispendieuses et à prix d’aubaine

(Photo: Unsplash)

  • Même si les indices boursiers fracassent des records, les actions sont probablement moins chères qu’on le pense.
  • Les bas taux d’intérêt et la numérisation de l’économie favorisent la prise de risque.

L’économie mondiale entre en terrain inconnu.

Au moment où j’écris ces lignes, l’indice phare de la bourse de New York, le S&P500, valorise les sociétés qui y sont incluses à 37 fois leurs bénéfices.

  • Si l’on tient compte de l’inflation, le ratio CAPE (ratio de cours/bénéfice ajusté en fonction du cycle, ou ratio de Shiller) est actuellement de 33. Il atteint presque le niveau d’octobre 1929, à la veille de la grande dépression.

Beaucoup d’investisseurs restent sceptiques. Ils ne comprennent pas pourquoi les marchés boursiers mondiaux ne se sont pas effondrés de manière prolongée face aux effets de la pandémie de Covid-19.

Qu’est-ce qui soutient les indices?

Robert J. Shiller, prix Nobel d’économie et créateur du ratio CAPE, croit que la situation justifie l’approche de son livre Narrative Economics: How Stories Go Viral and Drive Major Economic Events.

Il explique que trois récits ou thèmes économiques répandus soutiennent les évaluations élevées et attirent les investisseurs vers des actions déjà onéreuses:

  • La FOMO (fear of missing opportunities): La peur de passer à côté d’une occasion est très puissante. Elle dirige des capitaux vers des secteurs ayant déjà offert de gros rendements.
  • La vitesse initiale de la reprise: Lors de l’effondrement des marchés en mars, les stratèges et les économistes pensaient que la récupération se ferait progressivement, en forme de U. Les actionnaires on crut qu’elle serait plus rapide et prendrait plutôt la forme d’un V. Les actionnaires ont eu raison jusqu’à présent.  
  • La conjonction du travail ET du divertissement à domicile: Le confinement et les mesures de distanciation physique ont fait bondir la demande (déjà forte) pour l’économie numérique. Des secteurs comme les technologies de l’information, les télécommunications, le commerce en ligne, la diffusion en continu (streaming), la vidéoconférence et les réseaux sociaux ont soudainement rallié massivement des clients plus âgés et de tous les milieux.

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J’ai discuté pour un balado avec Fred Demers, stratège et directeur général des solutions multiactif chez BMO gestion mondiale d’actifs.

Les évaluations que soutiennent actuellement les indices ne l’effraient pas, lui non plus.

«Il faut regarder les tendances à long terme, m’a-t-il dit. Après inflation, le choix est facile à faire. Les actions sont beaucoup moins chères que les obligations.»

Comparativement aux crises économiques du passé, celle de 2020 a été déclenchée volontairement par les gouvernements pour limiter une crise sanitaire.

  • Il n’y a pas eu de rupture dans le marché des capitaux. Sur les lignes de côté, des milliers de milliards de dollars attendent une correction (baisse subite) ou une embellie économique pour acheter des actions.
  • Avec un taux d’épargne de 33%, de nombreux Américains ont des réserves financières qui excèdent leurs obligations financières pendant 3 à 6 mois.

Comme les taux d’intérêt sont à des planchers historiques, les ratios qui indiquent habituellement des risques excessifs doivent être ajustés et mis en contexte.

  • Selon la théorie financière traditionnelle, lorsque les taux d’intérêt baissent, le prix des actions devrait augmenter.
  • Mais comme les banques centrales maintiennent les taux d’intérêt artificiellement bas, la théorie ne fonctionne pas.
  • Cela peut justifier des prix d’action et des ratios CAPE plus élevés.

On ignore quand la pandémie de Covid-19 se terminera. Mais on sait que les taux d’intérêt devront demeurer faibles pour favoriser la reprise à l’échelle mondiale.

Ainsi, les valorisations boursières actuelles peuvent ne pas être aussi absurdes que certains le pensent.

Que doivent faire les investisseurs dans un tel environnement? Plus que jamais:

  • favoriser la sélection minutieuse de titres (stock picking);
  • diversifier leurs placements par zone géographique, par secteur et par style; et
  • diminuer leurs attentes de rendement.

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Vos FINANCES

Considérer la bourse comme un chien? Ça rapporte!

Publié le 28 nov. 2020
Fabien Major
par Fabien Major
Considérer la bourse comme un chien? Ça rapporte!

(Photo Unsplash)

  • Le lien entre les soubresauts de la bourse et la tendance de l’économie réelle est difficile à voir à court terme.
  • L’analogie du chien et de son maître suggère pourtant que ce lien existe, et qu’il est possible d’en bénéficier dans ses placements.

«Nous sommes en pleine pandémie! Pourquoi diable, la bourse ne cesse de grimper et de battre des records?» S’il y a une phrase que j’entends pratiquement toutes les semaines depuis juin, c’est bien celle-là. Et avec l’indice Dow Jones qui a franchi mardi la barre psychologique des 30 000 points avant de redescendre un peu, il y a de quoi être perplexe.

S’ils suivent les mouvements quotidiens des marchés financiers, les investisseurs vivent une vaste gamme d’émotions. Tantôt, le Dow grimpe de 1000 points; plus tard, il descend de 850.

  • En voyant ces secousses importantes, des gens se demandent: «Est-ce que je risque de perdre mon emploi?» 
  • Ou, au contraire: «Est-ce que la compagnie qui m’emploie est plus rentable que je ne le pensais et ils vont embaucher ou augmenter les salaires?»

Quelle est la relation entre ce qui se passe sur les parquets de la bourse d’une part, et dans la rue, dans l’économie réelle d’autre part? Quel est le lien, s’il y en a un?

Il y a quelques jours, dans une courte publication sur Facebook, le consultant et formateur financier Michel Villa a bien exprimé la relation entre la bourse et l’économie réelle. Il y rappelait l’analogie employée par Josh Brown, cofondateur de Ritholtz Wealth Management, sur la chaîne de télévision financière CNBC. 

Josh Brown voit l’économie comme un quelqu’un qui marche dans un parc en tenant son chien en laisse.

Imaginez Julien qui promène Molly, sa Golden retriever, dans le parc Maisonneuve avec une laisse rétractable – vous savez, celle qui permet facilement de lâcher du lest ou au contraire de réduire la longueur du cordon.

Quand on regarde Julien qui déambule dans le parc, on le voit marcher en ligne assez droite. Il maintient une cadence régulière. Son pas est assez constant.

Mais quand on regarde Molly… c’est autre chose.

Le chien se déplace dans toutes les directions pour sentir les poteaux, les bornes-fontaines, les arbres. Il change de vitesse sans arrêt. Il jappe après un écureuil ou un coureur et il regarde dans tous les sens.

Mais il ne va pas plus loin que le bout de la laisse que Julien veut bien lui donner.

Dans la métaphore liée aux marchés financiers :

  • Molly, le chien, représente la bourse;
  • et Julien, le maître du chien, est l’activité économique.

Les deux vont dans la même direction… la plupart du temps.

Le chien a beau être très agité et parfois aboyer, le maître peut garder son calme et marcher à son rythme. Après tout, c’est lui le maître.

Si on regarde le duo de loin, l’homme et le chien paraissent tout petits. La distance nous donne l’impression qu’ils avancent à même vitesse. Ils semblent presque collés l’un sur l’autre.

Le temps modifie la perspective sur la bourse de la même façon que la distance la modifie à l’égard du chien.

Avec des années de recul, on constate que, oui, la bourse suit les grandes tendances économiques, la croissance des bénéfices des entreprises, le taux de chômage, etc. La vraie vie quoi!

Mais, à très court terme, au jour le jour, la bourse semble parfois déconnectée de l’économie réelle… comme en ce moment.

Réduire le décalage entre le court terme et le long terme, ou en profiter

  • Vous avez une solution pour modérer l’envie de votre chien partir dans toutes les directions: le dresser.
  • Pour vos placements aussi, vous pouvez limiter la variabilité de vos rendements et leur déconnexion d’avec l’économie réelle – ou au contraire, profiter de cette déconnexion pour vous concentrer sur les segments de l’économie qui sont en croissance à long terme.

Dans les deux cas, il faut étudier, s’exercer, y mettre du temps et des efforts, apprivoiser des outils, choisir des véhicules d’investissement, ou confier une partie du travail à un professionnel.

Vous savez comment s’appelle mon chien? Portfolio.«Allez Portfolio, rapporte!» 

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Vos FINANCES

Investissement: pourquoi le style «valeur» n’a pas dit son dernier mot

Publié le 21 nov. 2020
Fabien Major
par Fabien Major
Investissement: pourquoi le style «valeur» n’a pas dit son dernier mot

(Image Unsplash)

  • Le débat valeur contre croissance est presque aussi polarisant dans le monde financier que la rivalité Trump – Biden en politique américaine.
  • Mais malgré la confrontation des arguments financiers, heureusement les deux options cohabitent très bien et peuvent toutes deux vous faire gagner gros!

Croissance vs valeur? Si vous n’avez pas suivi attentivement les pages économiques depuis 12 mois, résumons.

  • Malgré la pandémie, les indices boursiers américains semblent avoir retrouvé leur vigueur.
  • Au tableau de pointage de l’année 2020, le Dow Jones et le S&P500 affichent maintenant des rendements cumulatifs positifs.

Mais, sans l’apport d’une pincée de titres de croissance et de technologie bien connus, les résultats seraient comme la température des nuits québécoises, soit bien au-dessous de zéro.

  • Les FAANG – Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Alphabet (Google) et Microsoft – apportent 7% en rendement à l’indice S&P500.
  • Les groupes technologiques et les TI représentent maintenant pas moins de 20% de la capitalisation totale de l’indice phare américain, du jamais vu.  

Qui dit gros rendements dit aussi risque accru.

Les ratios d’évaluation des titres vedettes du Nasdaq frisent d’ailleurs l’indécence.

À plus de 3000$, l’action d’Amazon se vend 91 fois ses bénéfices. Netflix, 78 fois.

Et que dire de Zoom qui se transige à 533 fois ses profits, ou de Tesla, dont le ratio cours/bénéfice est de 997. Autrement dit, si l’entreprise conserve son niveau actuel de profitabilité par action, un investisseur qui achète Tesla à 500$ retrouvera son capital dans… un millénaire.

Au contraire, pour les titres de fiducies immobilières, pétrolières et gazières, banques, constructeurs auto, pharmas et commerces de détail, les ratios sont au tapis. Certaines actions se vendent même SOUS la valeur intrinsèque des entreprises.

Bien sûr, la Covid-19 les a affectées, mais il y a une limite au mépris!

C’est justement là que le débat s’enflamme chez les gestionnaires financiers.

  • D’un côté, les partisans des vedettes technos entament le refrain popularisé pendant la bulle des technos de 1999-2000: «Cette fois c’est différent!»
  • De l’autre, les ténors de l’approche fondamentale «Valeur» sermonnent que la fin du monde est à nos portes!

Avec plusieurs récessions et quelques krachs boursiers sévères derrière la cravate, je sais que ces deux clans ont raison… et tort.

Certes, un environnement à faibles taux d’intérêt favorise la prise de risque et les évaluations d’entreprises plus élevées.

Mais la réouverture presque complète de l’activité économique, à prévoir d’ici 6 à 12 mois, propulsera aussi des secteurs plus traditionnels comme l’énergie, le transport, les finances, le tourisme, les ressources et l’immobilier commercial.  

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Que feront les marchés en 2021? Je l’ignore. Mais je sais pertinemment que, si j’évite un des deux styles, je vais certainement manquer quelque chose.

  • Principaux titres «valeur» américains: AT&T, GM, IBM, Fedex, Target, Citigroup et Pfizer.
  • Principaux titres de «croissance» américains: Apple, Microsoft, Amazon, Facebook, Alphabet, Visa, et Nvidia.

Arguments en faveur du retour du style valeur:

  • Les vaccins vont accélérer la réouverture de l’économie.
  • De nombreux titres négligés se négocient actuellement au rabais.
  • On trouve de belles et bonnes entreprises de la vieille économie en excellente santé.
  • La faiblesse des taux d’intérêt oblige les investisseurs prudents à acheter des actions de qualité.

Arguments en faveur du style croissance:

  • L’innovation transforme rapidement la société de consommation.
  • Les sociétés technologiques révolutionnent les façons de faire du commerce.
  • La faiblesse des taux d’intérêt favorise la prise de risque.
  • La popularité de la gestion indicielle favorise les grandes capitalisations et les FAANG.

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Vos FINANCES

La bourse n’est pas un jeu vidéo

Publié le 14 nov. 2020
La bourse n’est pas un jeu vidéo
  • Une nouvelle génération d’entreprises financières cible les jeunes investisseurs avec un marketing basé sur le divertissement et l’émotion.
  • Elles risquent malheureusement d’appauvrir leurs clients pour longtemps.

Essentiellement, ces institutions suggèrent d’investir dans ce qu’on aime.

  • Vous aimez les croisières? Allez hop, naviguez dans le sillage des actions de Carnival.
  • Vous aimez les tacos, la poutine et les souvlakis? Empiffrez-vous des titres du franchiseur en restauration MTY.
  • Vous aimez les voitures électriques? Branchez votre fonds d’urgence sur Tesla.

Le raisonnement vous apparaît simpliste?

C’est pourtant la base de la campagne publicitaire d’une jeune firme de courtage canadienne.

Cette plateforme, qui peine à rentabiliser ses activités de robot-conseiller, a pivoté récemment vers le courtage à escompte «sans frais» pour cibler les jeunes.

En analysant ce qui attire l’attention des petits investisseurs américains, cette jeune start-up a choisi d’imiter le modèle d’affaires du groupe américain Robinhood: elle offre comme un buffet à volonté les transactions boursières sur séance sans frais.

N’allez pas croire que je suis offusqué parce qu’ils offrent des transactions sans frais. Là n’est pas la question.

Mais il n’y a pas de repas gratuit. Encore moins en finance.

Si on ne vous facture aucuns frais de courtage, c’est parce que:

  • on peut prêter vos titres pour favoriser leur déconfiture avec les ventes à découvert du voisin ou d’un fonds spéculatif;
  • on fait payer des frais d’échange de devises à chaque opération;
  • et bien sûr, on espère faire des millions en intérêt avec la liquidité que les clients laissent dans leur encaisse.

Je suis surtout outré par des publicités qui invitent à investir dans «ce qu’on aime».

Ce n’est pas un conseil, ni même une idée parmi d’autres, c’est juste irresponsable.

L’investissement devient un jeu vidéo

2020 passera à l’histoire pour toutes sortes de raisons. Dans les cours de finance du futur, on fera sans doute le bilan de certaines débâcles boursières.

On y soulignera peut-être le rôle qu’ont pu y jouer les tactiques de marketing douteuses et racoleuses de WealthSimple, Robinhood, E-Trade ou Charles Schwab, et leur propension à banaliser l’investissement pour rabaisser le geste au rang des jeux vidéo.

D’ailleurs l’interface de transactions de ces outils en ligne est maintenant agrémentée par des explosions et des feux d’artifice, pour stimuler les transactions. Ce phénomène pourrait expliquer en partie la montée fulgurante des titres technos cette année.   

Non, ce que vous aimez n’est pas toujours le reflet d’une saine gestion d’entreprise, ni de sa capacité à générer des profits. Encore moins de la possibilité que le titre boursier gagne en valeur à court ou long terme.

Investir n’est pas une affaire de croyance ni d’amour. C’est une affaire de «connaissances», de jugement, de prix, de valeur et… de temps. Que vous aimiez une compagnie ou pas, le marché s’en moque.

Au contraire, plus vous analysez une entreprise de façon rationnelle, sans y mêler vos sentiments, moins vous prenez de risque. Plus vous aiguisez votre jugement, plus vous améliorez la pertinence de vos décisions. Puis, investissez à bas prix au bon moment dans de bonnes entreprises générant de la valeur pour les actionnaires. Ensuite, le temps fera son œuvre – et, parfois, des chefs-d’œuvre.

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