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Le MONDE en questions

Élections aux Philippines: pourquoi une alliance Marcos-Duterte?

Mis à jour le 14 mai 2022
Johanna Sabys
par Johanna Sabys
Journaliste à InfoBref

Bongbong Marcos et Sara Duterte [source: Twitter de Marcos]

  • Le fils de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos et la fille du président sortant Rodrigo Duterte vont probablement gagner ensemble les élections qui se dérouleront aux Philippines lundi – lui pour se faire élire président et elle, vice-présidente.
  • S’ils l’emportent, peu de choses devraient changer dans ce pays composé de plus de 7100 îles en Asie du Sud-Est, si ce n’est qu’un renforcement autoritaire. Dominique Caouette, professeur de science politique à l’Université de Montréal, explique à InfoBref que la succession de clans familiaux au pouvoir a peu d’impact sur la structure économique du pays et son bon taux de croissance. 

Aux Philippines, les élections sont presque une grande kermesse, dit Dominique Caouette.

«Les candidats rivalisent sur le nombre d’artistes qui participent à leurs rallyes. Ils viennent offrir des chandails et des sacs de riz dans les quartiers populaires. Ils achètent parfois des votes, aussi.»

C’est une grande opération qui se prépare un an à l’avance, précise-t-il

  • Elle fait grimper le revenu par personne parce que des milliards de pesos sont investis dans les campagnes électorales. 

Le pays de 110 millions d’habitants est réputé être l’un des plus inégalitaires.

Les différents régimes politiques qui se sont succédé ont peu fait en termes de développement des infrastructures et des politiques sociales, indique le professeur. 

Le pays a toutefois un taux de croissance élevé, autour de 6-7%.

«Mais les richesses sont accaparées par les grandes familles oligarchiques. Le reste de la population en profite très peu.»

La structure économique se maintient d’un régime à l’autre. Elle est fondée sur les exportations des ressources naturelles, des travailleurs migrants et les services. 

Les Philippins sont aujourd’hui les premiers au monde dans le marché des centres d’appel.

  • On en retrouve partout autour des campus universitaires.
  • Telus et Bell ont leur centre d’appels à Manille, la capitale. 

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Le retour des Marcos?

Le Dictateur Ferdinand Marcos père avait été banni de son pays en 1986.

À quelques jours des élections, les derniers sondages plaçaient son fils, Ferdinand Marcos Jr., surnommé Bongbong, en tête avec 56% des votes.

Avec à ses côtés Sara Duterte, la fille du président sortant, il peut assurer une certaine continuité avec l’héritage de Duterte père, mais aussi réhabiliter l’image de son propre père. 

  • Ils ne sont pas du même parti, mais c’est un détail aux Philippines.
  • Les partis ne sont que «des véhicules pour les élections». Les candidats en changent souvent, indique Dominique Caouette.

Le clan Marcos représente la structure politique traditionnelle, basée sur les grandes familles qui contrôlaient jadis les terres, et contrôlent désormais les industries et l’immobilier, mais aussi une grande partie du pouvoir politique, explique le professeur. 

Le candidat, lui, n’a pas vraiment de charisme, pointe Dominique Caouette: «et sa performance comme sénateur est loin d’être édifiante»

  • «Pour bien des gens, ce serait une catastrophe de voir le fils de Marcos au pouvoir», ajoute-t-il.
  • «Mais il y a aussi une nostalgie du passé. Certains pensent qu’il y avait moins de chaos sous le dictateur, qui avait fait emprisonner 60 000 personnes en quelques semaines lorsqu’il a imposé la loi martiale en 1976.» 

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La montée en puissance d’une néolibérale réformiste.

Face au duo Marcos-Duterte, il y a Leni Robredo, ancienne vice-présidente de Duterte, avec un agenda social.  

Selon les derniers sondages, elle obtiendrait 24% des votes.

Elle a été élue vice-présidente en 2016 avec le président sortant Rodrigo Duterte.

Mais celui qu’on surnomme le Trump de l’Asie la trouvait «trop critique». Il a rapidement réduit ses responsabilités, indique Dominique Caouette. 

  • «Robredo est plus inclusive, les jeunes s’identifient à elle. Elle est devenue plus populaire et plus acceptable pour la classe moyenne.»
  • «Mais elle est confrontée à une machinerie importante, le clan Marcos et la machine électorale de Duterte.» 

Même si elle était élue, il n’y aurait pas de changement radical, croit le professeur.

Elle pourrait toutefois offrir un plus grand filet de sécurité sociale, et mettre en place des réformes sur l’équité, la diversité et l’environnement. 

Vers l’Occident ou vers la Chine?

Sur le plan international, plusieurs pays attendent les résultats pour savoir si les Philippines, qui sont juste au sud de Taïwan, se rangeront plutôt du côté des pays occidentaux ou de la Chine. 

Sous Rodrigo Duterte, le pays s’est rapproché de la Chine, souligne Dominique Caouette.

«Robredo irait plus vers le bloc occidental, dit le professeur. Le clan Marcos, c’est moins clair.»

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Johanna Sabys