Langue française: un test de sincérité pour les libéraux de Justin Trudeau

Publié le 21 nov. 2020
Bernard Descôteaux
par Bernard Descôteaux
Chroniqueur politique à InfoBref

(Photo Unsplash)

  • Le gouvernement Trudeau reconnaît que la langue française est menacée, aussi bien au Québec qu’ailleurs au Canada. La chose est en soi historique.
  • Rétablir l’équilibre entre le français et l’anglais exigera des mesures fortes telles que reconnaître la prépondérance de la loi 101 au Québec.

Le débat sur l’état de santé de la langue française s’est enflammé de façon inattendue au parlement fédéral cette semaine. Le brasier fut allumé par la députée libérale de Saint-Laurent, Emmanuella Lambropoulos, s’interrogeant à haute voix sur l’existence réelle d’un déclin du français au Québec.

Pourtant, au même moment, les médias de Montréal s’alarmaient à pleines pages de l’état du français dans leur ville. Sondages et enquêtes terrain à l’appui, ils montraient les difficultés d’être servi en français dans les commerces de la métropole.

Ce tir ami de la députée contre son propre camp a créé un vif malaise. Il laisse entrevoir l’absence de consensus au sein du Parti libéral à l’égard de l’engagement pris dans le discours du trône du 23 septembre de donner un statut particulier au français.

La loi sur les langues officielles (LLO) sera «renforcée», disait alors le gouvernement, «en tenant compte de la réalité particulière du français», tant à l’extérieur du Québec qu’au Québec.

Instaurer une asymétrie en faveur du français dans la LLO constituerait une rupture avec la politique de bilinguisme qui prévaut depuis l’adoption de cette loi en 1969 par le gouvernement de Trudeau père.  Ce serait aussi une reconnaissance de l’échec de cette politique: elle instituait une égalité de statut des deux langues officielles qui n’a jamais été atteinte.

Cela serait bien accueilli au Québec, où le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau espère marquer des points électoraux. Mais la réaction serait moins favorable ailleurs au Canada.

Au-delà des intentions et des mots de la ministre Mélanie Joly, laquelle est chargée de préparer les amendements à la LLO, on ne sait encore jusqu’où le gouvernement est disposé à aller.

La présente controverse affaiblit le gouvernement, mais elle pourrait par contre aider la ministre à convaincre ses collègues du cabinet d’oser remettre en question plusieurs pans de cette loi.

Des gestes forts, ce n’est rien de moins qu’attend d’Ottawa le gouvernement Legault. Il voudrait que les deux gouvernements puissent agir enfin de concert pour contrer ce déclin du français.

Dans cet esprit, le gouvernement québécois demande que les entreprises de compétence fédérale œuvrant en territoire québécois soient soumises à la loi 101 et que la connaissance du français soit exigée de la part des demandeurs de la citoyenneté canadienne s’établissant au Québec.

Ce serait, de la part d’Ottawa, une reconnaissance attendue depuis longtemps de la légitimité de la loi 101 qu’il n’a eu de cesse de chercher à affaiblir.

Celui qui détient la clé de ce débat est Justin Trudeau.

Ces dernières semaines, il a reconnu l’existence d’un déclin du français au Québec. Il n’est pas aveugle au point de ne pas le voir.

Mais n’attendons pas mer et monde. S’il lui est envisageable de changer la lettre de la Loi sur les langues officielles, c’est une tout autre chose pour lui, héritier du legs que lui a laissé son père, d’en renier l’esprit.

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Bernard Descôteaux