Fabien Major

Fabien Major

Chroniqueur en finances personnelles à InfoBref

Planificateur financier et expert en communication, il connaît parfaitement les rouages de l’industrie financière et sait expliquer aux investisseurs comment en tirer parti. Actuellement chroniqueur financier à l’émission Tout un matin à la radio de Radio-Canada à Montréal, il a été auparavant chroniqueur pour le Journal de Montréal, 98.5FM et Finance et Investissement. Il est associé principal, Gestion de patrimoine, de Gestion de patrimoine Assante-Équipe Major. Chaque samedi, il signe la chronique Vos finances dans InfoBref.

Vos FINANCES

Investissement: pourquoi le style «valeur» n’a pas dit son dernier mot

Publié le 21 nov. 2020
Fabien Major
par Fabien Major
Investissement: pourquoi le style «valeur» n’a pas dit son dernier mot

(Image Unsplash)

  • Le débat valeur contre croissance est presque aussi polarisant dans le monde financier que la rivalité Trump – Biden en politique américaine.
  • Mais malgré la confrontation des arguments financiers, heureusement les deux options cohabitent très bien et peuvent toutes deux vous faire gagner gros!

Croissance vs valeur? Si vous n’avez pas suivi attentivement les pages économiques depuis 12 mois, résumons.

  • Malgré la pandémie, les indices boursiers américains semblent avoir retrouvé leur vigueur.
  • Au tableau de pointage de l’année 2020, le Dow Jones et le S&P500 affichent maintenant des rendements cumulatifs positifs.

Mais, sans l’apport d’une pincée de titres de croissance et de technologie bien connus, les résultats seraient comme la température des nuits québécoises, soit bien au-dessous de zéro.

  • Les FAANG – Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Alphabet (Google) et Microsoft – apportent 7% en rendement à l’indice S&P500.
  • Les groupes technologiques et les TI représentent maintenant pas moins de 20% de la capitalisation totale de l’indice phare américain, du jamais vu.  

Qui dit gros rendements dit aussi risque accru.

Les ratios d’évaluation des titres vedettes du Nasdaq frisent d’ailleurs l’indécence.

À plus de 3000$, l’action d’Amazon se vend 91 fois ses bénéfices. Netflix, 78 fois.

Et que dire de Zoom qui se transige à 533 fois ses profits, ou de Tesla, dont le ratio cours/bénéfice est de 997. Autrement dit, si l’entreprise conserve son niveau actuel de profitabilité par action, un investisseur qui achète Tesla à 500$ retrouvera son capital dans… un millénaire.

Au contraire, pour les titres de fiducies immobilières, pétrolières et gazières, banques, constructeurs auto, pharmas et commerces de détail, les ratios sont au tapis. Certaines actions se vendent même SOUS la valeur intrinsèque des entreprises.

Bien sûr, la Covid-19 les a affectées, mais il y a une limite au mépris!

C’est justement là que le débat s’enflamme chez les gestionnaires financiers.

  • D’un côté, les partisans des vedettes technos entament le refrain popularisé pendant la bulle des technos de 1999-2000: «Cette fois c’est différent!»
  • De l’autre, les ténors de l’approche fondamentale «Valeur» sermonnent que la fin du monde est à nos portes!

Avec plusieurs récessions et quelques krachs boursiers sévères derrière la cravate, je sais que ces deux clans ont raison… et tort.

Certes, un environnement à faibles taux d’intérêt favorise la prise de risque et les évaluations d’entreprises plus élevées.

Mais la réouverture presque complète de l’activité économique, à prévoir d’ici 6 à 12 mois, propulsera aussi des secteurs plus traditionnels comme l’énergie, le transport, les finances, le tourisme, les ressources et l’immobilier commercial.  

Que feront les marchés l’an prochain? Je l’ignore. Mais je sais pertinemment que, si j’évite un des deux styles, je vais certainement manquer quelque chose.

  • Principaux titres «valeur» américains: AT&T, GM, IBM, Fedex, Target, Citigroup et Pfizer.
  • Principaux titres de «croissance» américains: Apple, Microsoft, Amazon, Facebook, Alphabet, Visa, et Nvidia.

Arguments en faveur du retour du style valeur:

  • Les vaccins vont accélérer la réouverture de l’économie.
  • De nombreux titres négligés se négocient actuellement au rabais.
  • On trouve de belles et bonnes entreprises de la vieille économie en excellente santé.
  • La faiblesse des taux d’intérêt oblige les investisseurs prudents à acheter des actions de qualité.

Arguments en faveur du style croissance:

  • L’innovation transforme rapidement la société de consommation.
  • Les sociétés technologiques révolutionnent les façons de faire du commerce.
  • La faiblesse des taux d’intérêt favorise la prise de risque.
  • La popularité de la gestion indicielle favorise les grandes capitalisations et les FAANG.

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Vos FINANCES

La bourse n’est pas un jeu vidéo

Publié le 14 nov. 2020
La bourse n’est pas un jeu vidéo
  • Une nouvelle génération d’entreprises financières cible les jeunes investisseurs avec un marketing basé sur le divertissement et l’émotion.
  • Elles risquent malheureusement d’appauvrir leurs clients pour longtemps.

Essentiellement, ces institutions suggèrent d’investir dans ce qu’on aime.

  • Vous aimez les croisières? Allez hop, naviguez dans le sillage des actions de Carnival.
  • Vous aimez les tacos, la poutine et les souvlakis? Empiffrez-vous des titres du franchiseur en restauration MTY.
  • Vous aimez les voitures électriques? Branchez votre fonds d’urgence sur Tesla.

Le raisonnement vous apparaît simpliste?

C’est pourtant la base de la campagne publicitaire d’une jeune firme de courtage canadienne.

Cette plateforme, qui peine à rentabiliser ses activités de robot-conseiller, a pivoté récemment vers le courtage à escompte «sans frais» pour cibler les jeunes.

En analysant ce qui attire l’attention des petits investisseurs américains, cette jeune start-up a choisi d’imiter le modèle d’affaires du groupe américain Robinhood: elle offre comme un buffet à volonté les transactions boursières sur séance sans frais.

N’allez pas croire que je suis offusqué parce qu’ils offrent des transactions sans frais. Là n’est pas la question.

Mais il n’y a pas de repas gratuit. Encore moins en finance.

Si on ne vous facture aucuns frais de courtage, c’est parce que:

  • on peut prêter vos titres pour favoriser leur déconfiture avec les ventes à découvert du voisin ou d’un fonds spéculatif;
  • on fait payer des frais d’échange de devises à chaque opération;
  • et bien sûr, on espère faire des millions en intérêt avec la liquidité que les clients laissent dans leur encaisse.

Je suis surtout outré par des publicités qui invitent à investir dans «ce qu’on aime».

Ce n’est pas un conseil, ni même une idée parmi d’autres, c’est juste irresponsable.

L’investissement devient un jeu vidéo

2020 passera à l’histoire pour toutes sortes de raisons. Dans les cours de finance du futur, on fera sans doute le bilan de certaines débâcles boursières.

On y soulignera peut-être le rôle qu’ont pu y jouer les tactiques de marketing douteuses et racoleuses de WealthSimple, Robinhood, E-Trade ou Charles Schwab, et leur propension à banaliser l’investissement pour rabaisser le geste au rang des jeux vidéo.

D’ailleurs l’interface de transactions de ces outils en ligne est maintenant agrémentée par des explosions et des feux d’artifice, pour stimuler les transactions. Ce phénomène pourrait expliquer en partie la montée fulgurante des titres technos cette année.   

Non, ce que vous aimez n’est pas toujours le reflet d’une saine gestion d’entreprise, ni de sa capacité à générer des profits. Encore moins de la possibilité que le titre boursier gagne en valeur à court ou long terme.

Investir n’est pas une affaire de croyance ni d’amour. C’est une affaire de «connaissances», de jugement, de prix, de valeur et… de temps. Que vous aimiez une compagnie ou pas, le marché s’en moque.

Au contraire, plus vous analysez une entreprise de façon rationnelle, sans y mêler vos sentiments, moins vous prenez de risque. Plus vous aiguisez votre jugement, plus vous améliorez la pertinence de vos décisions. Puis, investissez à bas prix au bon moment dans de bonnes entreprises générant de la valeur pour les actionnaires. Ensuite, le temps fera son œuvre – et, parfois, des chefs-d’œuvre.

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