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Vos FINANCES

La bourse n’est pas un jeu vidéo

Publié le 14 nov. 2020
par Fabien Major
  • Une nouvelle génération d’entreprises financières cible les jeunes investisseurs avec un marketing basé sur le divertissement et l’émotion.
  • Elles risquent malheureusement d’appauvrir leurs clients pour longtemps.

Essentiellement, ces institutions suggèrent d’investir dans ce qu’on aime.

  • Vous aimez les croisières? Allez hop, naviguez dans le sillage des actions de Carnival.
  • Vous aimez les tacos, la poutine et les souvlakis? Empiffrez-vous des titres du franchiseur en restauration MTY.
  • Vous aimez les voitures électriques? Branchez votre fonds d’urgence sur Tesla.

Le raisonnement vous apparaît simpliste?

C’est pourtant la base de la campagne publicitaire d’une jeune firme de courtage canadienne.

Cette plateforme, qui peine à rentabiliser ses activités de robot-conseiller, a pivoté récemment vers le courtage à escompte «sans frais» pour cibler les jeunes.

En analysant ce qui attire l’attention des petits investisseurs américains, cette jeune start-up a choisi d’imiter le modèle d’affaires du groupe américain Robinhood: elle offre comme un buffet à volonté les transactions boursières sur séance sans frais.

N’allez pas croire que je suis offusqué parce qu’ils offrent des transactions sans frais. Là n’est pas la question.

Mais il n’y a pas de repas gratuit. Encore moins en finance.

Si on ne vous facture aucuns frais de courtage, c’est parce que:

  • on peut prêter vos titres pour favoriser leur déconfiture avec les ventes à découvert du voisin ou d’un fonds spéculatif;
  • on fait payer des frais d’échange de devises à chaque opération;
  • et bien sûr, on espère faire des millions en intérêt avec la liquidité que les clients laissent dans leur encaisse.

Je suis surtout outré par des publicités qui invitent à investir dans «ce qu’on aime».

Ce n’est pas un conseil, ni même une idée parmi d’autres, c’est juste irresponsable.

L’investissement devient un jeu vidéo

2020 passera à l’histoire pour toutes sortes de raisons. Dans les cours de finance du futur, on fera sans doute le bilan de certaines débâcles boursières.

On y soulignera peut-être le rôle qu’ont pu y jouer les tactiques de marketing douteuses et racoleuses de WealthSimple, Robinhood, E-Trade ou Charles Schwab, et leur propension à banaliser l’investissement pour rabaisser le geste au rang des jeux vidéo.

D’ailleurs l’interface de transactions de ces outils en ligne est maintenant agrémentée par des explosions et des feux d’artifice, pour stimuler les transactions. Ce phénomène pourrait expliquer en partie la montée fulgurante des titres technos cette année.   

Non, ce que vous aimez n’est pas toujours le reflet d’une saine gestion d’entreprise, ni de sa capacité à générer des profits. Encore moins de la possibilité que le titre boursier gagne en valeur à court ou long terme.

Investir n’est pas une affaire de croyance ni d’amour. C’est une affaire de «connaissances», de jugement, de prix, de valeur et… de temps. Que vous aimiez une compagnie ou pas, le marché s’en moque.

Au contraire, plus vous analysez une entreprise de façon rationnelle, sans y mêler vos sentiments, moins vous prenez de risque. Plus vous aiguisez votre jugement, plus vous améliorez la pertinence de vos décisions. Puis, investissez à bas prix au bon moment dans de bonnes entreprises générant de la valeur pour les actionnaires. Ensuite, le temps fera son œuvre – et, parfois, des chefs-d’œuvre.

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Fabien Major