Environnement

Nouvelles et tendances en environnement qui peuvent intéresser les entrepreneurs, gestionnaires et professionnels québécois – données, études, projets, initiatives et réalisations (voir aussi Climat, Économie verte, Électrification et Technologies propres)

Carboneutre en 2050? Il faudrait tripler les investissements verts

Publié avant-hier
Carboneutre en 2050? Il faudrait tripler les investissements verts

(Source: Pixabay)

  • L’Agence internationale de l’énergie (AIE) affirme que la transition énergétique mondiale est «trop lente»: les plans actuels pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne permettront pas d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.
  • À 2 semaines de la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques (COP26), l’AIE alerte les États sur le chemin qu’il reste à parcourir: les investissements dans des projets énergétiques décarbonés devraient tripler d’ici 10 ans pour contenir le réchauffement de la planète à 1,5 °C.

Dans son rapport annuel, l’AIE calcule que, si les États tiennent leurs engagements climatiques actuels, cela ne permettrait de réaliser que: 

  • 40% des réductions d’émissions de GES nécessaires pour atteindre la carboneutralité en 2050; et
  • 20% seulement des réductions qu’il faudrait effectuer d’ici 2030 pour contenir le réchauffement de la planète à 1,5 °C à la fin du siècle. 

3 scénarios sont désormais possibles, selon l’agence.

1) Les États continuent sur leur lancée

  • Certes, les énergies propres se développent. 
  • Mais la hausse de la demande en énergie et l’industrie des énergies fossiles font en sorte que les émissions de GES se maintiennent au niveau actuel. 
  • Résultat: la température grimpera de 2,6 °C à la fin du siècle par rapport au niveau préindustriel.

2) Les États appliquent et réussissent leurs plans climatiques actuels

  • La demande en énergies fossiles atteint son sommet en 2025 – grâce à l’efficacité énergétique et le développement des voitures électriques. 
  • Résultat: la température grimpera de 2,1 °C.

3) Le monde atteint la carboneutralité en 2050.

  • C’est la seule solution pour contenir l’augmentation de température à 1,5 °C. 

Pour que ce 3e scénario devienne réalité, les États doivent investir «massivement et rapidement dans les énergies propres» en triplant d’ici 10 ans les investissements qui sont prévus actuellement, dit l’AIE.  

  • Sinon, le monde subira le réchauffement climatique, et aussi des «turbulences» en matière d’approvisionnement en énergie. 

Les chefs d’État doivent faire leur part à la COP26, réclame l’AIE.  

  • Elle souhaite que les années 2020 soient «la décennie du déploiement massif des énergies décarbonées».
Johanna Sabys
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Climat: le Canada est-il le cancre du G7?

Publié le 12 oct. 2021
Climat: le Canada est-il le cancre du G7?

(Source: Pete Linforth / Pixabay)

  • Beaucoup de pays arriveront avec un mauvais bilan à la COP26, la prochaine Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se déroulera du 1er au 12 novembre à Glasgow, en Écosse. 
  • Mais, depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015, le Canada est le seul pays du G7 à avoir augmenté ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Et les experts jugent ses récents efforts insuffisants. 

Le Canada est à lui seul responsable de 1,7% des émissions mondiales de GES. 

  • Cela en fait, par habitant, le troisième plus grand pollueur au monde, derrière l’Australie et les États-Unis. 
  • Il est aussi l’un des plus grands producteurs et exportateurs de gaz naturel et de pétrole.

Le pays n’a pas tenu ses promesses sur le front climatique. 

  • En 2015, le gouvernement Harper s’était engagé à réduire de 30% les émissions de GES d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005. 
  • Cet objectif remplaçait alors celui, plus modeste, de réduire de 17% les émissions de GES avant 2020, par rapport à 2005.
  • Mais même cet objectif plus modeste n’a pas été atteint.

Entre 2005 et 2019, les émissions du Canada n’ont diminué que de 1,1%, soit une diminution de 8,5 mégatonnes de CO2. 

Pire, depuis 2015, ses émissions ont augmenté de plus de 700 mégatonnes.

  • Le Canada est le seul pays du G7 dans cette position. 
  • Depuis l’Accord de Paris en 2015, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, l’Allemagne, la France et l’Italie, ont tous réduit leur production de GES.

Ottawa a récemment pris des mesures significatives.  

La Loi sur la responsabilité en matière de carboneutralité a été adoptée en juin – juste avant la fin de la session parlementaire et les élections fédérales.

  • Elle contraint les futurs gouvernements canadiens à prendre des mesures pour atteindre l’objectif de carboneutralité en 2050. 

Le Canada a également déposé sa nouvelle cible de réduction de GES auprès de l’ONU, comme il s’y était engagé en signant l’Accord de Paris. 

  • Cette nouvelle cible est une réduction de 40 à 45% par rapport à 2005.

Mais les efforts du Canada ne sont pas suffisants, selon le Climate Action Tracker (CAT), un instrument d’évaluation développé par des chercheurs indépendants. 

Dans la plus récente analyse du cas canadien, publiée en juillet, le CAT qualifie les efforts récemment annoncés de «positifs» mais «insuffisants», voire «très insuffisants» pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. 

  • Si tous les pays suivaient l’exemple du Canada, lit-on, le réchauffement planétaire serait de 2 à 3 °C d’ici 2050, et de 4 °C à la fin du siècle.

Que manque-t-il au Canada pour être un bon élève? 

Selon le CAT, pour être «compatible» avec l’Accord de Paris, le Canada devrait: 

  • s’engager à réduire ses émissions de GES de 54% d’ici 2030; 
  • inclure les émissions de l’aviation et du transport maritime dans les calculs de son plan pour atteindre la carboneutralité en 2050; et  
  • renoncer aux pipelines.
Agence Science-Presse
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Le Canada s’engage à réduire ses émissions de méthane

Publié le 11 oct. 2021
Le Canada s’engage à réduire ses émissions de méthane

(Source: Ralf Vetterle / Pixabay)

  • Le Canada et une vingtaine de pays ont rejoint hier un projet d’accord des États-Unis et de l’Union européenne qui vise à réduire à l’échelle mondiale les émissions de méthane – un puissant gaz à effet de serre. 
  • Cet engagement américano-européen annoncé le mois dernier doit mener à un accord mondial lors du sommet sur le climat (COP26) à Glasgow, en Écosse, le mois prochain. 

Par cet accord, les États s’engagent à réduire leurs émissions de méthane d’au moins 30% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020.

  • Washington et Bruxelles étaient jusqu’ici appuyés par le Royaume-Uni, l’Italie, le Mexique, l’Argentine, le Ghana, l’Indonésie et l’Irak. 
  • Hier, 24 pays ont rejoint le projet d’accord, dont le Canada, la France, l’Allemagne, le Japon, Israël et le Costa Rica.

Les émissions du secteur pétrolier et gazier sont dans le viseur: 

  • Ottawa s’engage à réduire les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier d’au moins 75% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2012.
  • Le Canada est ainsi le premier pays à se donner l’objectif de réduction des émissions de méthane fixé par l’Agence internationale de l’énergie, a souligné hier le ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson. 

Selon l’évaluation mondiale du méthane réalisée par la Coalition pour le climat et l’air pur et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, réduire les émissions de 30% d’ici 2030 permettrait d’éviter:  

  • plus de 200 000 décès prématurés; 
  • des centaines de milliers de visites aux urgences pour de l’asthme; et 
  • plus de 20 millions de tonnes de récoltes perdues chaque année à cause de la pollution engendrée en partie par le méthane.
Johanna Sabys
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Avec ses politiques actuelles, le Canada va rater sa cible de réduction de GES

Publié le 6 oct. 2021
Avec ses politiques actuelles, le Canada va rater sa cible de réduction de GES

(Source: Unsplash)

  • Selon un rapport de l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal, les stratégies actuelles du gouvernement fédéral ne permettront de réduire que de 16% la production canadienne de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2005. 
  • C’est très inférieur à la réduction de 40% promise par le premier ministre Justin Trudeau. 

Le rapport indique que les gouvernements devraient concentrer leurs efforts sur restreindre les émissions issues des secteurs industriel et commercial, qui présentent les plus importants potentiels de réduction.

«À eux seuls, les secteurs du pétrole brut et du gaz naturel représentent respectivement 26% et 22% des émissions de gaz à effet de serre produites au Canada», a précisé à InfoBref Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et l’un des auteurs de l’étude.

  • Pour comparaison, l’étude attribue moins de 20% des émissions de GES aux choix directs de la population, comme le chauffage résidentiel (6%) et le transport personnel (11% pour l’utilisation des véhicules individuels et 1% pour les voyages en avion).
Félix Côté
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Pesticides, rejets polluants, voitures: Québec veut renforcer les lois environnementales

Publié le 6 oct. 2021
Pesticides, rejets polluants, voitures: Québec veut renforcer les lois environnementales

(Source: Erich Westendarp / Pixabay)

  • Le ministre de l’Environnement Benoît Charette a déposé un projet de loi «omnibus» qui prévoit notamment de réviser des lois et règlements sur les pesticides et les rejets polluants. 
  • Le projet de loi 102 contient aussi l’interdiction de vendre des véhicules neufs à essence à compter de 2035 – une échéance que Québec solidaire souhaiterait devancer. 

Taxer et contrôler les pesticides 

Le gouvernement Legault propose de réviser la Loi sur les pesticides pour: 

  • taxer la distribution, la vente, la fabrication, l’achat à l’extérieur du Québec, la possession, l’entreposage, le transport et l’utilisation de pesticides; 
  • exiger un permis aux personnes qui achètent des pesticides hors du Québec –tout achat devrait désormais être déclaré; 
  • renforcer les pouvoirs d’inspection et d’enquête du ministère; et 
  • rehausser les sanctions des contrevenants à la Loi sur les pesticides.

Gérer les rejets polluants 

Les personnes responsables d’un rejet accidentel de produits contaminants devaient jusqu’ici faire cesser le rejet. 

Le projet de loi 102 les obligerait désormais également:  

  • à récupérer, nettoyer ou traiter les matières contaminées par le rejet; ou
  • si c’est impossible, retirer ces matières de la zone affectée et les expédier vers un lieu autorisé.

Interdire la vente de voitures à essence 

Le gouvernement a inscrit dans le projet de loi 102 sa promesse d’interdire la vente de véhicules neufs à essence à compter de 2035. 

Québec devrait plutôt l’exiger dès 2030, selon Québec Solidaire. 

  • La porte-parole de QS Manon Massé appuie cette demande sur les conclusions du dernier rapport du GIEC. 

Mais le marché québécois ne serait pas prêt, dit le ministre de l’Environnement.

  • En 2030, «il n’y aurait pas suffisamment d’autos neuves électriques pour approvisionner le marché québécois», a répondu mercredi Benoit Charette à l’Assemblée nationale.  
  • Selon lui, il faut travailler «avec les constructeurs [et] les concessionnaires, selon la technologie qui est disponible».
Johanna Sabys
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Les principaux transporteurs aériens veulent être carboneutres d’ici 2050

Publié le 5 oct. 2021
Les principaux transporteurs aériens veulent être carboneutres d’ici 2050

[Source: Unsplash]

  • L’Association internationale du transport aérien (Iata), qui représente 290 compagnies aériennes (dont Air Canada et Air Transat) assurant 82% du trafic aérien mondial, s’est engagée à ce que l’ensemble de ses membres atteignent zéro émission nette de CO2 d’ici 2050.
  • Cet objectif est «audacieux» a admis le président de l’Iata, d’autant plus que l’association prévoit que ses membres perdront collectivement 52 milliards $US cette année et presque 12 milliards $US l’an prochain.

Analyse POLITIQUE

Sortir du pétrole: la Caisse de dépôt a choisi son camp

Publié le 1er oct. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Sortir du pétrole: la Caisse de dépôt a choisi son camp

[crédit photo: Jeremy Bezanger | Unsplash]

  • L’épargne des Québécois ne servira plus à soutenir la production pétrolière, au Canada ni ailleurs. D’ici la fin de 2022, la Caisse de dépôt et placement du Québec aura retiré tous ses investissements de ce secteur.
  • La stratégie climatique adoptée par cette institution vient renforcer le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles initié par les groupes environnementalistes.

On pouvait s’y attendre, cette décision de la Caisse [détails sur la stratégie qu’elle a annoncée] a été bien reçue… sauf par l’industrie pétrolière.

Le gouvernement albertain l’a immédiatement qualifiée de «vision à courte-vue, déconnectée de la réalité».

  • C’est, presque mot pour mot, la réaction qu’il avait eu l’an dernier devant la décision du Fonds souverain de la Norvège de bannir quatre pétrolières canadiennes.

Le signal donné par la Caisse à la communauté financière avec sa stratégie climatique est de nature à inquiéter le secteur pétrolier de cette province.

  • L’actif de 390 milliards $ de la Caisse pèse lourd.
  • Sa décision aura un effet d’entraînement.

Les pressions pour le désinvestissement ne sont pas nouvelles.

Ces dernières décennies, plusieurs fonds se sont retirés de la production des énergies fossiles.

  • Au Canada, des communautés religieuses et des universités, notamment Laval et Concordia, ont participé à ce mouvement de désinvestissement.
  • Des fonds de travailleurs, comme le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction, s’y sont joints plus récemment.

Confortés par l’exemple donné, d’autres voudront s’ajouter à la liste.


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Il ne faut pas s’étonner de la décision de la Caisse.

Elle ne vit pas en vase clos de sa société.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, lui rappelait il y a peu qu’elle se devait d’apporter sa contribution à la lutte aux changements climatiques.

La Caisse ne peut ignorer que:

  • le parlement canadien a adopté il y a quelques mois une loi dont l’objectif est d’atteindre la carboneutralité au Canada à l’horizon 2050; ni que
  • le gouvernement Legault se prépare à interdire toute exploration et toute exploitation pétrolière et gazière sur le territoire québécois [détails].

Elle se distingue en cela de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada qui agit à contre-courant des politiques climatiques du gouvernement canadien.

  • Fort d’un actif de 520 milliards $, il continue à soutenir les entreprises qui extraient du pétrole.

Les fonds qui persistent à investir dans les énergies fossiles prétendent pouvoir, par leur présence dans des compagnies, soutenir l’adoption de stratégies de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Ils font le pari que le pétrole a toujours un avenir.


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L’avenir du pétrole est pourtant limité.

En mai dernier, l’Agence internationale de l’Énergie appelait, pour contenir la croissance des émissions de GES produites par l’homme, à cesser tout investissement dans de nouveaux projets d’exploitation d’énergies fossiles.

Ce secteur de l’énergie produit trois quarts du total des GES.

La Caisse de dépôt avance prudemment, malgré le caractère spectaculaire de son retrait de la production pétrolière.

  • Elle ne sort que 1% de son actif du secteur des énergies fossiles.
  • Le risque de perte n’est pas grand.
  • Elle maintient par ailleurs ses investissements dans le gaz naturel – toujours nécessaire comme énergie de transition –, tout comme dans les oléoducs.

L’obligation de donner à ses épargnants de bons rendements la conduit à rechercher un juste milieu entre le profit et son engagement envers le climat.

Néanmoins, elle a su, avec cette stratégie, choisir son camp.

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La Caisse veut sortir du pétrole d’ici l’an prochain

Publié le 28 sept. 2021
La Caisse veut sortir du pétrole d’ici l’an prochain

(Source: Unsplash)

  • La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a présenté les grandes orientations qu’elle souhaite prendre pour lutter contre les changements climatiques et atteindre son objectif de gérer un portefeuille d’investissement carboneutre d’ici 2050.  
  • D’ici l’an prochain, elle veut se départir des actifs qu’elle possède dans le secteur pétrolier et qui représentent actuellement 1% de son portefeuille, soit environ 4 milliards $.

Elle crée aussi un fonds de 10 milliards $ pour décarboniser des secteurs à fortes émissions de GES.  

La CDPQ avait déjà pris des engagements verts en 2017:

  • D’ici 2025, elle veut tripler ses «actifs verts» par rapport à 2017 et les faire passer à 5 milliards $.
  • D’ici 2030, elle prévoit réduire de 60% l’intensité carbone de son portefeuille par rapport à 2017. 

Malgré ces objectifs, l’investisseur institutionnel, qui gère notamment le régime des rentes du Québec, assure qu’elle génèrera le «rendement nécessaire» pour ses déposants. 

Félix Côté
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Jeune entreprise québécoise innovante

Circulus Agtech sort les combustibles fossiles des fertilisants pour serres et fermes verticales

Publié le 26 sept. 2021
Circulus Agtech sort les combustibles fossiles des fertilisants pour serres et fermes verticales

David Leroux, co-fondateur et président de Circulus Agtech Solutions

  • On a l’impression de consommer sainement et de façon écologique quand on mange une laitue hydroponique. Mais les fertilisants des cultures hydroponiques en serres et en fermes verticales sont des produits majoritairement synthétisés à l’aide de combustibles fossiles.
  • Une jeune entreprise de Montréal, Circulus Agtech, veut leur substituer un fertilisant organique, produit de façon durable à partir de matière résiduelle organique. L’entreprise met l’intelligence artificielle au service de l’agriculture de précision.

Le problème auquel l’entreprise s’attaque: dans les serres et les fermes verticales, qui se multiplient actuellement, l’azote utilisé pour la culture hydroponique est synthétique: il provient d’un procédé industriel qui consomme de grandes quantités de combustibles fossiles.

«La production de fertilisant synthétique est très énergivore», explique à InfoBref David Leroux, président et co-fondateur de Circulus Agtech.

  • «À elle seule, la production de l’azote synthétique pour les fertilisants agricoles représente 2% de la consommation mondiale d’énergie.»

C’est un peu paradoxal d’utiliser ces fertilisants chimiques alors que la culture en serre et les fermes intérieures – ce qu’on appelle l’agriculture en environnement contrôlé – visent habituellement à produire des aliments plus sains, plus près des lieux de consommation, dans l’optique de favoriser des pratiques durables.

La solution: valoriser des matières organiques résiduelles pour produire des fertilisants liquides.

Pourquoi liquides?

Parce que la production des serres et des fermes intérieures est dominée par l’hydroponie:

  • Les cultures baignent dans un liquide.
  • C’est dans ce liquide qu’il faut les alimenter en nutriments.

Circulus Agtech veut récupérer des matières telles que le fumier de volailles et de poissons.

  • Actuellement, elles sont souvent épandues dans des champs.
  • L’entreprise veut maintenant les utiliser pour des cultures en intérieur.

Les matières résiduelles peuvent aussi être du vermicompost, ou des résidus provenant d’élevages d’insectes qui produisent des protéines alternatives.

«On fait fermenter ces matières, puis réagir avec des bactéries qui viennent transformer l’azote», explique David Leroux.

L’agriculture en ferme intérieure en est une de précision: les producteurs veulent savoir quelles sont les propriétés exactes des fertilisants et quels dosages utiliser précisément pour optimiser leur production.

C’est pourquoi Circulus Agtech est d’abord une entreprise de technologie. 

  • Elle mesure les bioréactions et recueille beaucoup de données pour l’aider à composer un produit stable, que ses clients pourront utiliser de la façon la plus efficace possible.

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Le modèle d’affaires: vendre des fertilisants organiques, produits de façon durable et dans l’esprit d’une économie circulaire, aux exploitants de serres et de fermes intérieures.

  • «Les fertilisants peuvent représenter 5 à 10% des coûts d’exploitation des serres hydroponiques», calcule David Leroux

Grâce à sa gestion des données, l’entreprise pourra s’adapter aux intrants – selon les matières organiques résiduelles qu’on peut trouver à proximité – et aux exigences spécifiques de ses clients producteurs agricoles.

Où en est l’entreprise actuellement?

Elle mène un premier projet pilote avec Hydroserre Mirabel, un important producteur de laitues hydroponiques des Laurentides.

  • Circulus produit du fertilisant à partir de la boue piscicole d’un éleveur de poissons de la région.

Actuellement son fertilisant est encore environ 30% plus cher qu’un fertilisant conventionnel, c’est-à-dire synthétique.

  • «Mais il est déjà 2 à 10 fois moins cher que les autres fertilisants organiques, qui eux-mêmes ne peuvent pas être utilisés en agriculture d’intérieur parce qu’ils ne sont pas sous forme liquide», précise David Leroux.
  • De plus, il réduit l’impact environnemental de la culture, et augmente la qualité du produit final – ce qui devrait avantager auprès des consommateurs les légumes produits avec ce fertilisant.

Circulus a aussi un laboratoire au Marché central de Montréal, à la coopérative la Centrale Agricole.

Les 5 cofondateurs de l’entreprise sont tous issus de la faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill. Des stagiaires les épaulent dans leur projet pilote.

L’entreprise a participé à plusieurs accélérateurs, et elle a été sélectionnée comme l’une des Révélations 2021 par Montréal inc. [découvrez nos portraits des autres Révélations 2021].


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Prochaines étapes à surveiller:

L’entreprise cherche un investisseur en technologies vertes.

  • Son objectif est de réunir 500 000 $ en financement de pré-amorçage pour créer, à Montréal, une deuxième «brasserie»-pilote de fertilisants.

À terme, l’entreprise voudrait faire de la concentration de fertilisants pour pouvoir centraliser la production.

  • Cela lui permettrait de livrer son produit à distance au lieu de faire seulement de la production de proximité.

Pour se développer plus rapidement, elle envisage divers partenariats avec des entreprises spécialisées en fertilisation et en traitement de l’eau.

Patrick Pierra
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Analyse POLITIQUE

Hydro-Québec: le rêve américain devient réalité

Publié le 24 sept. 2021
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Hydro-Québec: le rêve américain devient réalité

[crédit photo: Mathilde Paret | Unsplash]

  • Hydro-Québec vient de réaliser un de ses grands rêves avec la signature attendue d’un contrat majeur d’exportation d’électricité pour alimenter la ville de New York. À la clé, 20 milliards $ de revenus en 25 ans.
  • Avec les immenses réservoirs de ses barrages hydroélectriques, le Québec devient à la faveur de la crise climatique un partenaire stratégique majeur pour les États de l’est des États-Unis qui veulent réduire leurs émissions de GES.

Il y a longtemps que le Québec ambitionne de conclure de grands contrats d’exportation d’électricité, tel celui qu’on se prépare à signer avec New York. [détails sur l’annonce faite ces derniers jours]

Le premier ministre Robert Bourassa publiait en 1985 son ouvrage L’Énergie du Nord destiné autant à un public américain que québécois. [livre disponible sur Amazon]

Il rêvait d’une deuxième Baie-James.

  • Mais le projet Grande Baleine n’a pu voir le jour, victime du contexte économique et de la vive opposition des environnementalistes et des Cris.

François Legault revenait à la charge en 2016.

  • Alors chef de l’opposition, il voyait le Québec comme «la batterie verte de l’est de l’Amérique du Nord».
  • Son idée fut reçue avec scepticisme.

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Hydro-Québec dispose de surplus importants pour lesquels les États-Unis représentent un débouché naturel.

Devant l’opposition des producteurs américains d’énergie, elle a dû se limiter essentiellement à des ventes d’énergie pendant les périodes de pointe de consommation, sur ce qu’on appelle «le marché spot» qui fonctionne selon un mécanisme d’enchère.

  • L’an dernier, elle a exporté 32 TW d’énergie à un prix moyen de 4,2 cents le kilowattheure.
  • Ces ventes ont été de 537 millions $ et ont contribué pour 2,3 milliards $ à son bénéfice net. Ce n’est pas rien.

L’intérêt d’un contrat d’exportation ferme est de pouvoir monnayer sur une longue durée ses surplus, à un prix stable et plus élevé, pour une énergie reconnue comme propre et renouvelable.

Les producteurs américains ont bataillé fort pour fermer la porte à Hydro-Québec.

  • Ils ont contesté la valeur environnementale de l’hydro-électricité produite au Québec.
  • Ils ont instrumentalisé l’opposition des groupes autochtones et des citoyens.

Le contrat de 20 ans signé avec le Massachusetts de 9,45 TW est ainsi toujours menacé par l’opposition de groupes du Maine qui tentent de bloquer la ligne qui traversera leur État.

Mais la crise climatique fait tourner le vent en faveur du Québec.

L’État de New York veut réduire ses émissions de GES.

Il entend réduire le recours aux énergies fossiles dans la production d’électricité de 85% à 70% d’ici 2030, grâce notamment à la fourniture par Hydro-Québec de 1250 MW d’électricité à la ville de New York.


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Le président Biden est favorable à ce projet.

Il a accordé un permis présidentiel à la ligne de transport de cette électricité, permis qui avait été refusé au pipeline Keystone XL pour l’exportation du pétrole albertain.

Cette ligne sera souterraine et sous-marine ira jusqu’à New York.

La partie québécoise de 60 km sera réalisée en partenariat avec la communauté autochtone de Kahnawake qui en sera copropriétaire dans une proportion qui pourrait être de 10 à 20%.

Tout cela devrait faciliter la conduite à terme du projet.

Ce deuxième contrat d’envergure a valeur de symbole.

  • Après celui avec le Massachusetts, il ouvre des perspectives de développement pour Hydro-Québec.
  • Ses surplus demeurent importants et elle peut dégager d’importantes marges additionnelles par d’éventuels programmes d’efficacité énergétique.

Visionnaire, Robert Bourassa l’était sans doute lorsqu’il parlait d’électricité.

Mais il n’imaginait pas qu’il faudrait autant de temps pour réaliser cette percée qui va placer le Québec au cœur de la métropole américaine.

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À Québec, les partis s’unissent contre les subventions pétrolières

Publié le 22 sept. 2021
À Québec, les partis s’unissent contre les subventions pétrolières

(Source: Pixabay)

  • L’Assemblée nationale a adopté hier à l’unanimité une motion de Québec solidaire qui demande au gouvernement fédéral de ne plus verser de subventions aux entreprises pétrolières et gazières. 
  • Cette motion souligne qu’il n’y a plus aucun projet d’exploitation ou d’exploration d’hydrocarbures à l’étude au Québec. Elle pointe aussi du doigt l’augmentation de la production de l’Ouest canadien qui va à l’encontre des efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique. 

Québec solidaire croit avoir «réussi l’impossible» en unissant tous les députés contre les subventions aux énergies fossiles. 

Mais la crise climatique semble mobiliser tous les partis depuis la rentrée:  

  • Début septembre, le Parti québécois appelait à un «automne climatique» et doit bientôt déposer 2 projets de loi pour créer un fonds de transition «verte et juste», et interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures.
  • Mercredi dernier, François Legault a admis que son gouvernement souhaite aussi interdire l’exploration et l’exploitation des combustibles fossiles. [détails
  • Dimanche, la cheffe du Parti libéral Dominique Anglade voulait donner un «électrochoc» au Québec en environnement. [détails
Johanna Sabys
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Anglade: le Québec a besoin d’un «électrochoc» en environnement

Publié le 19 sept. 2021
  • Si elle est portée au pouvoir l’an prochain, la cheffe du Parti libéral du Québec Dominique Anglade demanderait à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) de se retirer de l’industrie des énergies fossiles dans les 5 années suivantes. 
  • Dominique Anglade a aussi indiqué hier qu’elle déposerait, dans les 100 premiers jours de son mandat, un projet de loi pour officialiser l’objectif du Québec d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, et pour mettre fin à l’exploitation gazière et pétrolière dans la province.